Caisse-maladie publique et assurance soins dentaires : Oui et Oui

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caisse-maladie.jpgDans un mois, le 10 février, on votera à Genève sur deux initiatives populaires lancées par le Parti du Travail, et qui ont largement abouti : l'une pour l'instauration d'une assurance cantonale de soins dentaires, l'autre pour la création d'une caisse cantonale publique d'assurance-maladie. Ces deux initiatives ont le même mérite : celui de proposer une alternative concrète et réalisable au système qui règne sur la politique de la santé. Ainsi, le projet d'une caisse cantonale publique est de garantir à toute personne domiciliée dans le canton une complète couverture des soins. Les primes de cette assurance devraient être abordables pour tous, peut-être (s'il est légalement possible) proportionnelles aux revenus, mais les initiants précisent que cette assurance s'adresserait d'abord aux personnes ne disposant que de bas revenus. La caisse serait un établissement public autonome, comme les Services Industriels ou les Transports Publics. Elle offrirait les prestations de base garanties par le droit fédéral. Quant à l'initiative pour une assurance de soins dentaires obligatoire, financée pour moitié par l'Etat et pour moitié par un prélèvement paritaire (deux fois 0,5 %) sur les salaires, elle permettrait à toutes les personnes qui actuellement renoncent à ces soins faute de pouvoir les payer d'y accéder. Deux propositions de justice sociale, auxquelles il convient de dire deux fois OUI.

Le refus de se résigner au statu quo suffit à un soutien

 

Les deux initiatives genevoises s'inscrivent dans une plus large offensive de la gauche et des organisations d'entraide sociale (comme Caritas) pour réformer un système d'assurance-maladie qui ne remplit absolument pas son rôle de sécurité sociale. Ainsi, le système de la prime d'assurance-maladie "par tête" (chaque personne adulte paie une prime entière, les enfants et les personnes à charge ne sont pas couverts par les primes de leurs parents ou répondants) sans référence au revenu des assurés, et ne prenant pas en charge les soins dentaires si on n'a pas souscrit une assurance complémentaire, fait d'énormes dégâts  600'000 personnes vivant juste au-dessus du seuil de pauvreté sont menacées de tomber en-dessous du seul fait de la hausse des primes, conjuguée à la baisse des subsides accordés pour permettre précisément aux assurés modestes de payer leurs primes sans se ruiner. Et une augmentation de la franchise minimale à 500 francs au lieu de 300 menace sérieusement. L'initiative cantonale genevoise pour une caisse publique (mais pas unique) ne remet évidemment pas en cause frontalement ce système (elle ne le peut légalement, puisque le système est de compétence fédérale), mais elle y ouvre une brèche, et dit qu'il est possible, cantonalement ou régionalement, de faire autre chose et mieux (par exemple une assurance frais dentaires financée par un prélèvement salarial et par l'Etat, c'est-à-dire l'impôt, c'est-à-dire en faisant plus payer les riches que les pauvres).

L’indice des primes d’assurance-maladie (IPAM) a progressé de 4,1% en 2018 par rapport à l’année précédente. L’IPAM a atteint le niveau de 192,8 points (base 1999 = 100). Selon le modèle de calcul de l’IPAM de l’Office fédéral de la statistique (OFS), la hausse des primes enregistrée en 2018 a ralenti la croissance du revenu disponible moyen de 0,3 point.es primes de l’assurance-maladie de base ont augmenté de 3,7% en 2018, faisant passer l’indice à 221,8 points (base 1999 = 100). Cette estimation correspond à l’évolution moyenne des primes de l’effectif total des assurés. Les primes d’assurance-maladie complémentaire relevées par l'OFS ont augmenté de 5,3% en 2018 par rapport à l’année précédente. Les primes d'assurances hospitalières ont augmenté de 1,9% pour les séjours en division commune, de 6,6% pour les séjours en division semi-privée et de 5,0% en division privée. Sur la base de 1999=100, on obtient un indice de 131,1 points pour les assurances-maladie complémentaires en 2018. Si les primes étaient restées stables au cours de la période considérée, les ménages auraient disposé de cet argent pour des dépenses de consommation ou de l’épargne supplémentaires.Les augmentations de primes grèvent le budget des ménages privés, tout comme celles des impôts ou d’autres cotisations d'assurance.

Caritas exige que les primes annuelles d'assurance-maladie de coûtent pas plus aux assurés qu'un mois de salaire, et le PS qu'elles ne représentent pas plus de 10 % des revenus d'un ménage. Or si selon l'Office fédéral de la statistique, les ménages consacreraient 6,2 % de leur revenu brut à payer leurs primes, cette moyenne recouvre de fortes disparités : les 20 % de ménages les plus pauvres consacrent 12,3 % de leur revenu brut aux primes d'assurance-maladie, les 20 % les plus riches seulement 3,5 %. Et si les salaires réels ont augmenté de 14 % en vingt ans, les primes ont, elles, augmenté de 50 % dans le même temps... et les subsides n'ont pas suivi : dans dix cantons, ils ont même diminué -de moitié à Lucerne, par exemple. Plusieurs cantons ont cependant fait le choix inverse, et Caritas invite à suivre leur exemple : Vaud a fixé une charge maximale des primes à 10 % du revenu déterminant, les Grisons l'ont même fixée à 5 % pour les revenus les plus faibles.

Toute la gauche genevoise (partis et syndicats) soutient l'initiative pour une assurance de soins dentaires. Seuls les jeunes socialistes et les jeunes Verts soutiennent, avec Ensemble à Gauche, l'initiative pour une caisse maladie cantonale ? Peu nous chaut : on vous appelle à la soutenir aussi. Parce que ce qu'elle exprime, plus même que ce qu'elle propose, vaut qu'on lui apporte ce soutien. Ce qu'elle exprime ?  Le refus de se résigner au statu quo. Et cela suffit à lui voter "oui".

Commentaires

  • " c'est-à-dire en faisant plus payer les riches que les pauvres)."

    À partir de quelle mensualité, les personnes qui travaillent, sont considérées comme "riches"!? Riches... c'est si vague!

  • Patouche
    Selon l'OFS, "le salaire médian en 2016 s'est élevé à 6502 francs bruts par mois. Les 10% des salariés les moins bien rémunérés ont gagné moins de 4313 francs par mois alors que les 10% les mieux payés gagnent plus que 11 406 francs". Si vous souhaitez en savoir davantage, il y a plein de graphiques, de tableaux et de statistiques sur les revenus et dépenses des ménages suisses sur le site de l'OFS. Il n'est jamais trop tard pour apprendre pour peu qu'on ne pose pas de question inepte. Par "plus riches", l'auteur entend les "plus élevés". En français dans le texte.

  • J'ai besoin d'explications:
    "Ainsi, le projet d'une caisse cantonale publique est de garantir à toute personne domiciliée dans le canton une complète couverture des soins."
    Quelle est la différence avec les autres caisses? A part le fait d'être publique.

    "Les primes de cette assurance devraient être abordables pour tous, peut-être (s'il est légalement possible) proportionnelles aux revenus, mais les initiants précisent que cette assurance s'adresserait d'abord aux personnes ne disposant que de bas revenus."
    On va voter sur une caisse dont on ne connaît pas les primes? Ni comment elle se financera? Une ségrégation selon le revenu? Est-ce que cette discrimination est légale?

    "La caisse serait un établissement public autonome, comme les Services Industriels ou les Transports Publics. Elle offrirait les prestations de base garanties par le droit fédéral."
    Ben, il n'y a évidemment pas moyen de faire autrement.

    Je suis loin d'être satisfait par cette présentation avec trop de verbes au conditionnel. Si ses assurés sont les bas revenus, j'ai peine à voir comme elle pourra présenter des comptes équilibrés. Et s'ils ne le sont pas, augmentation des primes...
    Pour le moment le seul gros avantage que je vois est qu'une telle caisse n'a pas besoin de faire de profit. Mais est-ce suffisant?

    Pour les soins dentaires, si les prix ne sont pas encadrés, je me demande si au bout d'un an on ne sera pas obligé de faire grimper le pourcentage annoncé. J'ai l'exemple d'un ami: 16'000 Francs pour un bridge. Il est vrai aussi qu'avec des soins gratuits et un meilleur suivi, il y aura moins de dégâts et les traitements seront par conséquent à terme moins lourds. J'aurais aussi proposé une taxe de 10% sur TOUS les produits contenant du sucre pour financer les soins.

  • Choix cornélien, l'assureur (escroc) versus la caisse cantonale usine à gaz et politisée.
    La meilleure solution aurait été d'encadrer de près les assureurs privés mais impossible, le Parlement n'étant pas indépendant des caisses maladies Bref, encore un vote en blanc !

  • Oui, c est oui oui, 2 fois!

    Les riches doivent payer plus de prime que les moins riches, déclaration d impôt faisant foi.

    Par ailleurs, le rôle et le devoir de l Etat, la Confédération Helvétique, n est pas seulement de s occuper exclusivement des autoroutes à 4 ou 6 pistes, des ponts, de goudronner les routes dans une visée anti-bruit, d injecter du fric fou inimaginable dans le truc dit la CEVA mais aussi son devoir est la santé et d assumer ses coûts qui concernent les citoyens. Coûts autant liés au plan médical, chirurgical, psychique, maternel, bien sûr dentaire aussi et d encourager la natalité autant par les Suisses que lesdits étrangers résidents et donner à ces derniers le droit du sol....

    Bien à Vous.
    Charles 05

  • Les cotisations proposées sont, sur le modèle de l'AVS, proportionnelles aux salaires. Quelle que soit la limite que l'on place pour déterminer qui est pauvre et qui est riche, ceux qui ont le plus de moyens payeront forcément plus... et le même raisonnement, à plus forte raison, tient pour le financement par l'impôt...

  • C’est la réponse que j’attendais. merci!

  • "Les riches doivent payer plus de prime que les moins riches, déclaration d impôt faisant foi."
    En voilà une idée qu'elle est bonne. Je propose que les riches doivent payer le kg de pain dans l'ordre de 100 frs, le litre d'essence idem, et tout à l'avenant. Non mais ! Mort aux riches !

  • @Géo,

    Votre exemple du prix du kilo de pain à 100 FS.- est un peu loufoque bien qu il serait peut être utile en l extrapolant sur le sujet du coût de la santé publique et la charge des primes assurances maladie(+la part de 10%+la Franchise bien entendu). Cet exemple à 100.- est très lourd pour les moyens et faibles revenus. Oui, le kilo de pain "de santé" n est pas à 100.- comme vous le dites mais bel et bien à 25 ou 50.-FS!

    Il incombe à tout Etat digne de ce nom de s occuper de la Santé Publique ce qui est un de ses rôles principaux. Ce n est pas pour rien que dans la constitution, il a été créé ce qu on appelle L Office Fédérale de la Santé Publique (OFSP) soit dit pour protéger la santé publique helvétique et aussi des Départements de santé publique dans chaque canton, non?

    Les deux charges les plus lourdes qui écrasent les citoyens de moyen et de faible revenu sont tout d abord les primes d assurance-maladie, la part de 10% et la Franchise bien entendu et qui sont sus citées. L autre charge est la location d un simple appartement en commençant par un Studio genevois à 1500 FS.- par mois si on le trouve déjà alors quoi dire pour un 4 pièces genevois cuisine comprise, 2000.- ou 2500.-FS??

    Alors pour l appartement et l assurance maladie, combien de cacahuète leur reste-t-il du revenu moyen (brut ou net?) d environ 4000.-?

    Bien à Vous.
    Charles 05

  • Et « la vérité vraie ».... plagiée après coup :))))))))

    Ben oui! Les « riches » Travailleurs doivent se lever tôt et bosser pour les impôts et les fainéants pour s’offrir leur drogue... Etc etc! Vous ne lirez pas ces Bullshits sur le site du Matin!

  • Je voudrais bien, mais je n'y crois plus.
    Je vais donc m'abstenir, comme je le fais tant que je n'ai pas une véritable conviction après avoir étudié les pour et les contre.

    Mitage du territoire
    Un luxe de nantis. La LAT est suffisamment contraignante et même trop pour nos amis du Valais à qui nous avons imposé notre bien-pensance. Le problème de fond qui n'est pas traité ici c'est le développement démographique. J'ai presque honte de voir les Suisses vouloir se garder un petit coin de paradis sur terre.

    Soins dentaires
    Jusqu'à quel point l'Etat devra-il nous prendre par la main pour nous expliquer ce qu'il faut faire pour vivre sainement et nous sanctionner lorsque nous ne suivons pas ses préceptes ? Les primes d'assurance maladie sont déjà tellement élevées que la moitié de la population entretient l'autre.

    Caisse publique
    C'est le pompon. Evidemment, le système de la LAMAL est insatisfaisant et toute mesure qui permettrait de le remettre en question est bienvenu. Mais franchement ? Une assurance réservée en primeur à ceux qui en ont véritablement besoin ? Payée par qui ? J'ai assez envie de dire oui juste pour voir. Mais je sais déjà que ce n'est pas viable. Donner un signal, pourquoi pas, mais à force de voter contre mes convictions juste pour faire avancer le débat, je finis par perdre la motivation.

    Laïcité
    Bon ben faut bien une loi pour encadrer la nouvelle disposition constitutionnelle, mais tout ce bla-bla pour juste rappeler que l'Etat n'a pas à s'occuper des convictions de tout un chacun me semble vain. Du brassage d'air.

    Bref, je vire tout ce matériel de vote dans un soupir. Si c'est ça la beauté de notre système de démocratie semi-directe, alors je préfère m'abstenir et cesser de participer à ce bavardage qui ne fait pas même effleurer les véritables questions. Et comme aucun de nos élus ne semble prendre la mesure des changements sociétaux en cours, je serais tenté de participer à l'accélération de la chute.

  • Je réfléchis pour la Caisse publique.

    Un NON pour les autres sujets!

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