vendredi, 31 août 2018

Miasmes xénophobes : Gros vents et petites brises

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Les vents politiques nous semblent souffler depuis les lieux des miasmes xénophobes ? Sans doute. Mais tout le monde ne se comporte pas en girouettes : en France, le Conseil constitutionnel a consacré, contre le ministère de l'Intérieur, et en faveur de Cedric Herrou le "principe de fraternité" en affirmant qu'une aide désintéressée à des étrangers en situation irrégulière ne saurait être passible de poursuite. Ainsi, le principe de solidarité affirmé par l'agriculteur des Hautes Alpes a-t-il été affirmé contre le "délit de solidarité" qui valait à Cédric Herrou d'être poursuivi pour l'aide qu'il apportait à des immigrants venus d'Italie. La plus haute juridiction française a rappelé que la Fraternité était proclamée, avec la Liberté et l'Egalité, par la devise de la République, et que la Constitution s'y référait comme à un "idéal commun".  Quelques jours plus tard, le philosophe Etienne Balibar publiait dans "Le Monde" (daté du 17 juillet) une tribune en appelant à l'instauration d'un "droit international de l'hospitalité", face au "retournement du droit de l'asile" en "obsession pour le refoulement de l'immigration  dite clandestine et l'identification des "faux réfugiés" : en usant de critères "extraordinairement restrictifs" pour "disjoindre l'obtention du statut de réfugié et le droit de circulation" et soustraire la souveraineté des Etats à toute véritable contestation, on ne fait plus place, comme motifs d'asile, aux "conditions de guerre civile ou de guerre économique, dictature ou restriction de la démocratie, catastrophe environnementale". Les Etats transforment ainsi "des masses de migrants en réfugiés sans refuge". De gros vents mauvais soufflent de Hongrie et d'Italie (entre autres contrées) ? Quelques brises moins pestilentielles permettent encore de respirer...


Ne pas laisser Macron incarner la résistance à la xénophobie, au racisme, au tribalisme, à l'épuration ethnique

Dans son appel à un "droit international de l'hospitalité", Etienne Balibar pose, comme une conception humaniste, que "la liberté de circulation est un des droits de l'homme aussi fondamental que la liberté d'expression ou l'habeas corpus", alors qu'une conception libérale se contentera de concevoir la liberté de circulation comme un "laisser passer" valant pour les hommes aussi bien que pour les marchandises". Tout en soutenant une "application rigoureuse" des notions de circulation, de résidence et d'asile telles que posées par la Déclaration universelle des droits de l'homme, il observe qu'elle fait de l'appartenance nationale et de la souveraineté territoriale des Etats "l'horizon absolu des dispositifs de protection des personnes, alors que dans la situation actuelle la nécessité criante est de limiter l'arbitraire des Etats en leur opposant des contre-pouvoirs légitimes internationalement reconnus". Un "droit de l'hospitalité" devrait être donc être instauré, qui donnerait aux migrants (aux "errants"...) la possibilité d'obliger l'Etat , en interdisant tout refoulement, toute brutalité à l'égard des "errants", toute liste de pays d'origine sont les ressortissants seraient interdits d'entrée , toute opération militaire visant les réseaux de passeurs "au risque de la vie des migrants eux-mêmes".

Le philosophe français n'est pas seul à se refuser à désespérer : Dans "Il Manifesto", Laura Marchetti dénonce la "claustrophilie" des populistes iraliens de droite (les leghistes de Salvini) et de ni-de-gauche-ni-de-droite (les stellaire de Di Mao) -mais cette dénonciation ne vaut pas que pour ses cibles italiennes : elle vaut pour tous ceux qui cultivent un "amour obsessionnel du claustrum". Et d'en appeler la gauche à y opposer l’agoraphilie, "l’amore per spazi aperti, per la piazza degli incontri, degli scontri e delle idee, dei comizi e delle belle bandiere "...

Cet amour des espaces ouverts, des rencontres, des mélanges, ne constitue certes pas une force politique capable de faire front aux Orban et aux Salvini, mais il en dit l'urgence. Parce que sinon, il resterait qui, en face de la xénophobie au pouvoir ? Emmanuel Macron ? Le Hongrois et l'Italien viennent d'ailleurs de lui faire le plus beau des cadeaux, en le désignant comme leur ennemi principal, l'incarnation des partisans de la "porte ouverte" à l'immigration -quand on examine la réalité de la politique d'asile française, menée par Gérard Collomb mais décidée par Emmanuel Macron, on croit rêver... et on se prépare à se retrouver, aux Européennes, en France (mais pas seulement) témoins (plus qu'acteurs) du même affrontement caricatural qui assura, face à une Le Pen naufragée, le triomphe de Jupiter...

Merci, alors, au Conseil constitutionnel français, à Etienne Balibar, à Laura Marchetti, à Cedric Herrou, aux militants de terrain de la solidarité avec les migrants, à leurs organisations (comme la vieille Cimade), de ne pas laisser Macron incarner la résistance à la xénophobie, au racisme, au tribalisme, à l'épuration ethnique. Il ne le mérite pas, et cette résistance mérite mieux.

16:15 Publié dans asile, réfugiés, France, Italie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : xénophobie | |  Facebook | | | |

Commentaires

Ces combats politiques sont sans importance.
Ce sont les peuples qui sont juges.
Dans une démocratie, les forces au pouvoir sont portés par la volonté des peuples.

Donc toutes les théories pour accueillir les migrants sont ridicules, ce n'est que du blabla.

Le point central est de convaincre les peuples de les accueillir. Pour le moment et probablement pour longtemps, les excès ont conduit à au rejet.
Les populistes n'ont pas fabriqué le rejet du migrant, c'est une erreur fondamentale de le croire.

Les mouvements pro-migrants désignent les populistes comme ennemi, comme si les peuples étaient des idiots qui se laisseraient manipuler. Les peuples de l'Ouest étaient pour l'accueil, et l'opinion s'est retourné. La clé du rejet se trouve dans les raisons de ce retournement, la xénophobie, n'est pas l'unique raison.

Écrit par : motus | samedi, 01 septembre 2018

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