vendredi, 14 décembre 2018

Dans un an, la Nouvelle Comédie de Genève

nouvelle-comedie-amenagement-construction-logement-ville-de-geneve.jpgRéponse à d'Alembert

La Nouvelle Comédie de Genève devrait ouvrir ses portes à la fin 2019. Le Grand Conseil genevois avait difficilement accepté un crédit de 45 millions pour la construction du nuveau théâtre, le Conseil Municipal de la Ville ayant préalablement accepté un crédit de 53 millions. La condition posée par une partie de la droite pour accepter de participer financièrement à sa construction était le canton ne soit plus engagé dans son exploitation et son fonctionnement de la nouvelle institution culturelle, et n'ait plus à la subventionner. Le canton voulait donc se désengager de la Fondation d'Art Dramatique (qui chapeaute le Comédie et le Poche), et à Genève, le théâtre serait devenu une responsabilité, une charge, un enjeu purement municipaux -mais le changement de gouvernement a cependant changé cette attitude. Acceptons-en l'augure et attendons que ce changement se traduise en acte, et en un engagement réel du canton dans le fonctionnement de ce qui sera la première scène théâtrale de toute la région.


 Le théâtre en gare ? Gare au théâtre !

Il y aura donc aux Eaux-Vives, à portée de voix d'une gare, un nouveau théâtre. Plus qu'un théâtre, même, plus qu'une scène : une fabrique de théâtre. De théâtre comme forme d'expression et de création culturelle, de théâtres comme lieux de "fabrication"de cette expression et de cette création.
Les fabriques de l'industrie disparaissent de nos villes ? Voilà des fabriques de culture. L'enjeu sera de donner à la Nouvelle Comédie la force d'une présence artistique novatrice telle qu'elle puisse répondre à d'Alembert, qui, dans l'article "Genève" de l'Ecyclopédie, regrettait qu'"on ne souffre point à Genève de comédie", et prônait qu'une "considération digne d'une république si sage et si éclairée, devrait peut-être l'engager à permettre les spectacles. Le préjugé barbare contre la profession de comédien, l'espèce d'avilissement où nous avons mis ces hommes si nécessaires au progrès et au soutien des Arts, est certainement une des principales causes qui contribue au dérèglement que nous leur reprochons : ils cherchent à se dédommager par les plaisirs, de l'estime que leur état ne peut obtenir. Parmi nous, un comédien qui a des mœurs est doublement respectable ; mais à peine lui en sait-on quelque gré. Le traitant qui insulte à l'indigence publique et qui s'en nourrit, le courtisan qui rampe, et qui ne paye point ses dettes, voilà l'espèce d'hommes que nous honorons le plus. Si les comédiens étaient non-seulement soufferts à Genève, mais contenus d'abord par des règlements sages, protégés ensuite, et même considérés dès qu'ils en seraient dignes, enfin absolument placés sur la même ligne que les autres citoyens, cette ville aurait bientôt l'avantage de posséder ce qu'on croit si rare, et ce qui ne l'est que par notre faute, une troupe de comédiens estimable. Ajoutons que cette troupe deviendrait bientôt la meilleure de l'Europe ; plusieurs personnes pleines de goût et de disposition pour le théâtre, et qui craignent de se déshonorer parmi nous en s'y livrant, accourraient à Genève, pour cultiver non-seulement sans honte, mais même avec estime, un talent si agréable et si peu commun. Le séjour de cette ville, que bien des François regardent comme triste par la privation des spectacles, deviendrait alors le séjour des plaisirs honnêtes, comme il est celui de la Philosophie et de la liberté ; et les étrangers ne seraient plus surpris de voir que dans une ville où les spectacles décents et réguliers sont défendus, on permette des farces grossières et sans esprit, aussi contraires au bon goût qu'aux bonnes mœurs. Ce n'est pas tout : peu-à-peu l'exemple des comédiens de Genève, la régularité de leur conduite, et la considération dont elle les ferait jouir, serviraient de modèle aux comédiens des autres nations, et de leçon à ceux qui les ont traités jusqu'ici avec tant de rigueur et même d'inconséquence. On ne les verrait pas d'un côté pensionnés par le gouvernement, & de l'autre un objet d'anathème ; nos prêtres perdraient l'habitude de les excommunier, et nos bourgeois de les regarder avec mépris ; et une petite république aurait la gloire d'avoir réformé l'Europe sur ce point, plus important peut-être qu'on ne pense."

Un théâtre et une gare aux Eaux-Vives ? Gare au théâtre : s'il porte parfois des masques, ils nous arrache bien plus souvent les nôtres.

15:38 Publié dans Culture, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre, nouvelle comédie, d'alembert | |  Facebook | | | |

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