lundi, 15 octobre 2018

Faux-derches


marionnette.jpgQuand un Conseil d'Etat dévalué dévalue le patrimoine architectural

Malgré un appel des architectes genevois et des défenseurs du patrimoine, le parvulissime gouvernement de la parvulissime république n'entend rien faire pour sauver la salle de cinéma "Le Plaza", construite en 1952 sur les plans de l'architecte Saugey, et que le propriétaire de l'ensemble (classé) dans lequel elle est insérée veut démolir pour construire à sa place un centre commercial de plus dans un quartier qui n'en manque pas, avec un parking de plus dans un quartier qui n'en manque pas plus. L'ensemble "Mont-Blanc Centre" qui abrite la salle a beau être classé, lui-même court désormais le risque d'être sérieusement affecté par des travaux qui ne pourront pas l'épargner. La salle avait été classée avec l'ensemble, mais ensuite déclassée pour de pure, et assez sordides, raisons financières : elle n'était pas assez rentable.. Qu'en pense le Conseil d'Etat ? Il n'en pense rien. Il pourrait suspendre l'autorisation de construire (c'est-à-dire de détruire) accordée au propriétaire, il ne le fait pas. Il pourrait rouvrir une procédure de classement, qui aurait cet effet suspensif, il ne le fait pas non plus. "Le Conseil d'Etat est très sensible à cette salle", fait-il dire à la secrétaire générale adjointe du département du Territoire. Vous avez dit "faux-derches" ?


"Tempux edax, homo edacior"

 

"Contrairement aux intérêts économiques, les qualités artistiques et culturelles d'un objet ne sont pas quantifiables; c'est pourquoi la confrontation entre la notion de rentabilité et celle de valeur architecturale ne peut être soutenue. Est-il légitime (...) qu'un gouvernement et un tribunal reconnaissent le statut d'oeuvre d'art à un édifice mais refusent ensuite son classement pour des motifs économiques ?"... Cette question fut posée... en 1992 par l'Association pour la sauvegarde du cinéma Manhattan. Un quart de siècle plus tard, on se pose toujours la même question. Pour le cinéma "Le Plaza"... Et on obtient cette réponse du Conseil d'Etat : oui, il est légitime de soumettre la défense du patrimoine à un critère de rentabilité de l'ouvre à protéger. L
En 1992, l'Association pour la sauvegarde du cinéma Manhattan rappelait, sous la plume de Robert Frei, que le Plaza restait "la dernière grande salle de Genève" et qu'elle courait "le risque de succomber aux exigences économiques actuelles (...)". Il ne s'agit pas seulement de sauver un joyau du patrimoine architectural genevois (la salle elle-même). Il s'agit aussi d'exprimer une ambition culturelle, non seulement pour cette salle, mais pour Genève : le "Plaza" est idéalement situé, à la fois au centre-ville et sur une rive-droite qui manque cruellement de lieux culturels de référence. On pourrait en faire quelque chose ? Le gouvernement genevois se contente d'en laisser faire un centre commercial et un parking.

"Tempux edax, homo edacior" (le temps est vorace, l'homme est aveugle), écrivait, paraphrasant Ovide et Horace, Victor Hugo dans "Notre Dame de Paris", ce que le Conseiller administratif Rémy Pagani traduit, dans son éditorial du programme des Journées du Patrimoine 2018, par "le temps est destructeur, l'homme plus destructeur encore". La traduction est hasardeuse, mais elle convient bien à la situation du Plaza. Pour François Chatillon, architecte en chef des Monuments historiques français, qui observe qu'on ne sait pas s'occuper des édifices récents (disons : une salle de cinéma des années cinquante...), "ce n'est pas l'objet qui est important, c'est ce qu'il raconte". Que nous raconte "Le Plaza" : il nous raconte d'abord deux histoires : celle du cinéma comme art,  celle de sa résistance à l'arrivée de la télévision ensuite. Il nous raconte l'importance du patrimoine architectural et  l'importance des salles de cinéma dans une ville, enfin.  Et il nous raconte  enfin l'indifférence des "autorités" qui pourraient faire quelque chose pour sauver la plus belle salle de cinéma genevoise et ne le font pas.

Dns une lettre aux défenseurs de la salle, dont il saluait "l'engagement en faveur de la conservation de ce patrimoine", l'Office fédéral de la culture écrivait que "le cinéma Plaza est une construction emblématique qu'il convient de traiter avec respect". Emblématique, l'attitude du Conseil d'Etat l'est aussi. Dans un tout autre genre., Quant au respect avec lequel il faut la traiter, on le mesurera au courage dont il a fait preuve.

 

 

13:56 Publié dans architecture, Genève, Patrimoine, urbanisme | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : plaza, saugey, cinéma | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci pour ces mots, tout est dit sur l'importance du Plaza. C'est une honte de laisser détruire ce cinéma! Une honte pour Genève, une honte pour CE Conseil d'Etat, qui n'est vraiment pas à la hauteur... sinon à celle de son inculture ! Petite question cependant. Les promoteurs-propriétaire-financiers aux commandes seraient-ils par hasard des potes de Maudet, ou de son prédécesseur en frasques conseildétatesques Mark Muller? Question juste en passant, comme ça, à peine pour se défouler, parce qu'on commence à avoir des doutes, nous les citoyens!
Cordialement, Jacques Louis Davier, Genève

Écrit par : Jacques Louis Davier | lundi, 15 octobre 2018

Répondre à ce commentaire

Faut-il être grand devin pour imaginer la ville, les villes, de demain ?
Nos élus devraient être là pour nous éclairer sur le cap, mais non, ils ne font que réagir au coup par coup pour éteindre des feux.

Vous semblez suggérer que cette salle peut être rentable. Tant mieux. Vous reconnaissez la validité de l'argument. Une solution pourrait consister à définir un taux de rendement de référence afin de le garantir durant une période au proprio par des subventions en attendant l'autonomie.

Mais... Qui peut encore croire au potentiel de rendement d'un centre commercial de plus ? Chaque jour les boutiques ferment, Carouge est sinistrée. Nous achetons dorénavant en ligne et nous évitons toutes les nuisances générées par des déplacements superflus. Plus besoin de bagnole pour remplir le coffre, rien que ça c'est déjà immense.
Donc, le critère de rentabilité avancé par le propriétaire n'est de loin pas garanti.

Ensuite il y a le problème de circulation. La nouvelle loi sur la mobilité est claire. Des quartiers entiers restreindront la circulation motorisée individuelle et St Gervais en est un exemple emblématique. Le gros problème actuel c'est ce foutu parking de Manor qui incite encore les gens à venir en voiture au plein centre.
Donc prévoir un parking à la place de la salle de cinéma est une aberration et en complète opposition avec le programme de mobilité.

Écrit par : Pierre Jenni | lundi, 15 octobre 2018

Répondre à ce commentaire

Quand même, faut pas exagérer... Le Plaza est un modèle de l'architecture capitaliste des années 50-60...

Le plus amusant, somme toute, est qu'il ne se trouve que des crypto-staliniens de la dernière heure pour le défendre... Ou serait-ce plutôt des proto-néo-gauchos désoeuvrés et paresseux du bulbe?

Cette question fait frissonner la république des fantoches à la solde des émiratis et des marionnettes du grand capital des banquiers.

Ouf, je l'ait dit. Je me sens vraiment mieux, là.

Écrit par : Déblogueur | lundi, 15 octobre 2018

Répondre à ce commentaire

J'aime bien les doutes de Jacques Louis Davier. Ils disent tant.

Écrit par : Pierre Jenni | lundi, 15 octobre 2018

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.