lundi, 12 mars 2018

Qu'arrive-t-il à l'Italie qui ne lui soit déjà arrivé ?

5 Etoiles.jpgQualunquismo ?

Qu'arrive-t-il à l'Italie, qui fut l'un des lieux d'invention, de Machiavel à Gramsci, de la politique ? Avec le résultat des législatives italiennes d'il y a une semaine, on croit être revenus septante ans en arrière, au temps du "qualunquisme" et du "Fronte dell'Uomo Qualunque" (Front de l'Homme quelconque), créé fin 1944 par Guglielmo Giannini. Il y a en effet bien des points communs entre les "Cinque Stelle" de Beppe Grillo et Luigi Di Maio, quelques soient par ailleurs leurs divergences, et le Front Qualunquiste de Giannini : la défiance envers les institutions, les partis, la classe politique... Aucun parti, aucune coalition n'a obtenu la majorité des sièges au parlement, et n'est donc en mesure de former le prochain gouvernement, mais arrivé en tête de tous les partis concourant aux élections législatives italienne d'il y a huit jours, c'est au Mouvement des Cinq Etoiles que le président de la République devrait, logiquement, confier les rênes de l'Etat. Et un parti foncièrement antigouvernemental et pour le moins eurosceptique formant le gouvernement d'un des Etats fondateurs de l'Europe, grâce à une loi électorale concoctée précisément contre les Cinq Etoiles par un Premier ministre victime de sa propre loi, le paradoxe serait bien dans le droit fil de la tumultueuse histoire italienne, et de son inventivité politique. Pour le pire et le meilleur.


A mali estremi, estremi rimedi

"Plus d'un électeur italien sur deux a voté pour un parti anti-système et anti-Europe", éditorialisait "Le Temps" de mardi dernier... Pour arriver à cette majorité "anti-système et anti-Europe", il faut additionner les Cinque Stelle de Di Maio et la Lega de Salvini. Qu'on-t-elles en commun ? "Anti-système", sans doute le sont-elles toutes deux, mais "anti-Europe", vraiment ? et "anti" quelle Europe ? Nul ne doute que l'abandon de l'Italie par l'Union Européenne face à l'immigration a joué, comme d'ailleurs l'a reconnu le président français Emmanuel Macron (alors que le France n'est pas sans assumer une part de culpabilité dans cet abandon) un rôle considérable dans le succès de la droite de la droite, qui en avait fait le coeur, xénonophobe en tout cas, raciste au besoin, de sa campagne, et même dans le succès des Cinq Etoiles -dont la campagne était centrée sur la dénonciation des "élites" mais surtout sur la précarisation et la paupérisation croissante de la population (d'où son succès fracassant dans le sud, en Sicile et en Sardaigne, alors que c'est la coalition de droite et d'extrême-droite qui gag nait dans le nord).

Gardons-nous donc de confondre cinque stelle avec cinque fasci. Au sein du PD, et contre l'avis de Matteo Renzi, des voix se sont élevées en faveur d'une coalition avec le M5S, pour empêcher la droite et l'extrême-droite d'arriver au pouvoir, ce qui signifie bien que le M5S n'est pas perçu comme un parti d'extrême-droite. Et c'est Salvini qui s'est attiré les félicitations de Marine Le Pen, pas Di Maio, qui refuse toute coalition avec la Lega. Et s'il se dit prêt à "discuter" avec toutes les forces politiques, c'est à ses conditions et sur la base de son programme : lutte contre la pauvreté, le gaspillage et l'immigration incontrôlée, pour la sécurité, l'emploi et le développement. Trois thèmes de gauche, trois thèmes de droite.

En 2013, les 5 Etoiles de Beppe Grillo étaient déjà devenues, avec 25,6 % des suffrages, le premier parti politique d'Italie. Avec 32,6 % des suffrages le 4 mars, les 5 Etoiles de Luigi Di Maio confirme et renforce cette place, loin devant l'autre vainqueur (avec 17,4 % des suffrages) des dernières élections, la Lega (plus du Nord) de Matteo Salvini, maquée avec Berlusconi d'un côté et avec les néofascistes de l'autre. Quant aux défaits, ils sont également deux : le Premier ministre Matteo Renzi, ultime héritier du blairisme et incarnation d'une gauche calée à l'"extrême centre" (et recalée dans les urnes), et Silvio Berlusconi, moins inoxydable qu'il se croyait et se voulait.

Sa victoire, Luigi Di Maio l'a ancrée d'abord dans le sud, là où le risque de pauvreté atteint 47 % de la population (contre 30 % en moyenne nationale, ce qui est déjà énorme). Et il l'a confirmée en attirant vers ses 5 Etoiles une part considérable de l'électorat de gauche, y compris d'ailleurs de la gauche radicale : les communistes, les alternatifs et la gauche "frondeuse" du Parti Démocratique de Renzi (qui perd le cinquième de ses électeurs des dernières législatives et la moitié de ceux des élections européenne) ont, ensemble, fait moins de 5 % des suffrages. L'"alternative" en Italie, ce n'était pas la gauche de la gauche qui l'incarnait mais cinque stelle venues du plus profond de la rancoeur sociale et politique. Matteo Renzi était bien seul, au soir de sa défaite, à clamer "nous rendons la Maison Italie dans un meilleur état que quand nous sommes arrivés" : les Italiens n'en avaient de toute évidence pas la conviction...
Or il n'y a pas qu'en Italie que s'il venait à la populace l'idée de reprendre une Bastille, il y aurait quelque risque que son gouverneur fût "de gauche". Et que sa tête ornât une pique "populiste".

 

13:11 Publié dans élections, Europe, Italie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinque stelle, m5s | |  Facebook | | | |

Commentaires

Ils est faux de croire que les italiens ont voté pour une philosophie politique, il y a un raz-le-bol. Ils ont voté pour des partis qui leur promettent de résoudre les maux du pays : L'immigration, la corruption et pour certain, l'économie.

Au nord, moins frappé par les problèmes économiques, l'immigration et la corruption ont gonflé l'extrême droite. Berlusconi a été victime de ce mouvement anti-corruption.
Au sud, le parti 5 étoiles est vu comme celui qui peut résoudre les problèmes. L'extrême droite restant une incarnation des régions du Nord.

La gauche a été laminé parce que perçu comme pro immigration et complice comme les partis traditionnelles, de la corruption.

Le mouvement 5 étoiles a remplacé la gauche gauche parce que celle-ci ne peut se résoudre à sortir de l'idéologie pour s'attaquer aux préoccupations de la population comme l'immigration. Cette gauche a disparu, ce qui n'est pas le cas des sociaux démocrates.
Sous wiki, ce mouvement 5 étoiles est définis comme écologiste, d'inspiration libérale mais anti-néolibérale. Bref, une social démocratie écologiste, qui selon les thèmes est à gauche, d'autre bien à droite.
Aucun lien donc avec l'idéologie gauche gauche. Mais ils sont clairement proche des sociaux démocrates. D'où le refus de s'allier avec ce front de droite.

L'idéologie gauche gauche en Europe a eut tort de s'identifier à l'immigration, les gens auront la mémoire longue lorsqu'il faudra voter.
Cette gauche est pour moi en mort lente, remplacée par des mouvements qui se place dans le temps présent, et plus du tout dans des références idéologiques poussiéreuses.

L'Italie montre ce qui se passera ailleurs en Europe si celle-ci ouvre ses frontières aux illégaux.

Écrit par : motus | lundi, 12 mars 2018

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Je suis assez d'accord avec la qualification "social-démocrate" des Cinq étoiles. Une social-démocratie mâtinée de populisme, mais au sens originel (russe) du terme...

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 12 mars 2018

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