vendredi, 08 décembre 2017

Jeremy Corbyn à Genève ce soir pour recevoir le prix Sean McBride

Jeremy-Corbyn-2.jpgWelcome, Comrade !

Ce soir, à 18 heures, à la Mairie de Genève (Palais Eynard, 4 rue de la Croix Rouge), le leader du Parti travailliste britannique, et chef de l'opposition au gouvernement conservateur, et peut-être (ou sans doute...) prochain Premier Ministre de Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn, recevra le Prix Sean McBride pour la Paix, décerné par le Bureau International pour la Paix. La cérémonie est publique, Jeremy Corbyn y prendra la parole. Il reçoit ce prix pour son engagement dans la campagne pour le désarmement nucléaire de la Grande-Bretagne -un engagement qui s'ajoute à tous ceux qui sont les siens, depuis des décennies, au sein de la gauche britannique -et de la gauche du Parti travailliste.


Corbyn, c’est un Mélenchon qui serait resté au PS.

Bernie Sanders ne sera peut-être pas président des Etats-Unis, Jeremy Corbyn n'est pas (encore) Premier ministre de Grande-Bretagne, mais l'un et l'autre ont redonné à la gauche de leur pays des couleurs qu'elle avait perdues. Et c'est un double paradoxe : d'abord, parce que ce sont de vieux militants, et des élus de longue date, qui balancent ce coup de jeune à une gauche que des jeunes aux dents plus longues que les convictions avaient réduite à plus grand chose. Ensuite, parce que Sanders et Corbyn défendent un programme, des projets, des convictions typiquement et profondément social-démocrates. Mais au vrai sens politique du qualificatif. Au sein de ce à quoi la social-démocratie s'était réduite, la renaissance d'un projet social-démocrate digne de ce nom (la plupart des formations de la "gauche de la gauche" n'en défendant d'ailleurs pas un autre) tient du virage à gauche.

La progression spectaculaire des travaillistes lors des dernières élections législatives britanniques, dans le même temps où s’effondrait la gauche française, s’est faite sur cette même ligne, celle de Corbyn précisément, résolument à gauche, ce qui en Grande-Bretagne signifie une ligne social-démocrate au vrai et originel sens du terme : étatiste, redistributrice, égalisatrice. Corbyn propose des nationalisations, un renforcement des aides de l'Etat, un conrôle du politique sur l'économie. Plus rien à voir avec le « social-libéralisme » de Blair, ni avec la tradition social-libérale des Fabiens. Mais rien à voir non plus avec une stratégie de « rupture » : Corbyn est un socialiste de l’espèce la plus traditionnelle, la plus « archaïque » disent ses (nombreux) adversaires au sein de son propre parti. Cela fait quarante ans qu’il est membre du Labour, trente ans qu’il est député et vingt ans qu’il y est l’une des incarnations de la gauche socialiste. Corbyn, c’est un Mélenchon qui serait resté au PS pour le changer, ou le faire renaître au socialisme. Et le voilà promu par "Le Monde" du 12 août dernier "champion de la gauche radicale en Europe", en étant parvenu à "fédérer des couches de population aux opinions divergentes, mais toutes désireuses d'un changement de politique", des jeunes anticapitalistes radicaux à la classe ouvrière traditionnelle soucieuse de défendre ses propres droits : des centaines de milliers de personnes, nouveaux adhérents ou anciens militants que la dérive droitière du parti avait fait fuir, et qui y reviennent, ont rejoint les rangs du Parti Travailliste depuis qu'il en est devenu le leader.

Comme disait Alain Krivine (les vieux trotsks ne sont pas sans lucidité quand elle porte sur d'autres qu'eux), "les sociaux démocrates qui ne peuvent pas faire de réformes, ils sont foutus. Ou ils s'adaptent complétement au capitalisme et ils deviennent libéraux -ce qu'on appelle le social-libéralisme-, ou ils meurent". On ajoutera cependant qu'il leur reste le choix de (re)devenir socialistes... comme Jeremy Corbyn (qui, lui, n'a jamais cessé de l'être) tente de faire redevenir son parti, un Labour débarrassé du présomptueux "New" que le funeste Blair lui avait accolé.

16:00 Publié dans Politique, PS | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : corbyn, grande-bretagne | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il bénéficie surtout d'une politique très libéral qui détruit la société à l'image de la santé, sécurité, ...

A l'imbécilité du libéralisme excessif, la réaction populaire est d'être poussé vers une gauche excessive, qui élu se fera vite balayé, comme d'habitude.

La raison est que l'homme ordinaire n'est pas excessif ni dans un sens ni dans un autre. Seul la colère peut l'y pousser, et la colère ne dure qu'un temps.
L'homme ne s'intéresse pas à l'idéologie, mais à sa famille, son travail. Et si il est satisfait, cela lui suffit.
De plus si l'extrême gauche savait conduire un pays, ça se saurait. Peut-être une exception, le gouvernement grec qui a laissé tombé Marx pour recoller à la réalité.

A vrai dire je vois un seul rôle positif qui est toutefois important : les bons sondage peuvent pousser cette droite anglaise froide à plus d'empathie envers sa population. Je crois que c'est déjà le cas, mais encore insuffisant.

L'extrême libéralisme ou l'extrême gauche, c'est le choix entre la peste et le choléra. Seul la façon de casser la société est différente.

Écrit par : motus | samedi, 09 décembre 2017

Jeremy Corbyn, une "gauche excessive"? Un idéologue? Un membre de l'"extrême gauche"? Quelle caricature! Jeremy Corbyn est profondément respectueux de la démocratie, car respectueux du peuple, son parcours le prouve mille fois. Il a toujours été proche des gens, sur le terrain, et justement intéressé à la satisfaction des besoins essentiels de la population (leur famille, leur travail, etc).
Être pacifiste, pour l'abolition des armes nucléaires, pour une juste redistribution des richesses, pour une économie encadrée par le politique, c'est excessif? C'est de l'extrême-gauche? C'est la raison même, partagée par de nombreuses citoyennes et citoyens!
Peindre le diable sur la muraille, faire peur aux électrices et électeurs, c'est trop facile, cela a toujours été une arme des nantis qui veulent garder leurs privilèges.

Écrit par : Michèle Goepfert | samedi, 09 décembre 2017

En fait c’est cela le grand paradoxe meme de la gauche démocratique : la tres grande majorité du peuple aurait tout intérêt a la mettre au pouvoir. Partout. Et pourtant nous en sommes très loin. C’est même plutot l’inverse qui se produit. La faute de la gauche elle meme? Trop de volonté de pouvoir et pas assez d’interet general ? Il est vrai que les qualités necessaire pour porter cette gauche là demande une grande abnegation, une immense sagesse et beaucoup d’intelligeance. Des qualités rares que la gauche devrait cultiver au sein de ses rangs plutot que de se laisser seduire par la première beau parleuse ou au premier beau parleur venu... Mais c’est beaucoup de temps, beaucoup de travail, beaucoup de remises en question, des activites peu compatibles avec les echeances electorales de nos democraties spectacle.

Écrit par : Ninian | samedi, 09 décembre 2017

Ce "new" résonne étonnamment avec le "néo" du libéralisme dont certains tentent de se débarrasser pour sauver les meubles. Comme le fait plutôt maladroitement l'ex-conseillère nationale Sandoz dans l'émission des beaux parleurs de dimanche dernier.

Écrit par : Pierre Jenni | lundi, 11 décembre 2017

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