mercredi, 21 février 2018

Foisonnement de listes pour les élections genevoises : Bonne santé démocratique

elections genevoises.jpgTreize listes (six de gauche, sept de droite) en lice pour les élections cantonales genevoises d'avril et mai prochain, c'est sans nul doute un signe de bonne santé démocratique, à nuancer toutefois par le taux d'abstention, qui dépassera certainement les 50 %. Mais l'abstention est un droit, au même titre que le vote. Et pour qu'elle atteigne un tel niveau, il faut bien qu'il y ait quelque responsabilité des acteurs politiques, institutionnels ou non.
Il y a donc six listes de gauche en lice. Et toujours un quorum de 7 % des suffrages, qui en condamnera probablement la moitié ou la majorité à échouer aux portes du parlement et des milliers d'électrices et d'électeurs (potentiellement plus du quart des votants) à avoir voté pour rien et n'avoir élu personne. C'est beaucoup, 7 %. Beaucoup trop, pour une élection démocratique à la proportionnelle. Il faudra  bien qu'on s'en occupe, du quorum. Pour l'abolir, purement et simplement, par une initiative populaire, puisque la constituante a été infoutue de l'abaisser à un niveau démocratiquement supportable.


De l'alliance par réflexe et de l'alliance par calcul

 

Six listes, pas toutes apparentées, pour les élections cantonales : la gauche genevoise a la floraison printanière vigoureuse... Outre les trois listes de l'Alternative (le PS, les Verts et "Ensemble à gauche"), on a les "Rebelles d'Ensemble à Gauche" (c'est la "Tribune de Genève" qui les qualifie ainsi) : le Parti radical de gauche et La Gauche lancent une "Liste pour Genève" dans l'élection du Grand Conseil et du Conseil d'Etat, et une liste "Egalité et Equité" se présente également. Enfin, une liste exclusivement féminine ("La Liste") nous rappelle opportunément que pendant plus d'un siècle après l'instauration du "suffrage universel"... masculin, il n'y eut à Genève comme ailleurs que des listes exclusivement, et obligatoirement, mâles. Et que presque soixante ans après que les femmes aient, enfin, obtenu le droit de vote et d'éligibilité communaux et cantonaux, elles ne totalisent qu'un peu plus du tiers des candidatures au Grand Conseil et du quart de celles au Conseil d'Etat. Ce serait d'ailleurs largement suffisant pour que la parité soit réalisée par le seul fait du choix électoral (surtout si les électrices votaient au moins préférentiellement pour des candidates), puisqu'il y a plus de candidates que de sièges au Grand Conseil et au Conseil d'Etat... seulement voilà : moins de 15 % des candidates sont élues (et la majorité d'entre elles sur des listes de gauche, qui présentent d'ailleurs le plus forte proportion de femmes sur leurs listes) soit une proportion inférieure de moitié à celle des candidats élus (la majorité d'entre eux sur des listes de droite).

Une alliance politique peut se faire par réflexe, par calcul, ou par les deux à le fois. Par réflexe : on est à gauche, on est de gauche, on s'allie avec les autres forces de gauche (reste évidemment à définir la gauche...). Par calcul : on s'allie avec les forces les moins éloignées de nous, celles avec qui on a plus de convergences que de divergences, pour constituer avec elles une majorité, ou s'en approcher. L'alliance par réflexe, c'est Léon Nicole, avec les communistes (il finira néanmoins par rompre). L'alliance par calcul, c'est François Mitterrand. A Genève, une alliance de toutes les listes de gauche (on considérera comme telle, compte tenu de son programme, "la Liste" féminine, même si elle s'en défend) eut été logique. Pas forcément profitable, vu l'obstacle du quorum (les suffrages qui se sont portés sur des listes n'ayant pas franchi cet obstacle ne sont pas reportés sur les listes avec lesquelles elles sont apparentées), mais en tout cas symboliquement clarificateur. Parce que le total des suffrages de toutes les listes de gauche sera sans doute, en avril, assez largement supérieur à ce qu'il fut il y a cinq ans, et qu'il serait bon que cela s'affiche comme le total des suffrages d'un apparentement général plutôt que comme l'addition des suffrages de trois listes apparentées (le PS, les Verts et Ensemble à Gauche) et de trois listes non apparentées (la Liste femmes, la Liste pour Genève et la liste Equité et Egalité). Trois tranches et des miettes : on y perdra peut-être des plumes, ou on en gagnera moins que ce qu'on espérait ?`C'est le jeu. Et on le joue aussi : après tout, chacune de nos listes de gauche est concurrente des autres listes de gauche... et aucune n'est propriétaire de son électorat. Et s'il y a six listes de gauche, c'est bien qu'aucune des trois principales n'a réussi, ni les trois ensemble, à convaincre les initiateurs des trois autres de les soutenir, ni de se coaliser sur une seule...
Politiquement, on n'est jamais innocent de ses faiblesses, et la dispersion en est une, du moins électoralement, quand on n'est pas dans un système électoral totalement proportionnel. Et on n'y est pas.
Pas encore.

15:07 Publié dans élections, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Et pour la votation sur les fêtes de Genève, vous recommandez quoi?

Écrit par : Daniel | mercredi, 21 février 2018

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Le "oui" à l'initiative populaire...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 22 février 2018

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Pour une gauche unie, il faudrait déjà que les plus grands partis de gauche proposent effectivement des alliances aux plus petits, personne ne l'a fait, le PS n'est jamais venu discuter avec La Liste pour Genève d'une alliance possible, par exemple ! D'où l'émergence des petites listes autonomes... la liste Equité&égalité par exemple a vu le jour suite à l'exclusion de son initiatrice de la liste d'EàG en dernière minute... Le Parti Radical de Gauche a été créé suite à une exclusion d'EàG également. L'exclusion à tour de bras créée les fractions.

Écrit par : Catherine Armand | jeudi, 22 février 2018

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Le problèmes, c'est qu'il ne peut pas y avoir d'alliance avec des partis qui ne veulent pas être alliés entre eux. Concrètement, le PS ne peut pas être allié avec la Liste pour Genève et l'Alliance de Gauche si la LpG et EàG ne sont pas alliés entre eux. Et cette règle vaut pour les six listes de gauche : il faut que chacune d'entre elles soit alliée avec les cinq autres... Ce système est aussi pervers que le quorum...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 22 février 2018

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Le grand problème est que la différence est vu comme un obstacle, même si sur le 90% restant, les mouvements sont sur la même ligne.

Et lors des comptes, les idéologues vont voir le verre à moitié vide, et les autres à moitié plein.
L'idéologie est diviseuse et non rassembleuse.

Lorsque le bon sens prend le pas sur l'idéologie, les alliances se forment. Mieux vaut un tien que deux tu l'auras, même si c'est un peu frustrant.
Il vaut mieux avancer à petit pas qu'être droit dans ses bottes et faire du surplace.

En fin de compte l'abaissement du quorum permettrait de voir de nouvelles têtes, de nouveaux mouvement, mais rien ne changerait dans le fond. Le combat politique s'appuiera encore plus sur des "virgules" entre les mouvements du même bord.

Les gens n'ont pas besoin de voter pour des petites formations politiques un peu plus à gauche ou plus droite, mais pour des courants politiques dont la philosophie n'est pas représenté.

Le quorum ne peut que pousser à la réflexion sur sa propre identité et philosophie du parti pour être visible par les votants et atteindre le quorum.
Ce n'est pas le nombre de partis qui se représentent qui est un bon signe de la vitalité d'une société, mais la vrai diversité philosophique face aux problème de celle-ci.

Abaisser le quorum est une amélioration gadget.
Le vrai souci est que la jeunesse politique est sclérosé dans les vieux pots. Face à un avenir qui amènera de grands changements, ils sont clairement décevant.

Écrit par : motus | jeudi, 22 février 2018

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"Le "oui" à l'initiative populaire..."
Je vous ai suivi, même si j'aurais aimé quelques explications.

Écrit par : Daniel | vendredi, 23 février 2018

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C'était en effet un peu succint : "oui" à l'initiative populaire, parce qu'elle est claire, qu'elle seule oblige à repenser les Fêtes et oblige la Ville à prendre ses responsabilités. Et qu'une semaine, c'est largement assez : la Fête de la Musique, organisée par la Ville, ne dure que trois jours et attire un public considérable. Et la "Saga des Géants" n'a pas non plus eu besoin de deux semaines pour attirer plusieurs centaines de milliers de personnes...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 23 février 2018

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