jeudi, 22 novembre 2018

Bilan de santé du socialisme européen -et suisse

labyrose.jpgLes naufragés et le rescapé

Hier soir, l'Assemblée Générale du PS genevois a désigné ses six candidates et candidats (trois et trois) à l'élection l'année prochaine de la députation genevoise au Conseil national, et son candidat (Carlo Sommaruga) à celle au Conseil des Etats. Dix candidates et candidats se présentaient au suffrage des militants, et ont, en trois minutes, dit pourquoi, pour faire quoi et au nom de quoi ils se présentaient. On retiendra ici les interventions de deux d'entre eux (pour lesquels on a voté mais qui n'ont pas été désignés). Pour Thomas Bruchez, porte-parole de la JS genevoise, "la politique ne s'arrête pas aux portes du parlement et aux rapports de force qui y règnent", il y a le mouvement social, il y a la rue. Il a raison, et nous ne disons jamais dans cette feuille autre chose. Ni, comme Thomas Bruchez l'a dit aussi, autre chose que les socialistes ne sont pas seulement là pour résister, mais aussi pour changer la société. Et que cela suppose autre chose que des compromis dictés précisément par les rapports de force parlementaires. Et comme Michel Zimmermann, nous sommes convaincus que "le PS a tout à perdre lorsqu'emporté dans la spirale d'un équivoque pragmatisme parlementaire (...) il tourne le dos aux principes qui constituent sa singularité et font sa force". Ni Thomas, ni Michel ne seront candidats du PS genevois au Conseil national. C'est dommage. Mais ce que nous partageons de leurs positions reste : il faut bien que les misères du socialisme européen nous soient de quelque enseignement, même si le PS suisse y échappe, précisément parce qu'il n'a pas sombré dans le conformisme "social-libéral" qui a naufragé les PS voisins, et dont nous nous sommes, et nous voulons encore, garder.


Par qui les socialistes seront-ils jugés ? les maîtres, les perdants ou les dupes du jeu?

La culture de gauche est "imprégnée de mélancolie comme un buvard est imbibé d'encre", nous dit l'historien italien Enzo Traverso, qui rappelle la scansion de grands "moments jubilatoires d'émancipation, d'action collective" et de "défaites, parfois de défaites tragiques". Mais la mélancolie dont la culture de gauche est "imprégnée" est aussi une mélancolie "refoulée" dès lors qu'un modèle de révolution s'est imposé avec la révolution russe de 1917, "modèle de révolution militaire", de conquête militaire du pouvoir. Les défaites historiques de la gauche (1848, la Commune de Paris, l'Espagne et l'Ukraine révolutionnaires libertaires, la guérilla du Che) avaient de la grandeur. Elles inspiraient le courage et suscitaient l'admiration.  La défaite historique du "communisme", elle, est piteuse, lamentable. Et empoisonnée : la montée des populismes réactionnaires et nationalistes en est une conséquence à retardement.

Au moment de la constitution du Parti socialiste française, la SFIO, le mouvement socialiste français était divisé en cinq familles : possibilistes, alémanistes, guesdistes, blanquistes et indépendants. Un siècle plus tard, cinq courants fragmentent la gauche française : le populisme de gauche de la France insoumise, la social-démocratie (ce qui reste du PS), l'écosocialisme de Benoît Hamon, les Verts et les communistes. A quoi on peut encore ajouter les différentes variantes du trotskysme. Mais il y a un siècle, il avait un Jaurès (et un Guesde) capables de réunifier les cinq familles du socialisme. Aujourd'hui, pas de Jaurès. Juste un Mélenchon. Et une "France insoumise" qui se revendique elle-même du populisme -d'un populisme de gauche, certes, mais au sein d'une gauche qui ne pèse qu'un tiers de l'électorat, parce qu'une bonne partie de son électorat a été macronisé. Et pas à l'insu de son plein gré.

Dans "Gauche Hebdo", avant les dernières élections cantonales genevoises, Salika Wenger observait qu'aujourd'hui, "le rôle de la gauche s'avère surtout défensif et consiste essentiellement à s'opposer à la logique du pire de la droite plutôt que de promouvoir de nouvelles propositions de progrès social". Doit vraiment s'en tenir à cette fonction défensive, "résistante" ? Promettant plus et mieux, puisque promettant autre chose, les socialistes doivent faire plus, mieux, autre chose et le faire autrement; on leur pardonnera moins de ne pas faire ce qu'ils promettent qu'à ceux qui n'ont rien promis, et dont on n'attend rien. Les partis socialistes ont ce choix : se rendre coupables soit d'irrespect des règles du jeu social et politique, soit de manquement au contrat qu'ils ont passé avec ceux qui les ont élus pour changer ces règles -ceux en sommes qui les ont pris pour des socialistes. Les socialistes seront jugés soit par les maîtres du jeu, leurs adversaires, soit par les perdants du jeu, ceux au nom de qui ils affirment se battre, soit par les dupes du jeu, leurs propres militants.

 

20:55 Publié dans Politique, PS | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : gauche, social-démocratie | |  Facebook | | | |

Commentaires

" les socialistes ne sont pas seulement là pour résister, mais aussi pour changer la société. "
Voeu pieu. Je me demande ce que vous faites dans un parti qui ne résiste même pas, mais propose seulement de gérer le capitalisme, quand ce n'est pas de promouvoir des ambitions personnelles et opportunistes...

Écrit par : Daniel | jeudi, 22 novembre 2018

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On est en plein discours de la gauche au bistrot.
Aucune idéologie n'a la capacité de transformer l'humain, et c'est l'erreur enfantine que fait une partie de la gauche.
L'idéologie doit s'adapter à l'humain.

Il y a clairement chez vous une grande frustration avec la tentation de tout "casser". Vous et vos camarades pouvez le faire, ça ne changera rien sinon de diviser la société en 2 mouvements agressifs comme aux US. Et croyez-le ou pas, les américains se plaignent de cette situation.

L'idéologie socialiste tout le monde s'en tape. Les gens veulent une meilleures qualité de vie, et cela passe par empêcher les dérives libérales, etc... Et c'est la gauche qui est la mieux placée, parce que plus humaine.
Brulez ce livre rouge d'un autre siècle et pensez par vous-même. L'important c'est le peuple.

Ainsi à droite, l'excès de l'application de l'idéologie libérale détruit l'UE de l'intérieur. A quand va t'on comprendre que ce n'est pas à l'humain à s'adapter à de vieux livres parce que la nature humaine ne le peut pas.

Les leaders communistes ont cru pouvoir changer la nature humaine. Des idiots, et le mot est faible.

Vous vous révoltez du manque de socialisme, et moi je suis révolté de voir toutes ces conneries idéologiques mettre à mal la vie des gens.

Écrit par : motus | vendredi, 23 novembre 2018

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@motus
"Aucune idéologie n'a la capacité de transformer l'humain, et c'est l'erreur enfantine que fait une partie de la gauche."
L'erreur enfantine que fait motus est d'avoir une telle idée débile qu'il prête aux autres. Et qui revient au "faites ce je dis, ne faites pas ce que je fais". motus n'a jamais entendu parler des rapports de production... Pathétique.

"L'idéologie doit s'adapter à l'humain."
Parce que motus connaît l'"humain"? Et il sait quelle est l'idéologie qui "doit" s'y adapter? Je n'ai jamais lu autant de bêtises en si peu de mots. Voilà quelqu'un qui n'a jamais lu Marx et qui prétend savoir ce qu'est la "gauche"... Il prend les apparences pour argent comptant... Il se contente des étiquettes, incapable d'analyser le contenu!
Peut-être commencer par une lecture du "Manifeste" et de "L'idéologie allemande"...

S'adapter à l'humain: vive le totalitarisme dans ce cas! Ou bien?

Écrit par : Daniel | vendredi, 23 novembre 2018

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Paroles de Troll, et toujours l’insulte à la bouche le Daniel/Johann/Charles « JE SAIS TOUT « ...... Merci le Net!

Écrit par : Patouchaj | samedi, 24 novembre 2018

Hé M. Patoucha,

Vous dites:"Paroles de Troll, et toujours l’insulte à la bouche le Daniel/Johann/Charles « JE SAIS TOUT « ...... Merci le Net!"

Il y a un proverbe libanais qui vous va comme un gant et tiens je l ai trouvé sur le net:"Si le chameau pervers pouvait voir sa bosse, il tomberait de honte si l intégrité du chameau est encore de mise"

Écrit par : Charles 05 | samedi, 24 novembre 2018

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vieille querelle de brest: ou à l'ouest rien de nouveau
les gilets jeunes en mal d'exister s'affrontent sur un rond point aux vioques en mal de carrière National- cantonal-municipal; les conseils sont les antichambres d'amitiés nouvelles "Face Book liké" Compromis pour faire avancer les dossiers, à compromission pour se montrer à la page jaune Des Cahiers de l'ultra-conservateur qui à chaud à 19 Heure et se marre le reste du temps.
Un direct dans la démocratie le vla qui nargue les invités devenus courtisans , fort heureusement une fois à Berne ils sont évités "alors élisez Liza -Romain - Céline et autre créature du " bonsoir Patrick" vous allez vite les oubliér

Écrit par : briand | samedi, 24 novembre 2018

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Heureusement que le monde politique suisse est multi-polaire. Je dirais qu il faut de la Gauche, de la Droite, des Verts, des non-alignés, des autres couleurs, des Femmes et des Hommes intègres(le max d intégrité tant qu on peut, SVP)..

C est dangereux l impérialisme et/ou le mono-polaire!

Écrit par : Charles 05 | samedi, 24 novembre 2018

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"rapports de production" (Daniel)

Moui, effectivement. Je vois aussi comme des craquelures dans le vernis de la remarquable sculpture de Motus, aussi finement et admirablement ciselée qu'elle est.

Je note l'oeil de faucon et la perspicacité de notre co-panelliste Daniel.

Écrit par : Chuck Jones | samedi, 24 novembre 2018

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"Je me demande ce que vous faites dans un parti qui ne résiste même pas, mais propose seulement de gérer le capitalisme, quand ce n'est pas de promouvoir des ambitions personnelles et opportunistes..." (Daniel)

Ben ... le problème au PS, est double.

D'abord les épreuves de qualifications, une sorte de combat entre tribus après le défilé de peintures de guerre.

Et après, la retraite des guerriers après avoir choisi leur grand shaman sacrificiel, le laissant se démerder seul et un peu démuni pour aller combattre le grand capital.

A mon avis, ca doit être un effet de mode du jeunisme et du "Tout, tout de suite, maintenant." du marketing consumériste qui a pollué la politique.

Écrit par : Chuck Jones | samedi, 24 novembre 2018

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