lundi, 29 mai 2017

Transports publics genevois : sortir de la logique punitive

petit train.jpgExtra(di)vagances

Poursuivant dans la logique rogneuse et punitive qui est la sienne depuis le premier vote contre les augmentations de tarifs des transports publics, et pour confier au parlement -et en dernier recours au peuple- le droit de se prononcer sur ces tarifs, le gouvernement genevois a donc décidé d'une nouvelle baisse des prestations des TPG, déjà réduites de 6 %. Alors que toutes les villes d'Europe renforcent leurs réseaux et leur offre pour favoriser à la fois leur désengorgement et une transition énergétique (que les Genevois soutenaient à trois contre un le même jour où il refusaient l'augmentation des tarifs TPG), la capitale mondiale du monde mondial réduit l'offre de ses transports publics, parce qu'il leur manque quelques millions pour équilibrer leur budget. Le président du gouvernement genevois a jugé "extravagant" le message, réitéré, du peuple. Le plus "extra(di)vagant" n'est-ce pas de refuser de l'entendre et d'en punir l'auteur ?


 

Le comique de répétition façon "si vous votez mal, on vous punit", ça passe mal.

La majorité populaire refusant l'augmentation des tarifs des transports publics est, d'un vote, sur l'autre, constante : 53,8 % il y a trois ans, 53,5 % il y a dix jours. Et la répartition sociale et géographique des votes, elle aussi, est constante : les locaux de droite votent l'augmentation, les locaux de gauche la refusent. Les villes refusent l'augmentation, les communes rurbaines l'acceptent. Mais si la majorité populaire est constante, la surdité gouvernementale l'est tout autant : après le nouveau refus de la hausse, nouvelle sanction : une baisse de 2 % des prestations, la réduction de la desserte de la ligne 12 (Carouge ne sera plus desservie que par un tram sur deux hors des heures de pointe -il est vrai que comme les autres villes, en particulier Genève, elle a mal voté, et qu'elle mérite donc d'en être punie, comme Genève... et même le PLR carougeois s'en émeut). "Ce n'est pas une punition", a cependant juré (croix de Harley, croix de Davidson) l'ineffable Conseiller d'Etat Barthassat. C'est quoi, alors ? en tout cas, "une politique allant à rebours du bon sens", a reconnu son collègue François Longchamp, qui assure qu'elle est menée "à contrecoeur". Mais qui y oblige le Conseil d'Etat, sinon lui-même ? Parce que non seulement le peuple a refusé trois fois la hausse des tarifs, mais il a aussi l'an dernier accepté à près de 70 % une loi donnant aux transports publics (et à la mobilité douce) un rôle prédominant en zone urbaine. Orles transports publics genevois sont les plus lents de ceux des principales villes du pays, et seules quatre des lignes importantes avaient atteint l'année dernière l'objectif, fixé par la loi,d'une vitesse commerciale de 18 km/h. La faute à quoi ? A l'absence de voies réservées continues, de priorité dans le flux de circulation : a contrario, lorsque de telles voies et une telle priorité sont ouvertes, comme sur le pont du Mont-Blanc en 2012 pour les bus, les véhicules des transports publics assurent un service efficace, et ne sont pas pris dans les embouteillages automobiles. Du moins quand on ne parasite pas ces voies réservées en les laissant utiliser par les deux-roues motorisés.

Il faudra compenser le manque à gagner espéré de la hausse des tarifs (7,7 millions), et trouver une quarantaine de millions pour accompagner la mise en service du RER "Léman Express". Il faudra aussi assurer au personnel des TPG de meilleures conditions de travail -et renforcer ce personnel, en sous-effectif chronique, pour pouvoir assurer une offre rétablie. Ce qu'on demandera aux communes et qu'on en obtiendra, les économies supplémentaires imposées aux TPG, l'augmentation de la billetterie -sans augmentation de tarifs, mais grâce à une nouvelle clientèle attirée par une augmentation de la vitesse commerciale, ne suffiront pas à combler ce besoin, et il faudra donc forcément accroître les subsides du canton aux TPG. Du coup, nouvelle menace gouvernementale : "ce qu'on met d'un côté, il faudra le prendre de l'autre", faute de pouvoir le faire payer aux usagers -et en particulier, cible privilégiée, aux plus modestes d'entre eux et aux usagers captifs, n'ayant d'autre moyen de se déplacer que les transports publics. Le "prendre de l'autre", où cela ? Dans la santé ? l'école ? la sécurité ? les prestations sociales ? La gauche a une autre réponse : rejoints (sur cette proposition) par le MCG, les socialistes et "Ensemble à Gauche" ont déposé un projet de loi permettant de sortir du chantage obstiné aux prestations, de maintenir celles-ci (en commençant par les rétablir au niveau qu'elles atteignaient avant que le Conseil d'Etat décide de les réduire) sans augmentation des tarifs, mais par une augmentation du subside de l'Etat -qui en a les moyens, quoi qu'il en prétende. Les Verts, qui soutenaient la hausse, mais dénoncent les "propos irresponsables" d'un Barthassat "sourd au verdict des urnes", proposent quant à eux un crédit extraordinaire de 7,7 millions, correspondant grosso modo au déficit budgétaire des TPG l'année dernière, et à ce que l'augmentation des tarifs devait rapporter -la gauche et le MCG se félicitent de ce que les Verts, qui soutenaient la hausse aient enfin "entendu la voix des citoyens". Le président du PDC (le parti de Barthassat), qui considère qu'il ne faut pas "punir les votants") se dit lui aussi (sans préjuger la position de son parti) prêt à soutenir une augmentation de la subvention aux TPG... qui obtiendrait alors une majorité au parlement (la gauche, le MCG, le PDC...) Le message réitéré du peuple commencerait-il à passer ? Si des oreilles gouvernementales consentaient à s'ouvrir, on pourrait alors, si la majorité parlementaire qui se dessine se confirme, éviter une quatrième votation, un quatrième refus d'une hausse de tarif, un quatrième train de mesures punitives.
Parce que le comique de répétition, c'est très bien au théâtre, au cinéma, au cirque et dans la vie privée -mais en politique, façon "si vous votez mal, on vous punit", ça passe mal.

14:34 Publié dans Genève, Politique, Transports | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : tpg | |  Facebook | | | |

Commentaires

Parasiter par les 2 roues...!!! Je n'ai jamais vu un bus perdre une minute à cause d'un 2 roues!

Écrit par : Alain Rohrbasser | lundi, 29 mai 2017

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Analyse pertinente mais quelle crédibilité donné à une gauche et surtout à la clique Vanek qui défend un paiement par tous les contribuables des coûts TPG. Donc j'utilise pas, je paie et j'utilise es la prestation baisse.
Peut-on avoir le beurre et l'argent du beurre ? A gauche toute a argumenté cette baisse par une augmentation des tickets individuels... rien ne s'est produit !! C'est l'arroseur arrosé.

Écrit par : PERRENOUD | lundi, 29 mai 2017

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Tout le monde paie pour l'école, même ceux qui n'ont pas d'enfants. Tout le monde paie pour les hôpitaux publics, même ceux qui n'y mettent pas les pieds (ni le reste). Tout le monde paie pour le Grand Théâtre, même ceux qui n'en ont rien à cirer. Tout le monde paie une cotisation AVS qui ne finance pas les futures rentes des cotisants, mais les rentes des rentiers actuels... Tout le monde paie pour les prisons, etc... etc... Et tout le monde paie déjà (un peu) pour les TPG, même ceux qui ne les utilisent pas. Mais qui ont tout de même intérêt à ce qu'ils fonctionnent correctement et que le plus possible de personnes les utilisent...

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 29 mai 2017

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C'est vrai

Écrit par : PERRENOUD | lundi, 29 mai 2017

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Bonjour,

La véritable absurdité c'est d'avoir inscrit les tarifs dans la loi (LTPG). Je suis parfaitement conscient que c'était la volonté du peuple à la suite d'une "initiative législative", mais cela reste une absurdité. Ainsi les grandes gueules que sont Vanek et Grobet peuvent jouer les forts à bras devant le peuple. Ils n'en sortent pas grandis.
Cela dit, le chantage de Barthassat est une faute politique, une réaction immature ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | mardi, 30 mai 2017

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Bonjour

Plusieurs élus tournent autour du même pot, question de saison électorale.
Question stupide d'usager - de quelles prestations TPG-UNIRESO s'agit-il?

Fini les tarifs clairement différenciés entre zones courtes et générales, fini un tarif pour une zone courte limitée à 3 arrêts intra-Genève.

Ces Zonages précis intra-murros sont remplacés par l'inclusion de nombreuses lignes supplémentaires dédiées au territoire français, de bus-doubles circulant à cadences rapprochées, toutes les 10-15 minutes pour les lignes R, 61 etc.: Quel luxe!

Bus-doubles circulant au travers de petites rues, sillonnant 1 nombre important de communes françaises qui ne sont pas limitrophes de Genève: on a des bus-doubles dans le 74 jusqu'à lycées en zone industrielles, et dans le 01 jusqu'à Gex (soit bien au-delà des gares supposées relier le CEVA)

Un luxe de cadences et de lignes TPG-UNIRESO, tandis qu'en face dans leurs communes respectives, les transports français n'assurent pas même la cadence d'1 bus chaque 45min aux heures de pointe.

Le hasard m'a fait découvrir ça aux heures de pointe: j'ai pu croiser toutes les 10 min 5 bus-doubles UNIRESO (R et 61) à moitié vides (4-6 passagers), contre 1 seul bus-simple français.

Simples constats:
- les services des transports français semblent s'être délestés sur les lignes UNIRESO circulant dans n'importe quelle petite rue de leurs communes, à des cadences vraiment trrrrès "customer-friendly"
- semble que les français du grand-Genève se soient débrouillés pour nous faire payer, à côté de leur réseau Ceva où les CFF et la confédération ont mis la main à la poche à côté des genevois, leurs manques pluridisciplinaires, dont notre vote contre le financement de parking français P+R près de leurs gares


Si le payeur genevois est conscient qu'avec M. Bartassat et le Conseil d'Administration des TPG où siège le maire de St Julien, faut bien aussi payer pour davantage de services, tout va bien.

Mais le payeur peut aussi être conscient que ces décisions ne visent qu'à faire payer un luxe inutile et toxique pour l'environnement, dont ce déploiement de bus-double vides des TPG-UNIRESO sur France

luxurieux? En Recherche de clientèle?
Ce très faible taux d'occupation des bus-doubles TPG/UNIRESO circulant en France me rappelle le faible taux, ou l'absence d'usagers... de la ligne ferroviaire reliant la gare d'Annemasse à la gare des Eaux-Vives, détruite pour être remplacée par le CEVA.

Pire qu'une Genferei de plus, une telle opacité dans la gestion de services régaliens telle les TPG n'est plus supportable, à une époque où il faut 2 jobs pour faire vivre une petite famille, où un jeune diplômé qu'à peine plus d'accès à l'emploi qu'un senior licencié pour raison de coûts liés à l'administration CH de l'âge salarial.
Merci de tolérer ce commentaire d'1 CH.

Écrit par : divergente | mardi, 30 mai 2017

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Le payeur n'est pas que Genevois : les lignes Unireso transfrontalières sont cofinancées par les collectivités publiques françaises...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 30 mai 2017

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