mardi, 25 septembre 2018

M le Maudet

Mlemaudit.jpgAffaire Maudet : Après l'amputation, la démission ?

Pierre Maudet va-t-il rester encore longtemps Conseiller d'Etat, quand même la présidente de son parti lui conseille, certes à mots couverts -mais à mots quand même- de démissionner ?  Le Grand Conseil, qui a levé l'immunité de Maudet, a refusé de débattre en urgence d'un projet de résolution déposé par "Ensemble à Gauche", proposant que le parlement lui demande de renoncer à son mandat gouvernemental (une telle résolution ne pouvant avoir d'effet, outre celui de satisfaire ses auteurs, que si le principal intéressé y consentait : nul autre que lui-même ne peut le contraindre à la démission). De toute façon, privé de la présidence du gouvernement, de la responsabilité ministérielle de la police, de celle de l'aéroport et de la présidence de la Conférence des chefs cantonaux de justice et police, Maudet ne dirige plus grand chose (à part la surveillance des communes et les prisons...), et, déjà politiquement amputé puis couvert de goudron et de plumes, devenu un poids pour ses collègues, ne peut plus guère porter de projet et trouver de majorité au Grand Conseil (tant mieux d'ailleurs, quand il propose de construire une nouvelle prison ou remet en cause le secret médical dont peuvent bénéficier des détenus). Sa démission est sans doute, même encore entre parenthèse, même s'il déclare se refuser à cet "échappatoire", inscrite dans son propre agenda. Dis Tonton, ça serait comment, la vie politique genevoise sans Maudet ? Ben, ça va être comme la vie politique genevoise avec Maudet, mais sans Maudet. Un seul être vous manquera (quoique...) et pas grand-chose ne sera dépeuplé : nul n'est irremplaçable, et ce qui constitue la politique, ses grands enjeux, ses clivages fondamentaux, résiste au passage des personnages politiques. Même au passage de ceux qui, après avoir été porté aux nues par les media ont été par eux, et sans l'ombre d'une autocritique, plongés dans l'opprobre. Ainsi passe-t-on sans grande transition de M le Merveilleux à M le Maudit.


"La plus grande chose du monde, c'est de savoir être à soi"

 

En juin 2013, Pierre Maudet, Conseiller administratif de la Ville de Genève, devenait Conseiller d'Etat, à la faveur d'une élection partielle provoquée par la démission de son collègue de parti, Mark Muller, piégé dans une affaire vaudevillesque (il avait agressé le barman d'une boîte de nuit six mois avant, en avait menti pendant deux mois à ses collègues, à la presse et à la population, en avait demandé pardon avant de démissionner). Une élection partielle qu'il avait remportée, avant d'être réélu quatre ans plus tard, grâce notamment à un fort apport de voix de gauche. Et d'inquiéter aujourd'hui la droite pour sa possible démission, qui entraînerait une élection partielle, que la gauche pourrait gagner si elle est capable de s'unir derrière une candidature unique (qui ne pourrait guère provenir que d'"Ensemble à Gauche", seule composante de l'Alternative à ne pas siéger au gouvernement).

"Sans les médias, Pierre Maudet ne serait pas Pierre Maudet", observe le politologue Oscar Mazzolini. Certes. Mais sans les media (et souvent les mêmes), il ne porterait pas le bonnet d'âne -ou de bouc émissaire. Et puis quoi, est-ce si essentiel d'être président du Conseil d'Etat, ou Conseiller d'Etat tout court, si l'on ose dire ? Et ne plus l'être, est-ce être ce "Roi sans divertissement" que Pascal plaint, ou feint de plaindre : "Qu'est-ce autre chose d'être surintendant, chancelier, premier président, sinon d'être dans une condition où l'on a le matin un grand nombre de gens qui viennent chez (eux) pour ne leur laisser pas une heure en la journée où ils puissent penser à eux-mêmes ? Et quand ils sont dans la disgrâce et qu'on les renvoie à leurs maisons des champs, où ils ne manquent ni de biens, ni de domestiques pour les assister dans leur besoin, ils ne laissent pas d'être misérables et abandonnés, parce que personne ne les empêche de songer à eux"

Laissons alors, anachroniquement, répondre Montaigne : "La plus grande chose du monde, c'est de savoir être à soi", et non à ses affaires publiques et à ses commensaux, "ce n'est plus ce qu'il vous faut chercher, que le monde parle de vous, mais comme il faut que vous parliez à vous-mêmes". Et il arrive parfois que les conséquences de nos propres conneries nous y incitent. Voire nous y contraignent...

05:38 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : maudet | |  Facebook | | | |

Commentaires

bonjour
petite rectification concernant l'élection partielle de 2013

il y avait bien 3 candidats à savoir

PIERRE MAUDET
ERIC STAUFFER
et une socialiste PS
ANNE EMERY TORACINTA

Belle journée

Écrit par : thierry cerutti | mardi, 25 septembre 2018

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Vous avez raison, j'ai confondu la partielle cantonale et la partielle municipale en Ville...

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 26 septembre 2018

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Maudet, c'est un peu Poutine genevois : il cultive son image glamour (il ne manque qu'une photo de lui chevauchant un sanglier), ne manque pas de charisme, ni d'un certain autoritarisme. Mais, comme Poutine, à trop fricoter avec les puissants, ça commence à sentir le roussi.

Pourtant Maudet n'a rien d'un baudet, si ce n'est un entêtement qui l'a conduit en disgrâce.

Écrit par : Fredo Basta | mercredi, 26 septembre 2018

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Je ne partage pas l'analyse de Holenweg qui pense que le Maudet est cuit à la coque. Evidemment il est complétement déconsidéré. Il s'est grillé lui-même et il apparaît désormais pour ce qu'il est: un faiseur, un beau parleur, un petit coq, un valet de comédie qui s'est fait prendre en flagrant délit d'indélicatesses par ses maîtres, qui en l'occurrence sont les Genevoises et les Genevois. Mais le seule question est: est-ce qu'on va lui voir les talons ou pas? Et là j'en suis moins sûr.

Il va s'accrocher jusqu'au bout. Il a déjà commencé à styliser son attitude de "combattant" qui "se bat pour son honneur", "avec ses tripes", etc. Il essaye même de faire pleurer dans les chaumières, n'hésitant pas à instrumentaliser sa famille, si durement frappée, etc... Ca ne prend pas, mais qui sait? Il y a toujours des jobards. Il a accepté de se laisser dépouiller de toutes ses prérogatives, pourvu qu'il reste en place. Il s'est préparé à faire le mort pour un temps.

Tout cela serait sans conséquence si le Maudet n'était pas "protégé". Dans ce cas il connaîtrait le même sort que Freysinger: ainsi font, font, les petites marionnettes, ainsi font, font, trois petits tours et puis s'en vont vont. La marionnette le Maudet rentrerait dans sa boîte pour toujours. Seulement voilà, Maudet est protégé. Celà veut dire que s'il fait le signe de détresse, les frères peuvent le faire blanchir par les tribunaux dans les meilleurs délais. Il faudra pour cela des interventions massives, sélectionner les membres du tribunal et leur donner des directives impératives. C'est rare que la grande maison éclairée lance une opération d'envergure comme ça, toutes obédiences confondues. Et ce n'est pas facile à réaliser techniquement. C'est même risqué. Mais exceptionnellement ils en sont capables et ils l'ont déjà fait, par exemple pour repêcher un patron de presse en difficultés.

D'après les signaux qu'on peut lire, entre les lignes, dans certains blogs d'initiés on constate que la confrérie se prépare à protéger le Maudet cette fois. Il a dû passer en chambre du milieu, probablement, et supplier: "à moi les enfants de la veuve, la république est en danger".

Apparemment, il n'a pas reçu une conduite de Grenoble.

Donc, mon pronostic: Le Maudet va s'accrocher. Les médias, bien tenus en mains, ne vont plus parler de lui, surtout pas en mal. Il fera le gros dos le temps qu'il faudra. Puis, assez vite, on apprendra qu'il a été blanchi par la justice et alors les médias recommenceront a l'encenser, en le parant de toutes les vertus, tous les talents. Lui-même va pouvoir recommencer à rouler les mécaniques. Ses collègues lui manifesteront à nouveau leur "confiance", un instant écornée. Toute la république jouera la comédie à. Fond. Et ainsi Maudet espère qu'aux prochaines élections il réussira à être réélu, même de justesse, en se présentant comme un bon garçon qui se dépense pour le bien du canton, qui concède une erreur mais s'en repent, et demande qu'on lui pardonne, qui s'est battu pour son honneur et à été blanchi. Et cahin-caha, Le Maudet repartira pour un tour.

On prend les paris? camarade Holenweg?

Écrit par : Tabazan | vendredi, 05 octobre 2018

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Pour nous, les taxis, qui avons subit de plein fouet la "lex Uber" que Maudet a vraisemblablement conconctée pour faire plaisir à ses "amis", et ses proches qui semblent ma foi aussi bien proches du mastodonte californien, nous attendons que toute la lumière soit faite sur le rôle qu'à joué son chef de cabinet, M. Baud-Lavigne, en charge du dossier. Nous serions choqués d'apprendre que sa démission de la fonction publique lui garantisse l'immunité. Et nous peinons à comprendre pourquoi cette fois, le fusible n'a pas sauté.

Écrit par : Pierre Jenni | dimanche, 07 octobre 2018

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