mercredi, 27 septembre 2017

Rajoy, Erdogan, même combat douteux

Capture.JPGQuand l'Etat éteint la Nation

A Genève, un rassemblement de protestation contre l'écrasement judiciaire, policier, financier et politique de l'expression démocratique en Catalogne est organisé ce soir, à 19 heures, place de la Fusterie. Il y a en effet urgence à dire notre condamnation des pratiques de l'Etat espagnol face à la décision de la Generalitat de Catalogne de consulter les habitantes et les habitants, catalans ou non, de la région autonome, sur le projet d'indépendance, dans un référendum que même les opposants à l'indépendance veulent, mais que le gouvernement de droite qui sévit à Madrid tente par tous les moyens (ou presque, mais le "presque" est fragile) de rendre impossible. Un déni de démocratie, dont le gouvernement espagnol partage le déshonneur avec les gouvernements turc, irakien, iranien et syrien face au référendum organisé par le gouvernement d'Erbil sur l'indépendance du Kurdistan irakien. Un référendum qui a donné une large majorité en faveur de l'indépendance. Rajoy, Erdogan, même combat douteux...


 Veut-on à Madrid faire naître une ETA catalane ?

Le droit des nations à l'autodétermination, ou, dans une autre formulation, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, belles proclamations onusiennes et humanistes, ne trouvent de réalité que dans le volontarisme des peuples eux-mêmes, des nations elles-mêmes, et dans leur autoproclamation comme peuples et nations. Nul ne peut décider à la place d'une collectivité humaine qu'elle est ou non un peuple, nul ne peut décider à la place d'un peuple qu'il est ou non une nation, et nul ne peut décider à la place d'une nation qu'elle a ou non le droit d'être un Etat. Le droit, pas l'obligation. C'est aussi simple que cela : ce n'est pas l'Etat face auquel le droit à l'autodétermination d'un peuple ou d'une nation est proclamé qui peut décider de la légitimité de ce droit, mais ce sont les femmes et les hommes qui forment ce peuple, cette nation. la Catalogne a le droit de se séparer de l'Espagne. Et le Kurdistan de se construire hors de l'Irak, de l'Iran, de la Turquie et de la Syrie. Comme la Slovénie, la Croatie, le Monténégro et la Macédoine avaient le droit de quitter la Yougoslavie. Et la Kosovë de se séparer de la Serbie. Et l'Irlande de s'émanciper de l'Angleterre. Et l'Algérie de se libérer de la France. Et la Suisse de ne plus être dans le Saint Empire.

La Catalogne a le droit de se proclamer comme une nation. Dès lors, elle a aussi le droit de se séparer de l'Etat sous le pouvoir duquel elle se trouve. Mais ce droit doit être ratifié, ou non, par le peuple. En empêchant cette ratification, le gouvernement espagnol empêche aussi de s'y opposer toutes celles et tous ceux qui, en Catalogne, veulent que la Catalogne reste espagnole. Rajoy et le PP bloquent la voie démocratique, comme si, pour eux (et pour tous ceux qui, niant le droit des Kurdes à l'autodétermination, menacent d'écraser ou d'étouffer le Kurdistan indépendant de l'Irak), on ne pouvait conquérir son indépendance que par les armes.

En Catalogne, le mouvement autonomiste d'abord, indépendantiste ensuite (dès lors que le statut d'autonomie élargie, négocié en 2006 entre la Generalitat catalane, autonomiste et le gouvernement espagnol, socialiste, fut cassé par le tribunal constitutionnel de Madrid) n'a usé jusqu'à aujourd'hui que de moyens pacifiques : de manifestations massives, de campagnes de mobilisation positives, de désobéissances civiles non-violentes. Veut-on le pousser à une radicalisation violente ? Que le pouvoir de Madrid continue ce qu'il a commencé (mise de la Catalogne sous tutelle financière, arrestation des membres du gouvernement régional catalan, menaces de destitution de plusieurs centaines de maires, opérations policières massives pour saisir des affiches, des urnes, des bulletins de vote, blocage de sitges internet), et il y arrivera, à susciter la création d'une ETA catalane.

La Catalogne a été un bastion de la résistance au franquisme entre 1936 et 1939. Et un bastion de la révolution espagnole, entre 1936 et 1937. C'est la chute de Barcelone, non celle de Madrid, qui a signé la défaite de la République. Et c'est l'écrasement stalinien de la CNT et du POUM Barcelone qui a signé la fin de la Révolution. Aujourd'hui, c'est la Catalogne qui, avec l'Ecosse, dit en Europe le droit des peuples à se faire nations, le droit des nations à disposer d'elles-mêmes. Le droit, non l'obligation, ou la fatalité. Et en Catalogne l'Etat espagnol, en Ecosse l'Etat britannique, au Kurdistan, l'Etat irakien, tentent de rendre non seulement ce droit illusoire, mais même son expression impossible. Comme si ces Etats étaient de droit divin. Intangibles. Incontestables. Omniscients.
Vous ne trouvez pas que l'Europe, celle de l'Union européenne comme celle du Conseil européen, est bien silencieuse, face à ce mépris de ce qui devrait la constituer : la libre expression démocratique de la volonté des peuples ?

14:55 Publié dans Europe, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : catalogne, espagne | |  Facebook | | | |

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