jeudi, 15 février 2018

Service postal public : la "tactique du salami"

office postal fermé.jpgInconvenience formats

Le Conseil des Etats a exigé, le 30 novembre dernier, que l'accès aux services de la Poste, y compris pour les paiements, soit garanti dans toutes les régions du pays, alors que la Poste veut faire passer le nombre de ses bureaux de 1197 en décembre dernier à 800 ou 900 (avec 1200 suppressions d'emplois à la clef), en compensation de quoi le nombre des "points d'accès" basés dans des commerces privés passerait d'un millier aujourd'hui à 1200 ou 1300 dans deux ans. Or "Le Courrier" de mardi révélait qu'un document interne de La Poste, datant de mai 2016 et signé par le directeur de l'unité "réseau postal", envisageait de réduire d'un quart, dès 2020, le nombre de ces mêmes "agences postales", tout en continuant de supprimer les bureaux traditionnels ("le nombre d'offices postaux n'est pas gravé dans la pierre", avait déclaré le mois dernier le président du Conseil d'administration de la Poste, Urs Schwaller). Par quoi va-t-on alors les remplacer, les bureaux supprimés et les agences abandonnées ? par des automates (des "convenience formats"), ou par rien du tout ? Le Conseiller national PDC grison Martin Candinas dénonce la "tactique du salami" engagée par la poste : on coupe une tranche après l'autre, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Hypothèse optimiste : au moins, le salami, il aura nourri quelqu'un une fois coupé...


La stratégie, c'est la mise à mort du service public postal. Et le mensonge, le moyen de la faire passer.

 

L'année dernière, la Conseillère fédérale Doris Leuthard affirmait, en écho du président du Conseil d'administration de la Poste, Urs Schwaller, que l'ex-régie fédérale avait encore "le réseau postal le plus dense d'Europe", et cela alors que de moins en moins de personnes se rendent physiquement dans un bureau postal. Urs Schwaller précisait que le "service universel" imposé à la Poste lui coûte 350 millions de francs par an, qu'elle y investit près de 450 millions de francs par an, et que sans le monopole dont la Poste dispose sur les lettres de moins de 50 grammes, elle ne pourrait plus le financer. Mais tient-elle encore vraiment à le financer quand elle ferme des bureaux de poste par centaines ? Le même Urs Schwaller assurait (dans le "Matin Dimanche" du 29 octobre) que des critères précis guidaient la Poste dans le choix des bureaux à maintenir ou fermer : un bureau pour 20'000 habitants dans les chefs-lieux cantonaux et les grandes agglomérations, un office dans chacune des 128 régions d'aménagement du territoire. Pour les espaces ruraux "reculés", suffisamment d'offices pour "garantir une accessibilité satisfaisante" (la Poste doit garantir à 90 % de la population, dans le cadre du "service universel", un accès à une agence en vingt minutes à pied ou en transports publics, trente minutes à un service de paiement ou si un service à domicile existe, mais l'entreprise voudrait bien que cette obligation soit assouplie). Or quand la Poste annonce 4200 "points d'accès" en 2020, seuls 770, éventuellement 900 seront encore des bureaux de poste, et c'est ce nombre qui n'est pas "gravé dans la pierre". Et après 2020 ? on verra, se contente de dire Schwaller : "nous analyserons l'évolution au fur et à mesure". Au fur et à mesure de quoi ? notamment du "volume des lettres, colis et versement effectués aux guichets". Mais on s'adaptera "toujours en collaboration avec en collaboration avec les cantons, les communes et la population". Car "la Poste n'a jamais autant dialogué avec les acteurs concernés" et assure qu'aucun office ne sera supprimé sans solution de remplacement. Rassurés, les usagers ? Comment ça, non ? Le Syndicat autonome des postiers (SAP) dénonce en tout cas, par la voix de son président, Olivier Cottagnoud, la "stratégie du mensonge de la Poste". Erreur de perspective, camarade : le mensonge, ce n'est pas la stratégie, c'est seulement le moyen de la faire passer -la stratégie, c'est la mise à mort du service public postal. Faut pas confondre la fin et le moyen. Même quand il sont également détestables.

15:26 Publié dans service public, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : poste, la poste, offices postaux | |  Facebook | | | |

Commentaires

Cher Monsieur,
Excellent papier!
En fait, fallait pas privatiser! C'est ce que j'ai toujours affirmé, et continuerai d'affirmer... Essayons toutefois de sauver ce qui peut encore l'être, de nos services publics, comme l'électricité, et les barrages, qui ont l'avantage d'être là, outre le fait qu'ils ne polluent pas, à part peut-être le paysage, mais alors que dire des éoliennes? Sans abandonner La Poste bien sûr, véritable scandale!
Cordialement,
Jacques Davier, citoyen de Genève

Écrit par : Jacques Davier | jeudi, 15 février 2018

La Poste et les magouilles financières, les CFF qui se foutent de leurs clients, Swisscom qui se fait piquer 800.000 données de clients, etc. Cela prouve que de confier ces entreprises à des politiques c'est une erreur. Du reste, si les politiques savaient bosser, cela se saurait ! Plus près de nous c'est la débandade de la BCGe il y a quelques années et qui était aux mains de Cruella !

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | vendredi, 16 février 2018

C'est vrai que les aventures d'UBS et du Crédit Suisse plaident éloquemment en faveur de la compétence des dirigeants privés... D'ailleurs, c'est bien en s'inspirant de leurs hauts faits et en appliquant au secteur public les règles du secteur privé que les dirigeants des entreprises publiques s'illustrent en ce moment...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 16 février 2018

Dans les 2 banques que vous citez, il y avait également une forte représentation politique de tous bords.

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | vendredi, 16 février 2018

Ne critiquez pas les entreprises privées car, si elles n'existaient pas, il n'y aurait pas de fric pour les salaires des fonctionnaires socialistes !

Écrit par : Gedeon Teusmany | vendredi, 16 février 2018

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