mercredi, 17 janvier 2018

Traversée du petit-lac de Genève : tunnel-pont-tunnel ad libitum

La Pêche miraculeuse.jpgCrédulité, foi et résignation

Le Conseil d'Etat genevois a annoncé qu'il avait « missionné » le Conseil consultatif de la traversée du lac sur deux nouvelles thématiques retenues suite aux recommandations énoncées dans le rapport du Conseil du 25 septembre 2017. Le gouvernement de la Parvulissime République s'était déjà prononcé, sous la forme d'une recommandation, en faveur de l'option "tunnel-pont-tunnel" consistant en des accrochages souterrains sur les berges, puis en un pont émergeant à une distance des rives supposée permettre "le respect des normes de bruit". Les communes friquées de la rive droite du lac auraient préféré un tunnel, mais se rallient à cette option "tunnel-pont-tunnel" en voulant croire qu'elle éloignera les nuisances. On ne sait si cette crédulité relève de la foi ou de la résignation. Après tout, dans sa "pêche miraculeuse" Conrad Witz fait bien marcher Jesus sur les eaux du petit-lac... mais là où il a encore pied, quand même...


Pont comme la lune sur Avignon

Donc, un rapport géologique a indiqué au Conseil consultatif sur la traversée du lac que le sous-sol dudit lac, là où se situe le projet de le faire traverser par une autoroute, est vaseux. Autant que le projet, ajouteront quelques mauvaises langues connues de nos services. Donc, le tunnel ne reposerait pas sur une base particulièrement solide -et quoi de plus idiot qu'un tunnel envasé ? De plus, faire la traversée en tunnel obligerait à construire des cheminées d'aération sur les rives, ce qui y concentrerait la pollution. La vase en dessous, les gaz en dessus, voilà pour le tunnel. Quant au pont, ses emprises sur les rives se heurteront certainement à l'opposition des riverains (et sur la rive gauche, on n'a pas affaire à des sous prolétaires ignorants de leurs droits), et c'est la solution qui commet le plus de dégâts à l'environnement. Bref, le tunnel n'est pas possible et le pont n'est pas souhaitable. Mais comme la majorité du Grand Conseil et du Conseil d'Etat) veut à toute force quelque chose qui fasse traverser le petit-lac aux touristes norvégiens désireux de se rendre dans les Pouilles, il fallait trouver une solution. Et la solution a été trouvée : le tunnel-pont-tunnel. Ou la chèvre, le chou et la chèvre. Une chimère trinitaire : un pont qui débute au milieu du lac, à 500 mètres des habitations, avec un tunnel de chaque côté.

Le "Conseil consultatif" chargé de plancher sur l'invraisemblable obsession de la droite genevoise (la traversée routière du "Petit Lac") est donc chargé d'élaborer "un cahier de recommandations qui sera repris par les mandataires des études d'avant-projet (financées par le crédit d'étude actuellement en examen par le Grand Conseil)" et d'examiner le"positionnement des jonctions de bouclement autoroutier et leur insertion dans le territoire". Il a jusqu'à la fin de l'année prochaine pour rendre son avis. Et le Conseil d'Etat d'ajouter que d'ici là, "les instances de pilotage et de concertation du projet poursuivent l'examen des impacts et des bénéfices d'une telle infrastructure" (pour les bénéfices, ce devrait être vite fait : ils sont nuls). Il faudra bien aussi se pencher sur le coût de l'exercice pour les caisses publiques (et sur la dette) : c'est au moins un milliard, et sans doute plutôt deux. On souhaite bonne chance aux "instances de pilotage et de concertation" pour peindre cette ânerie en couleurs aguichantes. Parce qu'il faudra bien revenir devant le bon peuple pour la lui soumettre. Quant à nous, on l'a, le slogan pour la votation : "Pont comme la lune".
Sur Avignon, la lune.

20:30 Publié dans Environnement, Genève, Transports | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : traversée du lac | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bon ben puisque vous venez me chatouiller sur mon terrain, je ne vais pas me retenir.
Cette traversée ne devrait jamais voir le jour pour de multiples raisons mais principalement parce que le financement fera défaut.
C'est un gadget de luxe que nous ne pourrons pas nous offrir et qui, comme vous le relevez avec humour, ne servira que le transit international sans impact notoire sur l'engorgement de la ville au vu de la projection de la circulation individuelle motorisée à l'horizon 2030.
En revanche, nous aurons peut-être enfin l'occasion de relever publiquement les errances du législateur qui fait systématiquement, et presque de manière autiste, la sourde oreille sur les projets de l'ingénieur Weibel tant pour la boucle du Vengeron qui permettrait de supprimer le cul de sac ferroviaire de l'aéroport et réaliser les connections TPG avec St Exupéry que pour la traversée hybride du lac qui finaliserait le réseau ferroviaire en parfaite cohérence avec le CEVA et les connexions transfrontalières.
Mais bon... depuis le temps qu'on en cause. Et au vu de l'enthousiasme général, je pense que j'observerai encore longtemps ce serpent de lac dont l'histoire remonte à la fin du XIXe.

Écrit par : Pierre Jenni | mercredi, 17 janvier 2018

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Bravo à PH et à PJ!
Nous vivons dans un monde où la corruption règne en maître. Il faut nourrir le canasson. Ceux qui ont connu Daniel Marco comprendront.

Écrit par : Daniel | jeudi, 18 janvier 2018

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Oups, TGV et non pas TPG !

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 18 janvier 2018

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