mardi, 23 janvier 2018

Campagne électorale genevoise : Fisc fisc rage...

danger de tomber de haut.jpgPeut-on construire une campagne électorale sur des projets fiscaux ? C'est en tous cas ce que semblent ou veulent croire les radelibes genevois (le PLR), qui à trois mois des élections cantonales déposent trois projets de loi de baisse des impôts : le premier pour baisser de 5 % l'impôt direct sur les personnes physiques, le second et le troisième pour augmenter les déductions. Pertes totales de ressources pour les caisses publiques : plus de 100 millions de francs par an. Bon, les socialistes aussi ont leurs projets fiscaux (ils en ont déposé neuf, "pour une plus juste imposition"). -mais au moins n'y réduisent-ils pas leur credo programmatique. Et ne dénoncent-ils pas obsessionnellement le déficit budgétaire et la dette du canton, tout en déposant des projets qui vont accroître le premier et alourdit la seconde.


...la marge qui sépare la promesse électorale de la réalité sociale...

On ne baisse jamais les impôts impunément, sans conséquences sur la capacité des services publics à répondre aux besoins du public. Et quand ces besoins augmentent, parce que la population augmente et que les inégalité s'aggravent, ce sont bien de nouveaux moyens, et donc de nouvelles recettes, dont les collectivités publiques ont besoin. Pas de nouveaux cadeaux à ceux qui peuvent se passer de services publics, parce qu'ils en ont les moyens. "Le « bol d’air fiscal » présenté récemment par le PLR contient un gaz toxique pour Genève", commente le PS.
Evidemment, s'entendre promettre qu'on paiera moins d'impôts est une musique agréable à l'oreille. Mais d'ici à ce qu'elle le soit aussi au porte-monnaie, il y a toute la marge qui sépare la promesse électorale de la réalité sociale : quand, parce que le soutien matériel du canton aura été réduit, des services publics gratuits deviendront payants et des services publics déjà payants augmenteront leurs tarifs et que les baisses d'impôts promises seront consumées dans les hausses de tarifs et les réductions de prestations, la réalité s'imposera : baisser de 5 % les impôts de tout le monde, c'est pour les bas revenus imposables les baisser moins que ce que leur coûtera cette baisse. Et pour tous les revenus imposables inférieurs à la médiane, les baisser bien moins qu'on les aura baissé pour les hauts revenus et les grosses fortunes -sans que rien ne le justifie : Genève n'est pas l'"enfer fiscal" décrit par ceux qui tirent profit (politique ou professionnel) de cette description. Et Genève ne gaspille pas ses ressources fiscales : rapportée au produit intérieur brut du canton, la dépense publique genevoise est la plus basse de toute la Suisse romande, sauf Neuchâtel.

A Genève comme ailleurs, les collectivités publiques ont à répondre aux besoins de la population -de toute la population, pas seulement la plus fortunée, et même : d'abord de la population la moins aisée, celle qui a précisément besoin de l'engagement public pour pouvoir jouir des droits que les textes constitutionnels et légaux proclament hautement : le droit à la santé, au logement, au travail, à la formation, à la culture. C'est en cela, et en cela seulement que l'Etat peut se justifier : par sa capacité à concrétiser son propre discours sur les droits sociaux.

17:55 Publié dans élections, Fiscalité, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Là aussi je mesure le manque de vision.
Qu'on augmente ou qu'on diminue les impôts ne changera rien au fait que les Etats disposeront de moins en moins de ressources pour assurer le filet social pour la simple et très mauvaise raison que le principe même du salariat est menacé et donc le prélèvement des impôts sur les revenus qui vont fondre puisque la survie des entreprises dépend de leur flexibilité en fonction des mouvements économiques. Uber, pour ne prendre que cet exemple emblématique, prétend offrir un outil numérique à des indépendants. La SUVA, puis le TF, ne l'ont pas entendu de cette oreille, mais le géant californien n'en a cure. Il s'est installé, la demande est là et les autorités ferment les yeux.

Écrit par : Pierre Jenni | mardi, 23 janvier 2018

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