lundi, 25 septembre 2017

Initiative "Le Plaza ne doit pas mourir" : A bout touchant...

Je suis Le Plaza.JPGOn nous disait que c'était impossible, on a décidé quand même de le faire, et on peut y arriver : dans une semaine échoit le délai de remise des signatures au bas de l'initiative populaire législative "Le Plaza ne doit pas mourir", et on a déjà assez de signatures pour espérer pouvoir la déposer, avec la petite marge de sécurité nécessaire entre le nombre de signatures exigées et le nombre de signatures remises. On est donc à bout touchant -reste à le toucher vraiment. Pour cela : si vous ne l'avez pas encore fait, signez et faites signer l'initiative, et si vous l'avez déjà fait, renvoyez les listes de signatures avant jeudi soir.
Pour plus d'information : http://fb.me/PlazaCitta
Pour télécharger des listes de signatures http://www.fichier-pdf.fr/2017/05/29/initiative-populaire...


La protection du patrimoine est-elle soluble dans la rentabilité financière ?

Nous voulons "Sauver le Plaza", et cela suppose d'avoir un projet pour cette salle : si considérable que soit sa valeur patrimoniale, elle ne se réalise pleinement que par un projet d'utilisation -nous ne voulons pas d'une belle sale vide et inutilisée   Ce projet, c'est celui d'un "Quartier du cinéma" autour du Plaza.  S'ajoutant à la valeur patrimoniale du Plaza, seul un tel projet, que les qualités architecturales du Plaza rendent possible, peut justifier l'intervention de la Ville et du canton. Or pour que cette intervention se fasse, il n'était plus qu'un moyen possible : l'expropriation pour utilité publique. Cette expropriation pourrait être décidée par le parlement cantonal, mais le rapport des forces politiques qui y règne laisse peu de chances à une telle solution. Ne reste donc que la décision populaire, par voie d'initiative législative. Et donc, une initiative a été lancée, et est en passe d'aboutir (si celles et ceux qui en soutiennent le contenu et ne l'ont pas encore signée la signent et renvoient leur feuille de signature avant jeudi prochain -qu'on se le dise).

Par l'initiative "Le Plaza ne doit pas mourir", on affirme d'abord qu'un enjeu patrimonial ne peut être réduit à un calcul de rentabilité, et que la valeur patrimoniale d'un édifice, ou d'un élément de cet édifice, ne peut être dévaluée en fonction des hypothèses de rentabilité qu'on pourrait en tirer. Que resterait-il en effet de la défense du patrimoine, matériel et immatériel, si on devait accepter de la soumettre à un calcul de rantabilité : : quelle est la rentabilité de la salle du Grand Théâtre, de celle du Victoria Hall, de leurs foyers, de la salle des Armures du MAH ?

L'initiative populaire est aussi une réponse à la passivité, pour ne pas dire la complicité, des autorités cantonales et municipales face à la volonté des propriétaires du Plaza de détruire cette salle de cinéma pour la remplacer par un centre commercial (comme si le quartier en manquait) doublé d'un parking (comme si le quartier en manquait), et garni (le sucre autour de la pilule pour la faire passer) de logements étudiants qu'on pourra tout aussi bien installer au-dessus de la salle, maintenue.

Enfin, rappelons tout de même qu'on parle d'une salle de cinéma, c'est-à-dire d'un lieu culturel, qu'il soit en mains privées ou publiques. Or une salle de cinéma digne de ce nom (on ne parle pas du Splendid, on parle du Plaza...) n'est pas seulement le lieu où l'on consomme un spectacle : c'est aussi un lieu de socialisation. Et cette salle-là n'a pas seulement une valeur patrimoniale matérielle, elle a aussi une valeur patrimoniale immatérielle, pour des dizaines de milliers de Genevoises et de Genevois qui l'ont connue au temps de sa splendeur -une splendeur qu'on peut retrouver, si on s'en donne les moyens.

Dans un cinéma, on sort du réel donné pour entrer dans un autre réel, qu'on a choisi : celui du film et celui de la salle. Comment réduire cela à des critères financiers ? Cette immersion est au-delà de la consommation. Et puis, même si ces critères doivent être pris en compte, la crise possible du cinéma n'est pas celle d'un mode d'expression, d'un art (le septième), mais celle d'un mode de consommation de cet art. Et les salles indépendantes genevoises ont su, avec une aide publique, s'adapter : le 29 août dernier, la "Tribune de Genève" constatait qu'elles "tiennent formidablement le choc" : les Scala, l'Empire, le Nord-Sud, le Bio, le City, le Cinélux, le Ciné 17 et le Spoutnik, totalisent 1600 places (dans 11 salles), soit autant que les 9 salles de l'Arena. On peut y ajouter les 259 places des deux salles du Grütli. Et on ne tient compte là ni des festivals (plus d'une dizaine par année) se déroulant à Genève, ni des cinéclubs, ni des lieux de projection éphémères. On notera donc que depuis la fermeture du Rialto, les cinémas indépendants (Grütli compris) totalisent ... 100 % des entrées (et des places) en Ville de Genève -or c'est à la Ville que nous proposons que soit remis le Plaza, après expropriation au bénéfice du canton.

L'histoire du cinéma comme forme d'expression est inséparable de celle de lieux où il se projette, autrement dit "de la construction, de la transformation, du déplacement ou de la disparition de ses salles". Comme pratique culturelle, le cinema est indissociable des salles de cinema. Mais le cinéma comme lieu peut, et désormais sans doute, doit ne pas être seulement des lieux de projection : elles peuvent aussi être des lieux où le public prend part active, et non seulement spectatrice, à tout ce qui entoure et contextualise la projection d'un film. Le cinéma comme lieu est aussi un lieu de débat, de socialisation, de culturation autour du cinéma comme expression -autour et à propos d'un film, d'un acteur ou d'une actrice, d'un metteur ou d'une metteuse en scène, d'une "école" cinématographique (comme on dit une "école" picturale, musicale ou littéraire).

Reste que la salle de cinéma est essentielle à la réception du cinéma comme forme d'expression : regarder un film dans une salle est autre chose que le regarder chez soi sur sa télévision ou son ordinateur (ou pire, son smartphone). L'expérience de la salle est une expérience collective en même temps qu'elle est solitaire, sociale en même temps qu'elle est individualiste. Et elle est d'autant plus prégnante que la salle a une histoire, une valeur patrimoniale matérielle et immatérielle, qu'elle a vécu et qu'on y a vécu.


Si vous le voulez, Le Plaza revivra.

14:58 Publié dans Culture, Genève, votations | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

C'est le parking qui me choque encore plus que le centre commercial. Parquer des bagnoles alors qu'on en décourage l'accès dans l'hypercentre est une aberration majeure. Faut croire que le proprio table sur une rentabilité à moyen terme en misant sur l'éternelle guerre des transports dans notre canton.
Les urbanistes doivent déjà s'arracher les cheveux avec le parking de Manor en plein centre du quartier St Gervais qui mériterait d'être entièrement dédié à la mobilité douce. Le parking ne devient plus qu'un prétexte pour ne pas faire ce qui serait vraiment mieux pour la qualité de vie de tous en ville en favorisant des axes fluides et des quartiers préservés de cette nuisance.

Écrit par : Pierre Jenni | lundi, 25 septembre 2017

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La gauche genevois a bien tué le théâtre de Carouge!!!!!

Écrit par : dominique degoumois | mardi, 26 septembre 2017

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https://www.24heures.ch/culture/kosmos-fastueux-centre-culturel-zurich/story/24619482

Il se pourrait bien que cette aventure du Plaza préfigure justement ce qui va prendre de la valeur dorénavant. C'est du moins ce que semble suggérer le pari des Zurichois.

Écrit par : Pierre Jenni | lundi, 02 octobre 2017

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