mardi, 20 mars 2018

Après le naufrage de "No Billag", c'est l'aide à la presse qui fait surface

carcan.jpgLes cris de l'écrit

Après le naufrage de l'initiative "No Billag", naufrage qui n'a fait de victimes que les initiants, la possibilité d'une aide publique à la presse privée a fait surface. Elle était catégoriquement refusée par les grands éditeurs privés, lors même qu'elle était soutenue, voire réclamée, par les journaux indépendants. Et puis voilà, surtout en Romandie, que de fervents opposants à ce qu'ils dépeignaient comme une "mainmise de l'Etat sur la presse" se ravisent, et envisagent ce qu'ils affectaient de prendre pour une calamité. C'est sans doute qu'ils ont compris qu'ils pouvaient eux-mêmes y avoir avantage. Mais c'est aussi que la situation de la presse écrite privée s'aggrave de jour en jour -et les grands groupes ne sont d'ailleurs pas innocents de cette aggravation. L'éditeur de la "Liberté" de Fribourg considère qu'une "aide directe à la presse est souhaitable, tant qu'elle n'altère pas l'indépendance de nos médias". Pourrait-elle l'altérer plus, cette indépendance, que l'intégration de nombre de ces media dans de grands groupes (genre Tamedia ou Ringier) qui suppriment des journaux, fusionnent des rédactions, font disparaître des rubriques et taillent dans les effectifs des journalistes ? Ce sont pourtant de là, surtout, que nous viennent les cris de l'écrit...


Vingt journaux publiant la même chose, ce n'est pas du pluralisme mais du bégaiement.

Tout le monde est d'accord (au moins rhétoriquement ) : le pluralisme des media, écrits ou non, est une condition de la démocratie, puisqu'il est un moyen de l'expression du pluralisme des opinions. Il n'y a donc pas de démocratie réelle hors d'un paysage médiatique diversifié, et sans media libres. Et il n'y a pas de media libres sans une presse libre. Certes, la presse privée est, formellement, libre, et la presse privée indépendante l'est réellement -mais les titres qui font partie de grands groupes sont-ils libres à l'égard de ces grands groupes ? La menace sur le pluralisme des media ne vient pas ici de l'Etat : Il y a peu en Suisse de media écrits d'Etat. La presse écrite est essentiellement en mains privées, n'étaient les publications gratuites, plus ou moins régulières des communes et des grandes régies et institutions publiques. Quant aux feuilles d'avis officielles, elles sont de plus en plus, comme à Genève, réduite à l'internet. Reste donc la presse privée, indépendante ou non de grands groupes de presse.

Il ne s'agit pas de réglementer les media, ni de les étatiser. Il s'agit de soutenir le secteur médiatique actuellement le plus fragile, les media écrits, et d'entre eux les journaux (et les éditeurs) indépendants des grands groupes -puisque ces grands groupes peuvent compenser par des recettes obtenues dans des secteurs plus florissants la baisse de celles obtenues dans la presse écrite. Et puis, une aide n'est pas forcément une tutelle : la politique culturelle passe par des subventions publiques aux institutions culturelles, mais les bénéficiaires de ces subventions restent libres de leurs choix  : la Ville de Genève paie chaque année environ 45 millions de francs pour son opéra, ce n'est pas elle qui en fait la programmation. Il peut parfaitement en aller ainsi d'une aide à la presse.

La commission fédérale des media (Cofem) propose la création d'une autorité indépendante de régulation qui pourrait aussi être une instance de soutien direct aux media qui en ont besoin (reste à les déterminer...). Les socialistes proposent la création d'une fondation, autonome de l'Etat, assurant un financement des media, et la participation de la Confédération à une agence de presse nationale et plurilingue, qu'elle soit l'ATS ou une agence liée à, ou créée par, la SSR -dont la nouvelle concession est actuellement en procédure de consultation. Une initiative populaire serait en préparation en Suisse alémanique pour soutenir les media suisses. Et plus concrètement, déjà, des communes soutiennent matériellement leur presse locale : Nyon devrait ainsi soutenir le quotidien "La Côte" et la TV locale "Nyon Région Télévision", Yverdon va publier (et payer) toutes ses annonces dans "La Région", Morges a accordé un prêt sans intérêt au "Journal de Morges, et sept communes genevoises ont conclu un partenariat avec la télé "Léman Bleu"...

ça part un peu dans tous les sens ? Sans doute -mais au moins, ça part. Reste à s'assurer que ça arrive là où il y a besoin que ça arrive. Et surtout, que ces aides, et des soutiens plus importants, et moins locaux, assurent non seulement le pluralisme des titres, mais aussi et surtout celui des contenus. Parce que vingt journaux publiant, à quelques détails cosmétiques près, la même chose, ce n'est pas du pluralisme mais du bégaiement.

15:41 Publié dans Médias, Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : presse | |  Facebook | | | |

Commentaires

En gros, on voudrait donner à la presse écrite le même statut qu'à la télévision. Subventionnée par la force publique, avec des contenus que les autorités ne se donnent même pas la peine de contrôler parce que personne n'en à rien à foutre... Vu le degré de pluralisme de la SSR, qui diffuse la même grisaille uniforme 365 jours par an, le remède risque de n'être ni pire ni meilleur que le mal.

Écrit par : bof | mardi, 20 mars 2018

"Victimes que les initiants" Victime consentante ainsi avez vous choisi.
De grace Pascal retrouvez un peu l'anar en vous please.

Écrit par : pote | mardi, 20 mars 2018

Je suis d'extrême droite et je suis opposé à cette idée car il est trop évident que si l'état se met à subventionner la presse, on trouvera tout à fait normal que la presse d'extrême gauche émarge à ce budget. En revanche le consensus bien pensant interdira d'en faire bénéficier tout organe présentant mes opinions.

Je voudrais aussi faire remarquer que ce débat révèle le caractère ancillaire des journalistes. Ces derniers, dont il est prouvé qu'ils ont en majorité une sensibilité de gauche, étaient très heureux dans leur statut de domestiques de grandes maisons bourgeoises (Lamunière, Ringier, Coninx-Supino). Leurs maîtres montraient de la complaisance pour les opinions gauchisantes de leurs domestiques. Donc les domestiques étaient contents. Maintenant les maîtres s'aperçoivent que cette valetaille leur coûte trop cher et ils congédient leur personnel journalistique. Réflexe des larbins congédiés: tendre la sébille à l'état. Puisque nous ne pouvons plus être valets, soyons fonctionnaires. Tout cela est dérisoire.

Écrit par : Ouin ouin | mercredi, 28 mars 2018

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