lundi, 08 janvier 2018

Media : Les 150 ans du Courrier, la dernière année de la SSR ?

Vignette No Billag.JPGLe dur désir de durer

"Le Courrier" fête son 150e anniversaire : le premier numéro de ce qui est aujourd'hui le dernier, le seul, quotidien de gauche de Suisse romande, est paru le 5 janvier 1868 comme une "feuille religieuse et nationale", alors hebdomadaire, vouée à défendre les droits des catholiques dans une Genève encore dominée par les protestants et leur église elle aussi "nationale". Intéressante collision de cet anniversaire avec la campagne sur l'initiative "No Billag" : un quotidien papier fête ses 150 ans, avec le dur désir de durer encore longtemps, au moment où on se demande si le medium audiovisuel public survivra à l'offensive de ses adversaires.
On se permet de vous recommander le dernier numéro, exceptionnellement quadrilingue (vu l'enjeu) du magazine « Culture enjeu », qui porte sur l'initiative « No Billag » ... En français, en allemand, en italien et en romanche, on vous dit en quoi il importe que cette initiative purement mercantiliste soit refusée. http://www.cultureenjeu.ch/


"la Confédération ne subventionne aucune chaîne de radio ou de télévision". Ni publique, ni privée. Point, barre.

En Suisse alémanique, les défenseurs du medium public se réveillent, enfin : vendredi dernier, un comité hors parti "Nein zum Sendeschluss" (Non à la fin des programmes), issu du monde des media, a lancé sa campagne contre "No Billag" en reppelant l'enjeu du vote du 4 mars : l'initiative "ferait disparaître la SSR ainsi que 34 stations de radio et télévisions privées" en les privant de leur base financière". Dimanche, près de 5000 artistes et créateurs culturels ont lancé un appel à voter "non" le 4 mars, en même le très libéral Roger Schawinski, pionner de la télé privée, combat une initiative dont il considère qu'elle changerait plus profondément la Suisse qu'aucune autre avant elle. Cette mobilisation dans la partie majoritaire de ce pays, plus sensible que la Romandie aux sirènes de "No Billag" est bienvenue, parce que même si, optimiste, le président du PS, Christian Levrat, la qualifie de "tellement stupide que nous devrions gagner à 70 %" et la balayer, le danger est réel : après tout, ce ne serait pas la première fois, ni la dernière, qu'une initiative stupide est ou peut être acceptée : souvenez-vous de l'interdiction des minarets, préparez-vous à celle de la burqa et du foulard...
Ce qui fait la force de "No Billag" n'est pas tant son contenu que l'addition potentiellement majoritaire de ceux que ça emmerde de payer une redevance à ceux qui, à droite, exècrent par principe tout medium public et aux éditeurs qui espèrent récupérer la part du marché publicitaire que capte la SSR.

Pour combattre les media publics, et favoriser la privatisation de tout l'espace médiatique audiovisuel de ce pays, les promoteurs de "No Billag" ont, assez intelligemment, visé le maillon faible du dispositif de service public : la société d'encaissement de la redevance. Autrement dit, celle dont le nom orne les factures envoyées aux téléspectateurs et auditeurs. Personne n'aime Billag, et proposer sa suppression (même s'il est déjà prévu qu'elle soit remplacée par une autre)ne va pas susciter des hurlements de désespoir. Proposer clairement la suppression de la SSR eût été plus périlleux : la même proportion de personnes sondées qui déclare vouloir voter pour la suppression de Billag déclare apprécier la SSR et ses programmes, les trois quarts des sondés considérant que l'information est la mission la plus importante du medium public, et la majorité d'entre eux qu'elle est dispensée avec neutralité et objectivité. On est à trois mois de la votation, et il n'est après tout de meilleur argument pour combattre "No Billag" que rappeler son contenu même, qui dément sans aucune ambiguïté toute tentative de faire accroire qu'après le passage de cet Attila des media, l'herbe de l'audio-visuel public (et de tout ce qu'il soutient) pourrait repousser. Le texte de l'initiative est en effet d'une clarté léniniste : "la Confédération ne subventionne aucune chaîne de radio ou de télévision". Ni publique, ni privée. Point, barre.

La SSR n'est pas une radio et une télévision d'Etat, mais une radio et une télévision publique -et ce n'est pas la même chose. Dans tous les pays voisins, la privatisation de media publics a entraîné la dégradation de la qualité de leur offre, alors même que leurs media nationaux peuvent émettre en une seule langue quand en Suisse ils doivent le faire en quatre langues différentes, pour un tout petit "marché" de huit millions d'habitants, dont la RTS quadrilingue est le seul medium national. Sa disparition en tant que service public laisserait le champ libre aux groupes privés (voire même aux media publics) des pays voisins, qui ne le considéreraient guère que comme un prolongement régional (intéressant financièrement, puisqu'habité par une population à haut niveau de vie comparatif) de leur propre marché national. "No Billag", c'est "Yes TF1"...  A côté de quoi, quelques télés privées aux programmes anorexiques (étiques, pas éthiques) pourraient subsister. Et Télé Blocher s'étaler.

 

17:24 Publié dans Médias, Suisse, votations | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : no billag | |  Facebook | | | |

Commentaires

Encore un qui vient crier au loup.
J'ai lu aussi dans la presse d'aujourd'hui que les droits des handicapés seraient menacés, avec convention de l'ONU à l'appui. (what a shame). Plus de doute, je voterais oui à no billag.

Écrit par : nobig | lundi, 08 janvier 2018

Répondre à ce commentaire

Sur le vif,, comme dirait l'autre,; no Billag c'est se farcir Orsini et vieilles dentelles avec " Pachcal" pour la xième fois sur Léman Bleu, qui je ne sais comment la chaine justifie ce surcoût d'une "Production"à un journaliste qui a renoncé à produire et à exister en dehors des réseaux forcément sociaux free acess

Écrit par : briand | lundi, 08 janvier 2018

Répondre à ce commentaire

Il est intéressant de voir la gauche prendre la défense de la RTS alors que la télévision distille tant et tant de séries et de films américains qui ne sont que de la propagande déguisée. Soumission pour quelqu'un qui se dit anar cela fait étrange. Sans parler de la violence, du culte du héros, etc. Si la télévision est un service public, elle doit être financée par l'impôt et par ceux qui consomment le service et pas par une taxe unique. Vous ne payez pas le même prix de billet de train si vous allez de Genève à Lausanne ou à Zurich. Et pour quelqu'un qui ne paie pas son billet de tram, recommander de voter non, cela fait aussi très étrange.

Écrit par : Daniel | lundi, 08 janvier 2018

Répondre à ce commentaire

Il n'est pas plus étrange de voir la gauche prendre la défense de la SSR que de voir la droite de la droite s'y attaquer... nous ne faisons que comparer ce qu'offre un medium public et ce qu'offrent les media privés et y'a pas photo, séries américaines (ou suédoises, ou anglaises, ou françaises, ou suisses) ou pas.e
Cela étant, je suis d'accord que le service public doit être financé par l'impôt plutôt que par une redevance fixe. Mais pour que tel puisse être le cas, il faut que le service public existe : le but de No Billag est qu'il n'existe plus, et l'initiative ne visa pas la redevance, elle vise la SSR.
Enfin, votre comparaison avec le billet de train est bancale : avec une carte journalière ou un abonnement général, je paie exactement la même chose que j'aille à Lausanne ou Zurich ou Lugano. Quant à ma position sur la gratuité des transports publics, elle est la même que sur la télévision publique : les deux doivent être gratuits, et financés par l'impôt.
Mais encore une fois, "No Billag" n'en a rien à cirer de l'entreprise Billag, qui de toute façon n'encaissera plus la redevance dès l'année prochaine. Sa cible, c'est la SSR. Et je préfère la SSR à TF1 lou M6.

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 08 janvier 2018

Répondre à ce commentaire

Monsieur Holenweg, je ne comprends pas qu'on puisse souhaiter la gratuité des transports, ni même la gratuité des seuls transports publics. Socialement, il me semble qu'il y a des coûts qu'il serait bien plus important de rendre gratuits que le transport: le pain, les soins médicaux, un logement, par exemples. Pour notre environnement aussi, il me semble que la gratuité des transports, qu'ils soient publics ou non, aurait des conséquneces néfastes, en facilitant la dissémination sans limites de l'habitation et de l'emploi.

Tout le monde a besoin de pain, de soins et de logement. Ce n'est pas le cas des transports. Pourquoi serait-il bon que les pendulaires qui se rendent tous les jours de Lausanne à Genève pour y travailler ne paient rien des deux milliards et demi qui vont être dépensés dans le chemin de fer entre ces deux villes? ces milliards, dépensés par l'Etat, ne seraient-ils pas plus justement affectés à l'améliorration des conditions essentielles de vie des gens modestes?

Écrit par : weibel | mardi, 09 janvier 2018

M. Weibel, ne nous emballons pas : il ne s'agit pas de la gratuité des transports en général, mais de celle des transports publics en zone urbaine...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 09 janvier 2018

Moi je préfère une nouvelle entité du Service Public, à redéfinir, et sûrement pas avec un Directeur rond de cuir qui se rétribue le double qu'un Conseiller Fédéral. Quand je paye le prix fort je veux de la qualité. Hélas, je sais déjà que Top Model va sauver la SSR mais bon je donne mon avis quand même, merci à vous PH.
La BBC à commencé à réduire sa voilure depuis 2015, la SSR avec notre chèque en blanc, elle, investit dans l'immobilier ? Vive le droit acquis.... à qui... Salutations.

Écrit par : odin | lundi, 08 janvier 2018

Répondre à ce commentaire

100.- Frs par année! et réduction du salaire du directeur!

Écrit par : Patoucha | mardi, 09 janvier 2018

Répondre à ce commentaire

Combien paie-t-on par année pour une connexion internet ? Après tout, c'est ce qui ressemble le plus à une connexion télé...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 09 janvier 2018

Répondre à ce commentaire

"Combien paie-t-on par année pour une connexion internet ? Après tout, c'est ce qui ressemble le plus à une connexion télé..."
Par rapport à la France, beaucoup trop cher. Par rapport au service rendu, beaucoup trop cher. Devant la télévision, passivité. Avec une connexion internet, activité: courrier, blog, site internet, lettre de diffusion, etc., etc.

"100.- Frs par année! et réduction du salaire du directeur!"
On a bien voté sur la vignette autoroutière. Pourquoi pas sur la redevance?

"ce qu'offrent les media privés et y'a pas photo, séries américaines (ou suédoises, ou anglaises, ou françaises, ou suisses) ou pas."
Eh oui, il n'y a sur ce point pas de différence entre chaînes privées et publiques. C'est une partie du problème.
L'abonnement général est hors de prix et ne se justifie que dans un cadre professionnel. Je doute que vous soyez un téléspectateur assidu - j'allais dire professionnel.

"les deux doivent être gratuits, et financés par l'impôt."
Sur ce point nous sommes d'accord. Mais je n'accepte pas que la télévision paie pour diffuser les séries et films débiles et du sport. C'est au sport de payer pour qu'une manifestation soit diffusée, au moins le prix coûtant du personnel et des moyens techniques. Dans les enceintes "sportives" il y a des tas de publicités et c'est la télévision qui paie?! C'est le monde à l'envers.

"Et je préfère la SSR à TF1 lou M6."
Je prends note: c'est historique! Pascal Holenweg télévisuellement xénophobe!
Humour! Hein!
La RTS pratique la même désinformation que TF1 ou M6.
Je préfèrerais certaines émissions d'arte à beaucoup d'émissions de la RTS. Et je sens que je vais adorer RT-France...
https://francais.rt.com/en-direct
Et là, pas de redevance. Juste la connexion internet mentionnée plus haut.

Écrit par : Daniel | mardi, 09 janvier 2018

Répondre à ce commentaire

Nous payons le raccordement Swisscom 25.-
Les frais de connexion internet à un opérateur, le moins cher UPC 39.- (5.- en plus si PTT ?)
Un abonnement pour le smartphone, le médium recommandé 90.-
Perso je peux payer c'est pas la question, mais bon c'est déjà monopole arnaque à tout les coups.
En plus, Billag 38.- mais on peut intervenir alors ne nous gênons pas.

Je parlais du Grand Directeur de la SSR il est pas tout seul, ils sont une dizaine de Directeurs à la SSR + un conseil d'administration de 9 personnes.
Il y a 4 unités pour la Suisse, la RTS en est une, 10 directeurs par unité.
Une commission de contrôle fédérale 8 séances par année 150'000.- p.p. par an net d'impôt

Le salaire moyen à la RTS 110'000.- c'est super des employés bien payés mais combien de fonctionnaires reçoivent un tel salaire ? un pompier par exemple n'y arrive de loin pas.

Les programmes eux non pas changés, l'info, Temps présent, MàP ... le coût par année pour la RTS je dirais moins que 100 millions allez... disons 250 millions. Ou vont les 300 millions qui reste ?

Je lance des chiffres, je ne suis pas marchand de tapis, mais bon Doris Leuthard qui instrumentalise les handicapés no comment. salutations

Écrit par : odin | mardi, 09 janvier 2018

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.