lundi, 03 avril 2017

Journée internationale d’action pour Nekane Txapartegi

Nekane.jpgNekane Askatu !

Nekane Txapartegi, militante basque, est détenue depuis un an en Suisse, parce qu'accusée par le gouvernement espagnol d’avoir collaboré avec l'organisation indépendantiste armée ETA (elle lui aurait fourni des faux passeports et rencontré à Paris des militant-e-s de l’organisation). En 1999, Nekane est arrêtée au Pays basque. Durant cinq jours, elle sera détenue à l’isolement, battue, électrocutée, torturée et violée par des agents de la Guardia civil, qui l'ont soumise à un simulacre d'exécution, rappelant celui auquel fut soumis Artur London en Tchécoslovaquie stalinienne (souvenez-vous de l'"Aveu"...). En 2008, elle est condamnée à 6 ans et 9 mois de prison. En violation de la Convention européenne des droits de l'homme et de la Convention des Nations Unies contre la torture, cette condamnation se fonde presque exclusivement sur les « aveux » que Nekane a exprimés sous la torture, ce qui ne semble guère avoir posé problème au Tribunal. Avant de connaître le jugement, Nekane avait pris la fuite pour finalement, depuis 6 ans, se retrouver à Zürich, avec sa fille. Elle y a été arrêtée le 6 avril 2016, et mise en détention, suite à la demande d’extradition formulée par l'Espagne. Le vendredi 24 mars, l’Office fédéral de la justice a autorisé l’extradition de Nekane vers l’Espagne, l'Etat dont les agents ont été ses tortionnaires... mais que la Suisse officielle considère comme un "pays ami et de confiance" qui, en tant que tel, ne saurait commettre des actes de torture. Raisonnement au terme duquel non seulement la demande d'extradition de l'Espagne a été acceptée, mais la demande d’asile de Nekane a été refusée. "La Suisse se couche devant l'Espagne", résume le collectif "Free Nekane"... Des recours contre les deux décisions sont lancés. En attendant, jeudi, on manifestera en Suisse, dont à Genève (18h Place Neuve), contre son extradition, pour sa libération et son droit d'asile politique : Nekane Askatu !


Nekane Txapartegi, victime des règlements de compte de l'Etat espagnol

En Euzkadi, le processus de paix engagé par ETA et le gouvernement basque est bloqué par le refus du gouvernement espagnol de laisser ETA procéder à son propre désarmement, sous le contrôle du gouvernement basque : Madrid ne veut pas que s'engage un processus de paix, comparable à celui qui a été mis en oeuvre en Irlande du nord, mais veut forcer ETA -et au-delà d'ETA, le mouvement indépendantiste tout entier- à une capitulation sans condition. De son côté ETA a annoncé une action de désarmement « immédiat et total" le 8 avril. Dès dimanche prochain, elle sera donc, par sa propre volonté une organisation désarmée, au sens militaire du qualificatif -c'est d'ailleurs précisément parce que ce désarmement est le choix d'ETA que Madrid refuse de laisser ETA y procéder elle-même. Madrid ne veut pas un désarmement, mais une capitulation, et continue à faire du Pays basque sud la région la plus militarisée d’Europe, avec 15’000 policiers et militaires pour une population d’environs 2,5 millions d’habitant-e-s. Et c'est à un règlement de comptes que se livre toujours le gouvernement espagnol, contre tous ceux et toutes celles qui, au Pays Basque, se sont engagés dans le combat de la gauche indépendantiste, qu'ils et elles l'aient fait les armes à la main ou dans une action politique légale et pacifique, comme Nekane Txapartegi, élue Conseillère municipale dans les rangs de Herri Batasuna lorsque ce parti était légal, et soutenu par des dizaines de milliers de citoyennes et de citoyens aux élections auxquelles il participait -y compris des élections nationales, puisque HB fit élire des députés aux Cortes, le parlement espagol. Herri Batasuna fut dissout par le pouvoir central en 2000, mais le pouvoir central ne pouvait pas dissoudre la base électorale de Herri Batasuna, qui se reporta sur des partis créés pour remplacer le parti interdit.

Pour ne pas froisser des pays "amis" (ici, l'Espagne) l'Office de la Justice et le Secrétariat aux Migrations posent des exigences de preuves excessives, souvent impossibles à remplir, pour toute personne invoquant les tortures subies dans une procédure d’extradition ou d’asile. Malgré des lésions constatée par des certificats médicaux, des expertises établies par des experts internationaux reconnus, un diagnostic de troubles de stress post-traumatique, une procédure d’enquête clairement défaillante en Espagne (où la pratique de la torture, constatée par les organismes internationaux notamment contre les militantes et des militants basques, est rendue possible par la possibilité de détenir au secret pendant cinq jours les personnes accusées de "terrorisme" ou de complicité avec le "terrorisme), les autorités suisses ont affirmé (contrairement à Amnesty International) que Nekane n’avait pas rendu vraisemblable ses accusations, ne les ont pas vérifiées, et se sont calées sur le sophisme odieux, exprimé par le porte-parole de l'Office fédéral de la Justice : l'Espagne est "un Etat ami et de confiance", un Etat ami et de confiance ne peut pas nous mentir. L'Espagne nie avoir torturé Nekane ? la Suisse n'a aucune raison de mettre en doute la parole de son Etat ami et de confiance, n'a pas besoin de mener une enquête et sait que Nekane n'a pas été torturée puisque l'Etat espagnol affirme qu'elle ne l'a pas été. Nekane Txapartegi n'a donc pas droit à l'asile politique et doit donc être extradée. Nekane se retrouve ainsi victime de la complicité de l'Etat suisse avec les pratiques policières de l'Etat espagnol, entre les mains de qui l'Etat suisse veut la remettre.

Rendez-vous à Genève jeudi 6 avril 18h sur la Place Neuve pour dire, dans une marche bruyante et visible : Libérez Nekane Txapartegi, Nekane Askatu !

 

14:49 Publié dans Droits de l'Homme, Résistance, Solidarité, Suisse | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : nekane txapartegi, euzkadi, eta, espagne | |  Facebook | | | |

Commentaires

En effet l'Espagne est plus qu'un pays amis et de confiance, c'est un pays de l'UE avec lequel nous avons des accords bilatéraux, Schengen etc... (Et accessoirement UE dans laquelle vous voudriez nous fusionner).

Écrit par : C. Martel | lundi, 03 avril 2017

Vous devriez visiblement vous poser AUSSI des questions sur Euskadi ta Askatasuna et ses pratiques. Plutôt fascistes qu'autre chose, ou relevant du grand banditisme...

Écrit par : Géo | lundi, 03 avril 2017

et alors ? ça change quoi au cas de Nekane Txapartegi ?

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 03 avril 2017

Ça change tout parce qu'on a renoncé a notre indépendance de jugement au nom d'accords internationaux.

Écrit par : C. Martel | lundi, 03 avril 2017

ça n'a strictement rien à voir : les accords d'extradition sont plus anciens que tous les accords internationaux qui obsèdent les nostalgiques...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 04 avril 2017

"et alors ? ça change quoi au cas de Nekane Txapartegi ?"
Cela change que vu le nombre de saloperies qu'a commis ETA, je ne me fie pas si facilement aux assertions de cette femme, gueule d'ange ou pas. L'Espagne est devenu un état très progressiste, très droit-de-l'hommiste, et je pense que vous le savez aussi bien que moi. Ce sont vos copains, après tout...

Écrit par : Géo | mardi, 04 avril 2017

Nekane n'es pas accusée d'avoir été membre d'ETA. L'Espagne n'est pas devenue un état "très progressiste" et "droit de l'hommiste" (et là, quand on voit son gouvernement actuel, on se retient de rire) toute seule : il a fallu d'abord en finir avec le franquisme, et ETA y a pris une part considérable. Et je ne vois pas en quoi "ce sont" (qui, d'ailleurs ?) mes "copains", plus que les Français, les Italiens, les Portugais, les Grecs ou les Suisses...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 04 avril 2017

"il a fallu d'abord en finir avec le franquisme, et ETA y a pris une part considérable" Mais non, quelle erreur ! D'avoir propulsé Carrero Blanco par-dessus les immeubles* n'a pas abattu le franquisme. Bien au contraire, les régimes totalitaires profitent de ce genre d'idiots. A Timor, le Mt Metepian était le seul endroit où subsistait quelques guerilleros du Fretilin. C'eût été un jeu d'enfants pour les généraux indonésiens de les annihiler, mais rien ne se passait et on se demandait pourquoi. La seule explication, c'est qu'en fait les généraux avaient le droit d'exploiter toutes les plantations de café grâce à cet état de guerre. Alors le Fretilin sur son Metepian lui était bien précieux...
J'ai bien peur que l'ETA ait joué le même rôle avec Franco. Qui a malheureusement un peu abusé avec le coup des garrots...

* Avec une mine anti-char suisse volée dans les dépôts dits "les granges à l'oncle Henri". J'espère que ce n'est pas vous, tout de même ?

Écrit par : Géo | mardi, 04 avril 2017

L'expédition ad patres et supra murum de Carrero a pour le moins perturbé la succession franquiste, qui a du se rabattre d'abord sur l'Opus Dei, ensuite sur les Bourbons pour la façade. Et cette mine, je n'y fut pour rien. Mais j'en aurais été flatté.

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 05 avril 2017

"Au pays basque, l'ETA livre ses caches d'armes", 24 heures 8-9 avril :
"Florencio Dominguez, journaliste spécialiste de l'ETA : "L'ETA aujourd'hui, c'est tout au plus une vingtaine de clandestins éparpillés en Europe, quelques dizaines d'anciens qui ont tourné la page et ont refait leur vie en Amérique du Sud. Et surtout 350 prisonniers dans les prisons espagnoles et françaises".
"Le risque aujourd'hui, c'est l'oubli et la réécriture de l'histoire. Il y a la tentation, chez ceux qui ont été les compagnons de route de la violence, d'essayer de diluer les responsabilités. Ici, au pays basque, la violence a été le fait d'un petit groupe qui a muselé le reste de la société. Ils n'ont pas gagné par les armes, on ne va pas les laisser s'emparer du terrain de la mémoire. Nous le devons aux victimes et aux générations futures".

Voilà qui est fichtrement bien dit, et je connais le terrain...

Écrit par : Géo | samedi, 08 avril 2017

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