lundi, 02 octobre 2017

Répression d'un référendum d'autodétermination : Hommage à la Catalogne ?

ManifBilbao.jpgRépression d'un référendum d'autodétermination : Hommage à la Catalogne ?

5,5 millions d'habitantes et d'habitants de la Catalogne étaient appelés aux urnes. Combien ont pu voter ? Impossible à savoir précisément -mais devant les quelques locaux accessibles, la foule se pressait et attendait des heures pour pouvoir voter, alors que dix millions de bulletins de vote avaient été saisis et que les électeurs étaient invités à les imprimer chez eux. Pour les déposer dans des urnes dont la localisation avait été rendue incertaine par la mise sous scellés de la plupart des locaux de vote. Hommage post-orwellien à la Catalogne : 10'000 policiers, gardes civils et militaires espagnols y avaient été dépêchés pour empêcher le référendum, sans y arriver réellement, mais créant, écrit l'AFP, une "ambiance d'état de siège", d'"occupation". Des milliers d'"unionistes" (intéressante, d'ailleurs, cette reprise d'une terminologie nord-irlandaise pour désigner les partisans du maintien de la Catalogne dans l'Espagne, comme ceux du maintien de l'Irlande du Nord dans le Royaume-Uni...) ont manifesté hier à Madrid et Barcelone contre l'éventuelle indépendance de la Catalogne, mais 40'000 personnes ont aussi manifesté à Bilbao pour soutenir le droit des Catalans à se prononcer sur le projet d'indépendance. Et après les violences policières de dimanche (tirs de balles en caoutchouc, matraquages, au moins une centaine de blessés), c'est à la grève générale, mardi, que les Catalans sont appelés... Otez-nous d'un doute : Mariano Rajoy n'est tout de même pas le conseiller en communication des indépendantistes Catalans ? Si ?

ans ?


Segur que tomba, tomba, tomba...

La Catalogne, c'est un peu plus de 15 % de la population de toute l'Espagne, et un peu moins de 20 % de sa richesse nationale. Est-ce que cela pèse trop lourd pour qu'on lui laisse le droit, même pas de proclamer son indépendance, mais de se prononcer sur cette revendication, jusque-là minoritaire au sein de la population de la Catalogne ? Les derniers sondages crédibles sur le référendum catalan, ceux tombés avant que le gouvernement espagnol tente une gigantesque opération de force pour l'empêcher, donnaient plus de 49 % d'opposants à l'indépendance, contre un peu plus de 41 % pour. Mais surtout, ils donnaient plus de 80 % de partisans d'une consultation référendaire, quel qu'en soit le résultat. L'opération de sabotage du référendum catalan lancée par Madrid relève ainsi de la pure stupidité, et son seul résultat est, très vraisemblablement, de renforcer le camp indépendantiste, qui serait sorti minoritaire d'une consultation qu'on aurait laissé se faire librement. Le gouvernement de Madrid, le parti au pouvoir (le PP) et le Premier ministre ont réussi à fabriquer plus d'indépendantistes en quelques mois que les partis indépendantistes catalans eux-mêmes. Ces derniers jours, la "question catalane" n'était même plus celle de l'indépendance, mais celle de l'autodétermination, c'est-à-dire du droit de voter, et c'était moins le référendum voulu par la Generalitat qui "déchirait" les Catalans (ou la Catalogne) que son interdiction et son sabotage par le pouvoir central espagnol. "En Catalogne, il n'y a aujourd'hui plus de place pour la nuance" regrette le maire socialiste de Lleida (Lerida), et "c'est le moment le plus difficile depuis la Transition". La faute à qui ?

Le droit à l'autodétermination "est universel et ne doit pas être appliqué à la carte", résume le professeur Alfred De Zayas, dans "Le Temps" de jeudi dernier, et quand il y a contradiction entre ce droit et le principe de l'intégrité territoriale d'un Etat, c'est le droit à l'autodétermination, en tant que droit humain, qui doit l'emporter. Et l'emporter même sur le respect de la constitution de l'Etat dont on fait partie et dont on envisage de, peut-être, se séparer. Ainsi, en un quart de siècle, une dizaine de nations européennes ont proclamé leur indépendance en tant qu'Etat, en se séparant de l'Etat (ou en séparant l'Etat) dont elles étaient une composante : la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie, l'Ukraine, la Biélorussie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, la Macédoine, le Monténégro, la Kosovë, la République tchèque, la Slovaquie... ajoutons-y encore les deux nations du Caucase, l'Arménie et l'Azerbaïdjan... aucun de ces Etats n'est né en respectant la constitution des Etats dont ils se sont séparés. Certes, ces constitutions (la Soviétique, la Yougoslave) n'étaient pas des constitutions "démocratiques" au sens où nous l'entendons en Europe occidentale, mais si nous remontons un peu plus loin dans l'histoire de notre semi-continent, et prenons les exemples d'Etats nouveaux créés à partir d'un processus d'autodétermination nationale, le même constat reste valide : leur indépendance a été acquise au terme d'une lutte menée dans dans la confrontation, le plus souvent armée, avec l'Etat "démocratique" qui les dominait, en total irrespect de la Constitution ou des lois de cet Etat : l'Irlande n'est pas devenue indépendante de la Grande-Bretagne en respectant les lois britanniques, et Chypre non plus, ni l'Algérie de la France en respectant la constitution et les lois françaises, ni même l'Islande en respectant la constitution et les lois danoises... l'existence de l'Union européenne, et le fait que l'Espagne en fasse partie, change-t-elle la donne ? pas vraiment, si on pose le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et celui des nations à l'autodétermination comme un principe fondamental -et pas seulement le principe instrumental de la décolonisation. Et ce qui vaut aujourd'hui pour la Catalogne vaut aussi pour le Pays Basque, la Galice, l'Ecosse, le Pays de Galles, l'Irlande du Nord, la Corse ou le Groenland : le droit à l'autodétermination n'est pas un mécanisme menant inéluctablement vers la séparation et l'indépendance (ou, dans le cas de l'Irlande, la réunification), mais un droit de se prononcer sur (pour ou contre) elles. L'autodétermination ne mène pas forcément à la création d'un Etat -elle peut tout aussi bien mener à une autonomie élargie, ou à la pérennisation du statu quo- mais elle est un processus démocratique. C'est ce processus que le gouvernement espagnol a tout fait pour entraver, en entravant par conséquent une expression démocratique.
Faut-il s'en étonner ? après tout, le projet indépendantiste catalan est celui d'une République, et le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, fut le bras-droit de Manuel Fraga Iribarne, ancien ministre de la propagande de Franco...

18:49 Publié dans Droits de l'Homme, votations | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : catalogne | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bref, si le droit à l’indépendance empiète sur les droits des autres Espagnols, on s'en fout, si ca contrevient à la Constitution espagnole, on s'en fout parce que M. Rajoy serait un crypto fasciste. Mais comment voulez-vous que l'on vous prenne au sérieux ?

Écrit par : Manuel | mardi, 03 octobre 2017

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"la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie, l'Ukraine, la Biélorussie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, la Macédoine, le Monténégro, la Kosovë, la République tchèque, la Slovaquie... ajoutons-y encore les deux nations du Caucase, l'Arménie et l'Azerbaïdjan..."
N'auriez-vous pas oublié la Crimée où une consultation populaire a été organisée ?

Écrit par : Mère-Grand | mardi, 03 octobre 2017

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Cher Monsieur,

La réaction et la stratégie du gouvernement central espagnol est absolument condamnable. Ces scènes de violences ont réveillé de vieux démons qu'il aurait mieux valu laisser dormir.

Cependant, la Catalogne a voté dans son immense majorité en faveur de la constitution de 1978, c'est pourquoi elle fait aujourd'hui partie de l'Espagne comme un état indivisible. Pour en sortir, il faut donc la modifier. Il ne peut pas y avoir une décision unilatérale d'une minorité d'espagnols. La voie suivie par les indépendantistes est sans issue.

Ce qui est certain, c'est que ni M. Rajoy, ni M Puigdemont et ses sbires ne sont de bons interlocuteurs pour résoudre cette situation.

Dans une situation pareille, le chef d'Etat (le roi), doit prendre ses responsabilités en application de la constitution, c'est à dire, relever le chef du gouvernement central de ses fonctions, et dissoudre le gouvernement et parlement autonomique catalan.

Il faut de nouvelles têtes pour une nouvelle dynamique constructive, c'est le seule voie fiable.

Écrit par : jacphil | mardi, 03 octobre 2017

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Pourquoi diable le droit à l'indépendance des uns empiéterait sur les droits des autres ? Les "autres Espagnols" aussi ont le droit à l'indépendance... Et il s'agit d'un droit (/universel), pas d'une obligation...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 03 octobre 2017

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Je suis très content de voir que l'indépendance est encore considéré comme une valeur positive, même a gauche. J'avais un doute suite aux nombreuses réactions violentes contre le brexit, la Crimée ou les Suisses qui refusent de se diluer dans l'UE...

Écrit par : Eastwood | mardi, 03 octobre 2017

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Les systèmes de type république, sont les pires systèmes démocratiques. L'Espagne, de par son héritage notamment franquiste n'a pas su se réformer.

Il est un devoir pour chaque Etat contenant diverses cultures, d'être un Etat fédéral avec un Etat central dont les pouvoirs sont définis par les composants fédéralistes.

Il est temps pour l'Espagne de changer, comme pour l'Ukraine d'ailleurs.

L'indépendance de la Catalogne sera du perdant-perdant. A leur place j'imposerais le fédéralisme en échange de l'abandon de l'indépendance.
Au régions fédérales de dire ce qu'il faut laisser à l'Etat central.

L'autonomie, est un mauvais système, parce que la région reste sous tutelle d'un Etat central fort.

Écrit par : motus | mardi, 03 octobre 2017

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Bref, lorsque la souveraineté du peuple suisse est confisquée en décembre 2016 sur le vote de l'immigration, vous vous en foutez, lorsqu'un autre peuple revendique sa souveraineté, vous vous présentez en défenseur irréductible de la démocratie. Mais comment voulez-vous que l'on vous prenne au sérieux ?

Écrit par : Michel Piccand | mardi, 03 octobre 2017

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voui, sauf que l'indépendantisme catalan n'a pas grand chose à voir avec l'isolationnisme : les indépendantistes catalans revendiquent de rester dans l'UE et de continuer à avoir l'euro comme monnaie... ikl serait bon de ne pas trop confondre indépendance et souveraineté...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 03 octobre 2017

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... et on ajoutera que la Catalogne est la première région d'immigration d'Espagne et que les indépendantistes catalans n'ont aucune intention de la réfréner...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 03 octobre 2017

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Oui en effet il y a 250'000 marocains très bien intégrés en Catalogne, ils auront bientôt un passeport catalan, inch allah.

Écrit par : anachronique | mardi, 03 octobre 2017

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