mardi, 21 novembre 2017

Migrations : Le fond de la mer pour les morts, la géhenne pour les vivants

migrants.jpgDans les six premiers mois de 2017, 85'000 migrants ont débarqué en Italie. Dans le seul week-end de Pâques, près de 9000 personnes ont été secourues par les garde-côtes italiens ou les bateaux des organisations humanitaires.Et de janvier à la mi-août, 2300 personnes sont mortes, noyées, entre l'Afrique du nord et l'Europe du sud.  A l'appel de l'Italie, mais sans pour autant accepter toutes ses demandes, les 28 Etats de l'Union Européenne ont, début juillet, promis d'agir pour tenter d'endiguer ce flux de migrants africains qui, partant de Libye, traversent la Méditerranée pour, quand ils n'y sombrent pas, arriver sur les côtes italiennes, souvent en étant secourus en mer par les bateaux des ONG.  Mais les Etats européens qui auraient pu le faire (la France, l'Espagne, notamment) n'ont pas répondu favorablement à la demande italienne d'ouvrir l'accès de certains de leurs ports (Marseille, Barcelone, notamment) aux navires secourant les migrants en mer. Les Européens se sont contentés de décider d'un engagement accru envers la Libye et les pays de transit ou de départ des migrants (principalement le Nigeria, le Niger, le Bangladesh, la Guinée, la Côte d'Ivoire, la Gambie), et dans le catalogue de mesures de dissuasion européennes, on chercherait en vain quelque chose qui ressemble, même de loin, à un engagement commun des Etats européens de se répartir entre eux, et entre eux tous, la charge de l'accueil des migrants. On cherchait avec la même certitude de de rien trouver quelque chose qui garantisse qu'en Libye, où on veut les faire retourner, les migrants subsahariens seront traités autrement que comme du bétail : entassés dans des conditions sordides, rackettés, torturés, violés et violées, asservis.  Mais au moins n'auront-ils pas mis le pied en Europe. C'est tout ce qu'on cherche, et qu'on obtient : le fond de la mer pour les morts, la géhenne pour les vivants.


Nous sommes d’une Cité, pas d’un camp retranché

De la plèbe, aujourd’hui, qui est l’incarnation la plus pure, la plus évidente, sinon le migrant nous venant du bout du monde ? Et qu’est-il, ce migrant, pour les population des pays où il finit par débarquer, quand il ne s’est pas noyé en traversant la Méditerranée, sinon ce que chacun des habitants de nos pays craint de devenir à la défaveur de quelque crise profonde ? Chassés de chez eux par la misère, ou la guerre, ou l’oppression, ou la montée des eaux, ils ne réclament de nous que ce que tous nos discours proclament comme des devoirs, et que nos pratiques leur refusent : l’accueil, le droit à la dignité, à un toit, un travail, une éducation, une famille… Leur refuse-t-on ces droits pour une autre raison que celle que nous avons peur, non d’eux mais de ce que nous pourrions à leur image devenir, ou redevenir ?

Ainsi observe-t-on le retour aux franges de la gauche du culte de la frontière, non comme délimitation symbolique de « nous » et des « autres », mais comme barrière contre ces « autres » en quoi nous refusons de nous voir. Que la fermeture des frontières européennes, et de chaque Etat européen, qu’il soit ou non membre de l’Union Européenne, ait pour conséquence la mort de milliers de personnes en mer et l’entassement de dizaines de milliers d’autres dans des conditions inacceptables, est une évidence –mais la rappeler semble inaudible, y compris à quelque part de celles et ceux qui naguère faisaient leur le slogan « les frontières, on s’en fout ».
La solidarité internationale en actes, ici et maintenant, ne peut se passer d’être traduite en une solidarité avec les migrants. C’est à contre-courant ? certes. Mais le sens du courant, c’est celui qui trimballe les poissons morts et qui auourd’hui trimballe le fantasme de l’invasion migratoire. Un fantasme a toujours la vie dure. Et peut se cultiver. Celui-là, précisément, se cultive : ceux qui l’entretiennent y trouvent forcément intérêt. Mais ceux qui le laissent prospérer, quel intérêt peuvent-ils bien trouver à leur passivité, ou leur complicité ?
Nous, nous sommes de ceux qui ouvrent les portes, pas de ceux qui les ferment.
Nous sommes de ceux qui enjambent les barrières, pas de ceux qui les posent.
Nous sommes de ceux qui contournent les murs, pas de ceux qui les édifient.
Nous sommes d’une Cité, pas d’un camp retranché.
Nous sommes d’un pays, pas d’une tribu.

15:41 Publié dans Droits de l'Homme, Europe, Immigration | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : migration, asile | |  Facebook | | | |

Commentaires

C'est quoi la misère ? Un petit pays constitué à 80% de montagnes ou le climat est rude, le sous sol sans minerai ni pétrole, l'agriculture pénible sur ce qui reste de plat, l'élevage difficile à cause du froid, des hivers si long que ses enfants doivent s'expatrier pour survivre, se louer comme mercenaires à des seigneurs étrangers, inventer des outils des solutions pour tenir jusqu'au prochain été, s'entraider se respecter mettre en place un système politique qui respecte les plus faibles et réparti les richesses, s'unir pour se défendre et s'aimer parce qu'on a appris à souffrir ensemble, se prendre en charge. Pendant ce temps que faisaient ceux qui avaient tout ce qui nous manquait et qui nous reprochent leur misère.

Écrit par : NORBERT MAENDLY | mardi, 21 novembre 2017

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Joli texte mythologue, mais qu'est ce que les Erythréens, les Afghans ou les Somaliens avaient qui nous manquait ? D'ailleurs, ils ne nous reprochent pas leur misère, ils essaient de survivre à la leur...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 21 novembre 2017

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Les peuples européens ne veulent pas de ces migrants économiques.

D'ailleurs, le fait pour un migrant d'arriver dans un pays illégalement ne lui octroie aucun droit.
Ce n'est pas une particularité européenne, il en a toujours été ainsi en Europe et partout sur la planète. Et ce sera toujours la même chose tant que les nations existeront.

Merkel a décidé pour le peuple et le résultat est la montée de l'extrême droite.
Autres conséquences est le durcissement des lois.

La réalité, est que dans une démocratie, les Etats doivent composés avec le peuple ou sinon ils seront remplacés par d'autres dirigeants qui feront le travail demandé.

Si vous voulez que les choses changent, il vous faut essayer de convaincre les gens. Et ce n'est pas avec ce genre de discours que les choses changeront.
Les gens sont dans une réalité quotidienne. Ils ont accueilli des réfugiés de l'Est, des vietnamiens, des tamouls sans grand problèmes.
Maintenant, à vous de voir ce qui exaspère les gens afin d'y trouver le remède.

Sauf si des dictatures imposent l'immigration, cette immigration ne sera pas la bienvenue et donc refusée.
La solution ne passera donc pas par l'accueil de dizaines de millions de personnes.

Écrit par : motus | mercredi, 22 novembre 2017

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Et comment diable l'Europe a-t-elle été peuplée de celles et ceux qui aujourd'hui la peuplent ? les peuples européens sont tous, sans exception aucune, le résultat de migrations africaines et asiatiques, et le plus souvent de migrations "économiques"....

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 22 novembre 2017

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Comment? Sur des milliers d'années - pas en 2 ans. d'invasions guerres viols destructions de masse, par l'unique modus operandi de la domination du voisin.

Écrit par : divergente | mercredi, 22 novembre 2017

Bien sûr que non : la majorité de la population genevoise (et un tiers de la population suisse) est soit immigrante, soit descendante, en première ou deuxième génération, d'immigrants. Et pas d'immigrants animés de la funeste volonté de "dominer le voisin : essentiellement d'immigrants économiques...

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 22 novembre 2017

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C'est l'idéologie véhiculée par les derniers migrants qui pose problème. Faire semblant de ne pas s'en rendre compte c'est irresponsable.

Écrit par : NORBERT MAENDLY | jeudi, 23 novembre 2017

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Les derniers migrants à l'accueil desquels j'ai pu participer étaient des chrétiens irakiens. Leur idéologie ne m'a pas posé trop de problèmes. Je suis donc irresponsable.

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 23 novembre 2017

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En fait, leur idéologie aurait du me poser quelque problème : ils étaient baassistes et regrettaient Saddam...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 23 novembre 2017

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