jeudi, 23 mars 2017

Politique d'asile : le flux de réfugiés diminue

geneve_cite_refuge.jpgL'invasion migratoire : un fantasme qui peut se soigner ou se cultiver

Après la fermeture partielle au mois de mars 2016 de la route des Balkans, le nombre d’arrivées de réfugiés sur le continent européen a nettement baissé. En 2016, sur 65 millions de personnes chassées de chez elles, seules 1,3 millions ont demandé l'asile en Europe (soit moins de 0,5 % de la population européenne). Et d'entre toutes les personnes qui ont demandé l'asile en Europe, seules 2 % l'ont fait en Suisse, où le nombre de demandes d'asile déposées a reculé de 31,2 % entre 2015 et 2016 (alors qu'il avait augmenté de 66 % en 2015). Parmi les 27'207 demandes enregistrées en Suisse, 1'656 ont été attribuées au canton de Genève (2'184 en 2015), au cinquième rang des cantons suisses. A Genève, les personnes ayant déposé une demande d'asile sont principalement originaires d'Érythrée, de Syrie, d'Afghanistan, du Nigéria, de Somalie et de Guinée. 7'741 personnes relèvent du domaine de l'asile à Genève, à la fin 2016 (7'241 à fin 2015). Parmi elles, on compte 2'051 requérants d'asile titulaires d'un permis N, 2'342 bénéficiaires d'une admission provisoire (permis F) et 2'566 personnes reconnues comme réfugiées (permis B ou C). Pour les 782 personnes restantes, qui bénéficient d'un soutien à l'exécution du renvoi, la procédure d'asile est terminée. D'entre les 4'393 personnes qui se trouvent dans le processus d’asile (permis N et F), seules 270 exercent une activité lucrative dans le canton. Bref, l'"invasion de réfugiés" est un fantasme. Qui a la vie dure, comme tous les fantasmes. Un fantasme, ça peut se soigner, mais aussi se cultiver. Celui-là se cultive : ceux qui l'entretiennent doivent y trouver intérêt.


Le coût de l'asile ? le prix d'un sucre dans le café au bistrot

Lors du débat parlementaire sur le budget 2017 de la Confédération, en décembre dernier, la proposition du Conseil fédéral d'accorder 852 millions de francs supplémentaires au domaine de l'asile avait été refusée par la majorité de droite, ce qui avait contribué au refus, dans un premier temps, de tout le budget. Après d'âpres négociations, une majorité coupera 344 millions de francs dans la proposition de budget du Secrétariat d'Etat aux migrations : le Conseiller fédéral Ueli Maurer avait plaidé pour que le financement de la politique d'asile ne soit pas déterminé par les besoins, mais par les ressources disponibles dans le cadre d'une politique d'austérité budgétaire. La politique d'asile ne pèse pourtant pas très lourd dans les dépenses de la Confédération  : 3 % de ses finances en 2016, moins de 1 % du produit intérieur brut, en additionnant les coûts du traitement des demandes d'asile,  de l'hébergement des requérants, du renvoi des déboutés (plus on en renvoie, plus ça coûte...), les subventions aux cantons pour l'aide sociale et pour les mesures d'intégration... L'économiste Cédric Tille résume : sur "le prix d'un bon repas au restaurant, le coût de l'asile ne représente même pas le prix du sucre servi avec le café". Et ce coût est encore artificiellement grossi par les incohérences de la politique d'asile elle-même : ainsi de la difficulté, voire de l'impossibilité (de l'interdiction) pour les requérants d'asile d'exercer légalement une activité rémunérée. Résultat : 80 % des personnes issues de l'asile sont dépendantes de l'aide sociale pendant au moins les cinq premières années de leur séjour, et moins de 30 % des réfugiés reconnus, et en âge de travailler, ont une activité rémunérée, alors que des secteurs entiers, privés ou publics, de l'économie, manquent de main d'oeuvre et doivent l'importer de l'étranger -les réfugiés, eux, sont là, disponibles...

Disponibles, mais discriminés : Selon un avis de droit commandé par la Commission fédérale contre le racisme au Centre de compétence pour les droits humains de l'Université de Zurich, le traitement des réfugiés par la Suisse contient de si nombreuses restrictions aux libertés fondamentales (interdiction d'accès à des lieux publics ou à des quartiers entiers, couvre-feux, confinement dans des zones restreintes etc...) qu'il en est anticonstitutionnel, faute de reposer sur des bases légales, et du fait qu'ils ne sont pas prononcés à l'encontre de personnes précises, mais de groupes entiers, comme des punitions collectives. La Commission fédérale contre le racisme a tiré de ce constat des recommandations aux autorités cantonales (puisque ce sont elles, mais avec l'aval des autorités fédérales) qui décident de ces mesures), en particulier celle de ne plus "prononcer d'assignations et d'interdictions territoriales collectivement contre les requérants d'asile". Eh oui, on est dans un Etat de Droit où il faut toujours rappeler à l'Etat qu'il doit respecter son propre Droit. Sinon, c'est le droit individuel à l'insoumission qui devient un droit fondamental. C'est plus clair, comme ça, non ?

14:29 Publié dans Immigration, Suisse | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : asile | |  Facebook | | | |

Commentaires

Le coût d'un sucre dans le café. Quand on a le diabète c'est pas le prix qui compte c'est l’intolérance. Le terme est à prendre en l’occurrence dans son sens originel; La Suisse est arrivée à saturation en matière d'immigration, c'est de son identité qu'il s'agit pas de son porte-monnaie.

Écrit par : norbert maendly | jeudi, 23 mars 2017

Ce n'est en effet pas une question de fric, mais d'intolérance. Ce qui, s'agissant d'immigration, ne peut guère porter que le nom de xénophobie.

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 23 mars 2017

Voilà le grand mot est lâché et alors ?
Xéno = étranger
Phobie = peur
Quand on voit de quoi est fait l'"étranger" qui envahi la Suisse il y a de quoi avoir peur.

Écrit par : norbert maendly | jeudi, 23 mars 2017

cqfd

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 24 mars 2017

Le diabète, c'est une maladie...Je ne suis pas épidémiologue, mais je crois savoir qu'elle est plus fréquente chez les peuples nantis...
L'"étranger" envahit la Suisse ? Zut, c'est ballot !
Heureusement, il nous reste nos ordinateurs d'Uri, nos voitures de Chur, et nos comédies musicales d' Interlaken, sans compter le vivier d'idées littéraires, potentientellement révolutionnaires, du Valais !

Écrit par : Zairoh | vendredi, 24 mars 2017

Et puis surtout, il nous reste nous-mêmes, toutes et tous descendantes et descendants d'immigrants -suffit de remonter assez loin dans nos généalogies respectives : mes ancêtres à moi sont arrivés à Berne au XVIe siècle. Et leurs ancêtres à eux venaient probablement d'encore plus loin, côté Asie...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 24 mars 2017

Nous sommes sans doute tous descendants d'immigrés mais on oublie de préciser que les immigrés d'autrefois n'étaient pas pris en charge ni logés à l'hôtel. La principale cause au rejet des immigrés par les autochtones est que ceux-ci doivent les financer et les porter à bout de bras, alors que les autochtones se débattent déjà avec leurs impôts, leur loyer, leur caisse maladie, leurs contraventions etc....

Les Suisses qui sont allés s'installer au Brésil au XIXème siècle ou même avant y sont arrivés avec leurs bras noueux et ils ont construit des fermes et des entreprises (Chevrolet aux USA!). Personne ne les a aidés et ils ont réussi à devenir prospères malgré tout. Alors que les immigrés d'aujourd'hui restent à l'aide sociale éternellement et on veut nous faire croire que c'est grâce à eux qu'on arrivera à renflouer l'AVS.

Mais à part ça, tout va bien. Les blancs sont hostiles, racistes et xénophobes sans aucune raison valable.

Écrit par : Bernie | vendredi, 24 mars 2017

Les immigrants protestants français, italiens, tchèques, écossais, qui ont afflué à Genève entre la première moitié du XVIe siècle et la fin du XVIIe étaient pris en charge par la République et logés chez l'habitant (faute d'hôtels...
Quant aux Suisses qui se sont installés au Brésil ou en Argentine dès le XIXe siècle (ou en Amérique du nord, ou en Algérie après 1830), ils n'ont pas demandé aux autochtones leur avis. Ils ont même contribué à les déposséder. On n'est ni pires, ni meilleurs que les autres : on est comme les autres, et on fait comme les autres.
On est les autres.

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 24 mars 2017

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