mardi, 24 avril 2018

Presse écrite : petits arrangement entre amis

curafifi.jpgTamedia ? J'ai Blocher

Le groupe de presse Tamedia et Christoph Blocher se sont échangé (sous réserve d'un nihil obstat de la Commission fédérale de la concurrence) les journaux : Tamedia rachète les parts de Blocher dans la Basler Zeitung et Blocher celles de Tamedia dans les journaux gratuits Tagblatt der Stadt Zurich, Geneve Home Informations et Lausanne Cités. Certes, la Commission fédérale de la concurrence doit encore avaliser la transaction. Mais le pluralisme des media, la Comco s'en tamponne un peu la rotative -tout au plus pourrait-elle s'inquiéter de la concentration des espaces publicitaires.


Qui faut-il dénoncer (s'il faut dénoncer quelqu'un) ? Celui qui achète ou celui qui vend ?

 

Blocher vend un quotidien à Tamedia qui vend trois journaux gratuits à Blocher : qui faut-il dénoncer (s'il faut dénoncer quelqu'un) ? Celui qui achète ou celui qui vend ? Blocher ne peut acheter que les journaux qu'on lui vend, et ne peut échanger des titres avec Tamedia que si Tamedia veut cet échange, et on peine d'ailleurs à discerner un vrai gagnant dans cet échange : Blocher cède à Tamedia un titre, la Basler Zeitung) qui ne fait pas de bénéfice, qui n'a d'audience qu'à Bâle, et qui y a même perdu des lecteurs quand le Pithécanthrope a mis la patte dessus, en échange de quoi il gagne trois journaux gratuits s'ajoutant aux vingt-cinq qu'il contrôle déjà par le groupe Regiomedia (avec un lectorat total de 800'000 à 1,3 millions de personnes selon les estimations). Et dans ces trois journaux gratuits, deux romands, alors qu'il démentait toute envie de se pointer chez les Welches (quoiqu'il ait été soupçonné de vouloir se payer "Le Temps"...). Quant à Tamedia, elle accroît son emprise sur la presse quotidienne suisse (elle en contrôle déjà 40 % en Alémanie et 68 % en Romandie), et les syndicats ont quelque raisons de s'inquiéter de cette situation : Tamedia s'est illustrée ces derniers temps par la concentration de ses rédactions alémanique à Zurich et romande à Lausanne.

Tamedia ne possédait pas seule les deux "gratuits" romands : elle en détenait 50 %, et l'éditeur Jean-Marie Fleury qui détient les autres 50 % détient aussi un  droit de préemption sur les actions de Tamedia. De toute façon, ce ne sont pas les deux journaux genevois et lausannois qui intéressent réellement Blocher, mais le journal zurichois -qui se trouve être, assez curieusement, aussi le journal de la Ville de Zurich, qui paie 800'000 francs par an pour disposer de la "Tagblatt" -avouez qu'il serait pour le moins curieux qu'une municipalité de gauche verse cette obole à quelqu'un qui la voue (et voue la gauche en général, et quasiment toute la droite -sauf la sienne- avec) aux gémonies.

Ainsi un "deal" (pour reprendre l'expression utilisée par le syndicat Syndicom) est-il passé entre un groupe de presse en passe de contrôler la plus grande partie des quotidiens des "métropoles" (Zurich, Berne, Bâle, Genève, Lausanne) et qui veut devenir le deuxième plus grand acteur médiatique suisse après la SSR, et un autre groupe de presse contrôlant la plus grande partie des "gratuits" des agglomérations (là où, hors des villes-centre, l'UDC trouve une bonne partie de son électorat, et les "gratuits" blochérisés de leur lectorat). Le groupe Zeitunghaus, et Blocher lui-même, démentent toute intention de faire de ces publications des journaux de propagande. Pour GHI, en tout cas, il est vrai que devenir blochérien après avoir été staufférien, ne changerait pas grand chose à sa ligne éditoriale. Et sans doute pas grand chose non plus à l'état calamiteux de l'UDC genevoise.

Moins de titres, moins de rédactions, moins de journalistes, moins de pluralisme des opinions : si la transaction Blocher-Tamedia est peut être pour ses deux acteurs un marché "gagnant-gagnant", elle illustre bien un état de la presse écrite en Suisse qui fait un perdant : le pluralisme des media. Mais qu'est-ce que Tamedia et Blocher en ont à secouer, du pluralisme des media ?

16:07 Publié dans Médias, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : presse | |  Facebook | | | |

Commentaires

Si le pluralisme des médias avait un quelconque potentiel de favoriser la formation de l'opinion ça se saurait. Celui qui veut s'informer dispose d'un nombre inimaginable de sources qui couvrent tout le spectre des sensibilités. Les autres se sont déjà fait une idée et n'entendent pas la remettre en question. Alors une fois n'est pas coutume, je considère, comme Fathi Derder à Forum hier, que ce n'est pas un sujet.

Écrit par : Pierre Jenni | mardi, 24 avril 2018

En fait vous parlez des quotidiens distribués dans les boites aux lettres qui sont considérés par beaucoup comme de la pub puisque lorsque vous indiquez que vous ne voulez pas de pub, on ne distribue plus le GHI.
Pour véritablement se faire une idée la plus objective possible il s'agit de suivre le fil des divers liens proposés pour faire un véritable tour d'horizon qui permet souvent de réaliser à quel point chaque sujet est complexe.
Depuis que je pratique ainsi je suis obligé d'avouer que j'ai de plus en plus de peine à me prononcer lors des divers scrutins, car le monde ne s'explique pas par des oui ou non, noir ou blanc et toutes ces positions manichéennes qui font abstraction de quantité d'éléments déterminants. Tout n'est finalement qu'une question de point de vue. Il suffit de se déplacer un peu pour voir les choses différemment. Et c'est ce qui est pour moi le plus désolant dans le spectacle politique. Cette manière de ne pas vouloir se mettre dans le siège de l'autre, de ne pas voir sa logique, d'enfiler des oeillères pour surtout ne pas se remettre en question.
Dorénavant je ne me prononce que lorsque j'obtiens au moins 70% dans la balance. Sinon je m'abstiens.

Écrit par : Pierre Jenni | mercredi, 25 avril 2018

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