lundi, 04 septembre 2017

Les Schweizermacher s'accrochent

avuedenezilestcinqheures.jpgNaturalisations : et si on entrait dans le XXIe siècle ?

Nous avons mis, dans ce pays comme dans d'autres, deux siècles pour passer de la "bourgeoisie" à la citoyenneté. Naguère, pour être quelqu'un et disposer de quelque droit politique, il ne fallait être ni femme, ni pauvre, ni étranger, ni célibataire, ni catholique à Genève ou protestant en Valais, ni juif ou athée où que ce soit. Or subsistent, récurrentes, d'étranges nostalgies de ce temps joli et des rites de passage scandant l'entrée dans le cercle restreint des détenteurs de droits politiques. Régulièrement nous viennent donc aux narines des remugles de tribalisme compulsif. C'est ainsi qu'à la mi-juillet, la commission des naturalisations de la commune de Buchs, en Argovie, a préavisé négativement sur la demande d'une ressortissante turque, née en Suisse, habitant depuis 16 ans dans la commune, y ayant effectué toute sa scolarité, fiancée à un Suisse qu'elle va épouser, disposant d'un emploi stable et d'une réputation irréprochable, parlant même le dialecte, ayant passé le test écrit de citoyenneté avec 100 % de bonnes réponses, mais que la commission a jugée insuffisamment intégrée pour pouvoir prétendre à l'honneur du passeport helvétique, après lui avoir fait passer un examen en forme d'interrogatoire : 92 questions, dont certaines relevaient de la pure absurdité (genre "Préférez-vous visiter Genève ou l'Arc lémanique ?"...). Ne sachant où se trouvait le point de récolte de l'huile usagée, faisant ses courses à la Migros plutôt que dans l'épicerie du coin (sans doute tenue par un conseiller municipal, ou un de ses parents ou de ses copains), désignant le ski plutôt la lutte au caleçon comme "sport typiquement suisse", la jeune femme a été jugée non intégrée... Et ce prurit tribal n'est pas un exemple isolé : une commission municipale des naturalisations (c'est un vivier, et pas seulement en Alémanie) avait refusé la requête d'un professeur allemand, au motif, en effet incontestable, que ses amis n'habitaient pas la commune mais la commune d'à côté. Et en Thurgovie, la demande de naturalisation d'un jeune allemand, qui avait grandi et étudié à Kreuzlingen, qui parle le dialecte local et qui est en train de fonder une entreprise dans la commune, a été rejetée aux motifs, également incontestables, qu'il ne pouvait énumérer les temples protestants et les musées de la ville. Non, aimables et civilisés lecteurs, vous ne rêvez pas, vous n'avez pas été pris brutalement dans une déchirure du continuum spatio-temporel : on est bien en Suisse, au XXIe siècle. Après Jésus-Christ, même. Commentaire judicieux de la "Tribune de Genève" : "le pouvoir laissé aux communes en matière de naturalisation permet ce genre de décisions arbitraires". C'est ce pouvoir, fort heureusement ôté aux communes genevoises par la loi cantonale, que l'extrême-droite locale, une partie de la droite et quelques égarés de gauche, réclament à nouveau, après s'être tardivement aperçu qu'ils l'avaient perdu alors qu'ils se prenaient encore depuis bientôt vingt ans pour les "faiseurs de Suisses" qu'ils ne sont plus. Que la commission municipale des naturalisations soit inutile, coûteuse, parasitaire, leur importe peu : pour elles et eux, il s'agit de la maintenir, sous quelque nom que ce soit, pour entretenir l'illusion qu'ils puissent jouer un rôle dans le processus de naturalisation...


Qui est de la Cité participe aux décisions de la cité

Qui est de la Cité participe aux décisions de la Cité. C'est le lien historique (et étymologique) de la citoyenneté : l'intégration n'a rien à y faire, c'est la résidence qui compte. Qu'on soit homme ou femme, jeune ou vieux, indigène ou étranger. C'est cela, le suffrage universel : j'y vis, j'y vote. Tout le reste relève du folklore. Au fond, les critères d'intégration (à supposer même qu'on puisse en trouver d'objectifs) n'ont rien à faire dans un processus de naturalisation, puisqu'ils n'ont rien à faire dans l'octroi de la nationalité aux indigènes, dont on ne vérifie nullement l'intégration puisqu'on la présuppose du simple fait qu'ils sont nés suisses. Et comme l'auteur de ces lignes est sorti d'une couille helvétique et d'un utérus suisse, personne ne peut lui faire grief d'un défaut d'intégration, malgré quelques arguments qui pourraient le faire accroire  : il a même, puisqu'il est conseiller municipal, le droit de juger de l'intégration des métèques. Et d'être payé pour ça...

Comment juger objectivement de l'intégration de qui que ce soit, sinon de soi-même, à une collectivité dont aucun des critères de définition ne correspond pleinement à la réalité de chacune et chacun de ses membres ? Et comment extirper toute subjectivité dans la vérification de l'"intégration" de quelqu'un à cette collectivité, quand il y a de la subjectivité jusque dans la définition des critères d'intégration ?

Comme l'a tweeté la députée socialiste Gabriela Suter, après avoir pris connaissance des hauts faits de la commune de Buchs, "il est grand temps de faire de la naturalisation un acte purement administratif". Un acte d'état civil, comme le mariage. Ou alors, jouons jusqu'au bout le jeu de l'examen tribal et dotons nos conseils municipaux de commissions des mariages, divorces et partenariats. On imagine déjà, et sans grande peine, quelques conseillers municipaux frétiller d'impatience à l'idée d'aller renifler les draps de lit et les tiroirs des commodes à sous-vêtements.

16:00 Publié dans Genève, Immigration, Suisse | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : nationalité, naturalisation | |  Facebook | | | |

Commentaires

Quand on lit certaines de ces anecdotes, ou que l'on rencontre certains individus que l'abus de schnaps a convaincu qu'ils étaient les seuls vrais patriotes, on se demande s'il ne serait pas aussi dans l'intérêt de la Suisse d'introduire une procédure de dénaturalisation...

Écrit par : Une idée | lundi, 04 septembre 2017

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Pourquoi en faire un acte administratif ? Il faut considérer comme suisse tout individu qui met le pied sur "notre" sol, lui donner immédiatement tous les droits civiques et les droits sociaux ainsi plus d'élections plus de conseillers municipaux de gauche comme de droite plus de travailleurs exploités mais seulement des ayants droits payés par la gauche (lol). Plus de domicile, ils pourraient habiter où ils veulent dans nos appart. par exemple et dans la foulée coucher avec nos femmes ou nos filles ou l'inverse. Plus d'armée pour nous protéger des étrangers, plus d'étrangers, plus que des socialistes qui s'envoient en l'air dans une misère indescriptible mais tellement sympathique.
La gauche a toujours de bonnes idées dommage que se soit toujours la droite qui doivent en assurer le financement.

Écrit par : Maendly Norbert | lundi, 04 septembre 2017

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Image hallucinante et tellement bien choisie !

Écrit par : Pierre Jenni | lundi, 04 septembre 2017

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Une procédure de déchéance de la nationalité, alors, parce que les individus en question sont "de souche" suisse. Tellement de souche, d'ailleurs, qu'ils pensent comme une souche...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 05 septembre 2017

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Quand on lit certaines de ces anecdotes, ou que l'on rencontre certains individus que l'abus de schnaps a convaincu qu'ils étaient les seuls vrais patriotes, on se demande s'il ne serait pas aussi dans l'intérêt de la Suisse d'introduire une procédure de dénaturalisation...

Écrit par : Une idée | mardi, 05 septembre 2017

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Devenir suisse, ce n'est pas un droit, en faire une question administrative est stupide et n'a aucune sens.
La nationalité par le droit du sol, ont été introduit dans les pays d'immigration, pour les peupler, ou dans des pays qui ont vu leur population diminuer suite à des guerres, afin de les repeupler.
La Suisse est largement peuplé, et écologiquement même trop peuplé.

Par contre les critères pour octroyer la nationalité doivent être les mêmes partout. Parce que visiblement, ça et là, satisfaire tous les critères locaux ne suffisent pas, si le critère "à la tête du client" ne passent pas.

Quant aux critères, ils doivent être fait uniformément dans toute la Suisse en accord avec la population.
La raison d'être en phase avec le citoyen, est que la Suisse, est un pays où les dirigeants ont pour tâche de servir les citoyens tout en y mettant des garde-fous, et non de les diriger en sachant ce qui est bien pour eux, comme dans le royaume de France.

L'avis du citoyen a parfois des conséquence bénéfiques, parfois le contraire, mais cela permet d'éviter une fracture entre l'Etat et la population.

Écrit par : motus | mardi, 05 septembre 2017

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La preuve que "devenir suisse" est un droit c'est que je suis Suisse... et que je le suis par simple écriture administrative, par constat que je remplissais la seule condition de ce droit : naître..

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 05 septembre 2017

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Il n`existe aucune base démocratique pour dénier la nationalité suisse a un enfant né en Suisse de parents suisses, voila donc pourquoi vous etes devenu suisse rien qu`en venant au monde. Cela ne justifierait en rien une politique d`attribution de la nationalité suisse aux étrangers sur de simples criteres administratives.

Écrit par : jean jarogh | mardi, 05 septembre 2017

Votre pensée est une caricature de pensée, Pascal Holenweg. Et à propos de caricature : "Tellement de souche, d'ailleurs, qu'ils pensent comme une souche...", on pourrait vous opposer la réalité qui est en soi caricaturale : l'équipe de Suisse de foot est une équipe du Kosovo, et la presse de caniveau titrait il y a quelques temps : "Pourquoi les Suisses brillent-ils en athlétisme ?" et la photo montrait quatre athlètes, dont trois étaient noires...

Écrit par : Géo | mardi, 05 septembre 2017

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Oui, et alors ?

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 05 septembre 2017

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Oui, et alors ?

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 05 septembre 2017

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"Oui, et alors ?"

Votre question est-elle rhétorique ou avez-vous besoin qu'on vous explique ce qui se passe dans la tête de Géo quand il voit un noir (en vrai ou en photo) ?

Écrit par : modérons les commentaires | mardi, 05 septembre 2017

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Et alors ? En 1998, j'étais dans le Fouta-Diallon avec une foreuse, durant la Coupe du monde de foot. Les foreurs le soir faisaient des kilomètres sur des pistes (très) mauvaises pour aller voir les matchs. Et à la fin, quand la France a remporté la Coupe, eux ont dit que ce n'était pas la France mais bien eux les Africains, qui avaient gagné. Exactement ce que disait J-M Le Pen. C'est ennuyeux (pour vous) mais c'est comme ça. A quoi servent ces concours, ces compétitions par nationalité si la plupart des concurrents sont des mercenaires déguisés en nationaux ? On devrait supprimer alors la nationalité...
Vous me direz que c'est exactement ce que vous voudriez. Et moi, c'est exactement ce que je ne veux pas, j'en ai eu ma dose de l'idéalisme...

Écrit par : Géo | mardi, 05 septembre 2017

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Oui, et alors ? Que des foreurs du Fouta Djalon voient comme vous des Africains dans les joueurs français, ou que d'autres voient des Kosovars dans les joueurs suisses, ou d'autres encore des Canadiens dans les joueurs du Hockey Club Servette, ou des Lancéens dans ceux du FC Onex, qu'est-ce que vous voulez que ça me foute ? Il faut vous y faire : il y aura de plus en plus de Suisses encore plus bronzés que les Suisses de souche rentrant de leurs vacances chez les métèques, et ni vous ni personne n'y pourra rien y faire: Eppur si muove...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 05 septembre 2017

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La couleur moi je m'en fou. Je préfère un noir nationaliste qu'un blanc mondialiste.
La différence c'est que le premier aime son pays et est prêt à le défendre alors que le second n'aime que lui même en prétendant défendre les autres; la seule chose qu'il partage avec le reste du monde c'est ses idées, le reste il le garde pour lui. Pourquoi les mondialistes ne vivent ils pas ailleurs dans le monde puisqu'ils y sont partout chez eux?

Écrit par : Maendly Norbert | mardi, 05 septembre 2017

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Pourquoi iraient-ils vivre ailleurs puisqu'ils sont partout chez eux ?

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 05 septembre 2017

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"il y aura de plus en plus de Suisses encore plus bronzés que les Suisses de souche et ni vous ni personne n'y pourra rien y faire"
+ " Pourquoi les mondialistes ne vivent ils pas ailleurs dans le monde puisqu'ils y sont partout chez eux?"
+ "Pourquoi iraient-ils vivre ailleurs puisqu'ils sont partout chez eux ?"
= "On devrait supprimer alors la nationalité..."

Et moi, je n'y peux effectivement pas grand chose mais cela ne déplaît. Non par attachement pour la Suisse ou les Suisses, qui bien évidemment me sortent souvent par les trous de nez, mais parce que je suis né ici et pas ailleurs...
On a déjà assez de problèmes avec les nôtres pour ne pas vouloir prendre sur notre dos ceux des autres. Qui ne se résoudront vraiment que chez eux, ne l'oubliez pas. En Erythrée, au Nigeria, etc, etc...

Écrit par : Géo | mercredi, 06 septembre 2017

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c'est qui "les nôtres" ?

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 06 septembre 2017

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"c'est qui "les nôtres" "

C'est les leurs.

Écrit par : Boum | vendredi, 08 septembre 2017

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