mardi, 04 avril 2017

Hamenchon et Mélhamon sont dans un bateau

melenchon-hamon_5791751.jpgLe Valls a mis le temps

Pour la gauche, l'élection présidentielle française est d'ores et déjà perdue. Du moins en tant qu'élection. En tant qu'étape d'une indispensable recomposition politique, c'est autre chose. Mais même dans l'hypothèse du retrait de l'un ou l'autre des deux principaux candidats de gauche (et lequel, en fonction de quel critère ? les sondages ?), ce camp ne pourrait rêver mieux qu'une troisième place.
Après s'être éreintés pendant des mois pour être candidats, avoir déjà, l'un et l'autre, claqué pour leur campagne des millions qu'ils ne se feront rembourser que s'ils obtiennent 5 % des voix et donné plus que l'impression, la certitude, que ni ni l'un, ni l'autre n'ont la présidence de la République pour objectif, mais la recomposition de la gauche, peut-on vraiment croire, à trois semaines du scrutin, que l'un ou l'autre (mais lequel ? Hamenchon ou Mélhamon ?) se retirera pour l'autre ou l'un ? Que Hamon, pris dans le "casse-noix" (l'expression est méluchienne) entre le marteau de droite (Macron) et l'enclume de gauche (Mélenchon) fera à Valls (qui a mis le temps pour se décider à se rallier à Macron) le cadeau de se retirer pour Mélenchon ? Que Mélenchon fera à ce qu'il reste du  PS le cadeau de se retirer pour Hamon ? Et pour faire quoi ensuite du PS (ou de ce qui en restera) ?


Avant d'entamer la construction de la VIe République, la France ne pourrait-elle pas finir la construction de la Ière ?

A quoi va ressembler le PS d'après la présidentielle et les législatives ? Et que deviendra la "France Insoumise" de Méluche ? elles pourraient être passionnantes, l'après-présidentielle et l'après-législatives -un peu comme le fut la recomposition de la gauche au début des années septante du siècle dernier -ce n'est pas si vieux qu'on ne puisse s'en souvenir, se souvenir notamment que le candidat du PS, Gaston Deferre, n'avait alors obtenu que 5 % des suffrages quand celui du PC, Jacques Duclos en obtenait 21 %, que ni l'un, ni l'autre n'était présent à un deuxième tour où s'opposèrent un candidat de droite (Pompidou) et un candidat du "centre" (Poher)... et que deux ans plus tard, Mitterrand prenait le PS d'assaut, s'y installait avec le concours de la gauche du parti (le Ceres de Chevènement, Motchane et Sarre) et des deux barons (Deferre et Mauroy) des deux grandes fédérations SFIO (le Nord et les Bouches-du-Rhône) et le mettait sur la route vers le pouvoir... Ce PS issu du congrès d'Epinay est une sorte de "grande coalition de la gauche non communiste", un rassemblement des contraires -d'où le culte de la "synthèse" qui s'y est célébré pendant quarante ans. C'est ce parti qui est en train de mourir sous nos yeux, mais il n'y pas plus de contradictions entre Valls et Hamon qu'il y en avait entre Chevènement et Rocard. C'est le temps qui n'est plus à leur conjugaison dans un seul parti politique, et peut-être va-t-on, après la présidentielle et les législatives vers la scission du PS en deux partis distincts, comme aux Pays-Bas : un parti social-démocrate, travailliste (qui s'est gaufré aux législatives il y a deux semaines) et un parti socialiste (qui s'y est à peu près maintenu). Bref : l'après-Hollande pourrait bien être hollandais. Amusant, non ?

Valls soutient Macron ? La belle affaire... Les soutiens à Macron vont des communistes Robert Hue et Patrick Braouzec au chrétien-social François Bayrou en passant par les Verts François de Rugy et Daniel Cohn-Bendit, les socialistes Delanoë et Le Drian et une foultitude d'autres, de Renaud à Comte-Sponville -alors pourquoi pas Valls ? tous usent du même argument : éviter un deuxième tour se résumant au choix impossible entre Le Pen et Fillon. Et donc voter pour celui qui a le plus de chances de battre Fillon (que le soutien de Valls à Macron requinque en lui permettant de faire de Macron le dauphin de Hollande), puis Le Pen. C'est-à-dire Macron, dont la victoire est l'hypothèse sur laquelle travaillent tous les partis existants, y compris ceux dont le candidat  ou la candidate font de Macron leur adversaire désormais prioritaire, le "tous contre Macron" prenant la place du "tous contre Le Pen"). Macron n'est pas de gauche ? Et alors ? Valls, un traître ? Mais un traître à qui, à quoi ? On ne peut trahir que soi-même et c'est à soi-même qu'on doit être fidèle, et aux gens qu'on aime. La fidélité à un parti, un Etat, un chef, ne relève ni de la morale, ni de l'éthique. Juste de la discipline -et c'est peu de chose : "trahir" un parti, un Etat, changer de camp, ce n'est que de l'opportunisme. Il paraît qu'il en faut, en politique. Et de cela il y a des maîtres, et pas toujours ceux à qui l'on pense derechef : Lénine y côtoie François Mitterrand... comme disait Clémenceau, si celui qui quitte mon parti pour un autre parti est un traître, celui qui quitte un autre parti pour rejoindre le mien est un converti.

Faire barrage à Le Pen, c'est la justification donnée par Valls, Delanoë, Le Drian et tous les autres, à leurs ralliements à Emmanuel Macron. A défaut de sincérité, ça a de la logique : Un deuxième tour contre Fillon (qui utilise la ralliement de Valls à Macron pour présenter Macro comme un "Hollande bis", et se présenter lui-même comme le seul candidat de l'"alternance" -alors qu'il est politicien professionnel depuis 35 ans et qu'il a été Premier ministre...), c'est tout ce que peut souhaiter Le Pen, et sa mailleure chance d'élection, parce que refusant de choisir entre une Le Pen "dédiabolisée" et un Fillon "radicalisé", une grosse partie de la gauche s'abstiendra... Alors autant voter au premier tour déjà pour celui qui, résume Martine Aubry, "se dit et de gauche et de droite (mais) n'est ni de gauche, ni de gauche" -mais au moins pas d'extrême-droite.

Valls avait d'abord promis de respecter le choix de la "primaire" et de soutenir le candidat désigné, puis annoncé qu'il ne soutiendra pas Hamon, accusé de "sectarisme", avant de passer avec armes et bagage chez Macron. Bon vent, d'ailleurs : ça libère Hamon d'un boulet, et pourrait, après les présidentielles, et s'il a le courage de saisir cette occasion, libérer le PS de sa droite. Valls s'est clairement mis hors du champ politique socialiste, et, de fait sinon de droit, hors du parti qu'il prétendait vouloir transformer et même rebaptiser, avant que sa ligne politique ait clairement été désavouée lors de la "primaire de la gauche" (après l'avoir déjà été lors de la "primaire" socialiste de 2012. Au fond, il ne s'agit plus pour lui que de survivre politiquement, de pouvoir encore exister quelque part dans un paysage politique institutionnel recomposé par Macron -alors que Valls lui-même voulait faire ce que Macron fait : siphonner le PS pour nourrir quelque chose comme un Parti Démocrate... Macron et Mélenchon n'ont-ils pas l'un et l'autre pour projet de casser le PS pour en récupérer chacun un morceau ?

Aujourd'hui Méluche justifie sa candidature par la nécessité de construire la "VIe République". Fort bien. Mais avant d'entamer la construction de la VIe République, la France ne pourrait-elle pas finir la construction de la Ière, abandonnée il y a bientôt 220 ans ?

13:15 Publié dans élections, France, Politique, PS | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : gauche, hamon, mélenchon, valls, macron | |  Facebook | | | |

Commentaires

Vraiment un mauvais billet. Vous écrivez beaucoup pour ne pas dire grand chose. Le PS, c'est deux gauches irréconciliables. "une sorte de "grande coalition de la gauche non communiste", un rassemblement des contraires" comme vous l'écrivez. Cette alliance contre-nature des socialistes qui veulent aménager le capitalisme au profit de leur clientèle et ceux qui veulent détruire ou dépasser le capitalisme, comme le PS suisse sous la tutelle de C.Levrat soit dit en passant, la tendance frondeur - ayant voté une motion de censure contre son propre gouvernement...- représentée par Hamon. Mélenchon a quitté le PS et représente en fait la candidature du PC. Macron est à l'évidence le crypto-candidat du PS, le vrai, le non-frondeur. Hollande-bis, à l'évidence.

Écrit par : Géo | mardi, 04 avril 2017

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Et la France dans tout ça ? on a l'impression qu'il ne s'agit que de l'avenir du PS, avenir à court terme surtout et avenir des politiciens qui, professionnels de la politique, ne savent rien faire d'autre. Logique alors de les voir se placer pour , au pire, récupérer un poste de député, voir un strapontin. Triste mais ainsi va la vie dans cette France bien malade.

Écrit par : uranus2011 | mardi, 04 avril 2017

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On rigole beaucoup en ce moment de la politique gauloise mais on ne devrait pas. Les politiciens francais ont compris depuis un certain temps déja qu`il n`y avait ni gauche ni droite des lors qu`un gouvernement était installé au poste de commande. Ces histoires de gauche et de droite, c`est uniquement pour la galerie électorale car l`électeur moyen, lui, aime qu`on lui simplifie les équations. En fait, ce sont pas une soi-disant "gauche" et une soi-disant "droite" qui s`affrontent mais simplement des stratégies plus ou moins offensives ou défensives face au grand merdier de l`économie mercantile globalisée. Quant a l`extreme-droite de la fifille a papa, je ne serais pas surpris de la voir se dégonfler des le premier tour car ses électeurs -les beaufs éternels- sont bien moins nombreux que la lecture de la presse politique a sensations ne le laisse croire.

Écrit par : jean jarogh | mardi, 04 avril 2017

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C'est Hamon qui s'est mis hors champ du socialisme en allant chercher la gauche contestataire.
De plus la gauche du PS n'est pas majoritaire, et cette place est déjà prise par Mélenchon.

Quant aux militants socialiste, le sondage à 10% ou moins de Hamon montre que les frondeurs ont une grande gueule inversement proportionnel à leur impact sur les socialistes.

La suite est clair. L'aile gauche du parti socialiste ne peut survivre seul coincé entre Mélenchon et une social démocratie. Soit elle rejoint les contestataire soit elle se range derrière la social démocratie.

Les militants mélanchonistes qui ont voté en masse pour Hamon dans la primaire dans l'espoir d'une grande gauche radicale réunie, a donné des armes à Valls pour faire du parti socialiste, une social démocratie.

Écrit par : motus | mardi, 04 avril 2017

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