vendredi, 10 mars 2017

Naturalisations : La fabrique genevoise d'Helvètes

nationalité,naturalisationsSuisses de souche et Suisses de choix

La population résidente (les "sans-papiers" n'en faisant évidemment pas partie, et ils sont au moins 13'000...) du canton de Genève a augmenté de 3128 habitants en 2016, contre 8000 en 2015. Elle s'établissait il y a deux mois et des poussières à 493'706 habitants, dont 40,5 % d'étrangers, un pourcentage bas du fait des plus nombreuses naturalisations effectuées en 2016, par une "véritable volonté politique" d'accélérer les procédures et de rattraper les dossiers en attente. Le Conseiller d'Etat Pierre Maudet, en charge des naturalisations, s'est félicité d'avoir "fait beaucoup de Suisses". Moins d'étrangers sont venus s'installer (légalement) à Genève, plus d'étrangers installés se sont fait Suisses ? les xénophobes locaux vont peut-être moins hurler contre les étrangers, mais ce ne sera que pour couiner un peu plus contre les nouveaux Suisses pas vraiment Suisses, contre les Suisses de choix et pas de souche, ou pas de souche assez ancienne. Et contre les étrangers "sans-papiers" qui vont devenir des étrangers "avec papiers" (enfer...), et peut-être même, un jour, être naturalisés genevois et suisses (enfer et damnation...). D'ailleurs, les deux udécistes genevois du Conseil national, Yves Nidegger et Céline Amaudruz, se sont empressés de déposés une initiative parlementaire pour priver les cantons en général et Genève en particulier de toute autonomie dans l'application de la loi fédérale sur le séjour des étrangers...

 


Ce sont les Etats qui ont besoin de frontières, pas les nations

Sonore ânerie de Trump : "les nations ont besoin de frontières"...
comme si la nation et l'Etat étaient synonymes, comme si la nation ne préexistait pas à l'Etat. Ce sont les Etats qui ont besoin de frontières (et les tribus qui ont besoin du "droit du sang"), pour contrôler un espace et la population qui l'habite. Les nations n'ont pas besoin de frontières mais d'une culture commune, de références symboliques communes, d'une histoire commune, d'une volonté commune : elles en naissent. On n'est pas d'une nation parce que qu'on est à l'intérieur des frontières d'un Etat, ni parce qu'on naît de géniteurs qui y sont : on est d'une nation parce qu'on participe de cette culture, de ses références, de cette histoire, fût-ce pour en faire une relecture critique. On est d'une nation quand on est d'une communauté de culture fondée sur une communauté de destin, pour parler comme Otto Bauer. Ainsi la frontière n'est-elle rien pour la nation : une clôture vaut pour du bétail, pas pour des citoyens.
Mais les mots sont trompeurs : on dira qu'on a la "nationalité" d'un Etat, quand on en a le droit de cité, qui, dans un pays qui pratique le "droit du sang", s'acquiert surtout par héritage parental, et donc "automatiquement", et n'est qu'octroyé par naturalisation, éventuellement. Ce n'est toutefois qu'après la Grande Guerre de 1914-1918, que la Suisse s'est mise a durcir son droit en matière d'acquisition de la nationalité, et à se rallier au "droit du sang" à l'allemande.

En 2016, 6 235 étrangers résidant dans le canton de Genève ont acquis la nationalité suisse, dont 5 537 par naturalisation ordinaire, 661 par naturalisation facilitée et 33 par adoption (enfants étrangers mineurs adoptés par un citoyen suisse). C'est seulement la deuxième fois après 2006 que le nombre de naturalisations dépasse le cap des 6 000 personnes. Le nombre de naturalisations était déjà élevé en 2015 (5 971, soit plus du double que l'année précédente. Ce mouvement est largement imputable à la révision de la loi sur la nationalité, qui entrera en vigueur au 1er janvier 2018 et qui rendra plus contraignante l’obtention de la nationalité suisse, mais il l'est aussi par un choix délibéré des autorités cantonales d'accélérer les procédures dans tous les cas où c'est possible, et d'autre part d'informer les résidents de nationalité étrangères des conditions qui seront bientôt imposées à l'obtention du label d'helvétitude.

La plupart des cantons et des communes suisses sont sortis du grotesque modèle des "Schweizermacher" allant vérifier la couleur des sacs poubelles et le dépoussiérage des meubles des candidats à la naturalisation pour en déduire leur degré d'intégration. L'UDC continue pourtant de distinguer, dans la vision (pour elle apocalyptique) d'une Suisse de 10 millions d'habitants en 2030, les "Suisses de naissance", les "naturalisés" et les "étrangers", oubliant sciemment qu'il n'y a pas, en droit, de différence entre un  Suisse de naissance et un Suisse par naturalisation. Il est vrai que le même parti avait auparavant distingué les Alémaniques des Romands, comme on distingue les "vrais Suisses" des Suisses par raccroc, à la conscience nationale défaillante. L'ex-vice-président de l'UDC, le roboratif Claude-Alain Voiblet, en avait rajouté une couche en accusant les "communes de gauche" d'accorder "trop souvent la naturalisation à des personnes qui ne sont pas intégrées". Or le système et la procédure suisses de naturalisations sont parmi les plus sévères, les plus tatillonnes, les plus exigeantes d'Europe... Mais franchement, on voit mal en quoi on devrait, Genevois, se sentir plus proches, partager plus de valeurs, avec un berger appenzellois qu'avec un copain d'école algérien (l'inverse valant pour le berger). Et en quoi on devrait se sentir bernois parce que son grand-père l'était, alors qu'on est né à Genève, qu'on y a grandi, mûri, vieilli, travaillé pendant cinquante ans, sévi pendant plus de soixante ans... Avec même la ferme intention d'y sévir encore une bonne vingtaine d'années. Au moins.

15:21 Publié dans Genève, Immigration | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : nationalité, naturalisations | |  Facebook | | | |

Commentaires

Chez un certain nombre de personnes, il y a ce constat qu'avec les années il y a une présence visible beaucoup plus importante dans les rues, les trains, etc...
Il y a aussi l'impression que l'Etat confisque le pouvoir du citoyen, au nom de l'économie : Certains pensent, puisque le citoyen est confronté à l'étranger, c'est à lui seul de décider si l'étranger est bienvenue, et non à la bureaucratie.

Et là je ne parle pas de l'UDC, mais des personnes qui votent de la gauche à la droite traditionnelle.

Le constat est que oui, la barque peut être pleine. Les mesures même humanitaire sont moins acceptées. Donner sans restriction un permis à des sans-papiers, et c'est l'UDC qui se retrouve à 40%.
En Afrique du Sud, les manifestations l'ont aussi montré, c'est un phénomène universelle.

Actuellement, en dehors de dire qu'il ne faut pas provoquer la population par des mesures qui nient le problème, je ne vois pas que faire.

Dans le futur, la politique d'immigration doit être influencé par le taux d'acceptation de la population et non exclusivement par l'économie.

Écrit par : motus | vendredi, 10 mars 2017

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Avant de mousser de la gueule au sujet de l`immigration, les nains de jardin de l`ultranationalisme feraient mieux d`apprendre a compter et jeter un oeil sur combien il y a d`actifs aujourd`hui en Suisse pour un retraité.

Écrit par : jean jarogh | vendredi, 10 mars 2017

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Il n'y a, dans l'expérience genevoise, ni régularisation sans condition (les conditions sont nombreuses et impératives, ni régularisation collective (chaque cas est examiné individuellement), ni négation du problème -au contraire : le problème est qu'il y a à Genève 13'000 personnes qui travaillent (pour des salaires relevant du dumping), hors de tout contrôle, sans payer de cotisations sociales ni d'impôts. Ce sont ceux qui en refusent la régularisation qui nient le problème (ou s'en nourrissent(

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 10 mars 2017

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"combien il y a d`actifs aujourd`hui en Suisse pour un retraité." : entre trois et quatre, et c'est insuffisant. Mais si on ne tient compte que des Suisses, sans tenir compte des immigrés, il n'y a plus que deux à trois actifs pour un retraité, et c'est encore plus insuffisant. Les nains de jardins du tribalisme xénophobe devraient s'en souvenir. Et se souvenir qu'il y a à Genève 13'000 travailleuses et travailleurs (actives et actives, donc) "sans papier" (12'000 dans le canton de Vaud, 28'000 à Zurich) qui ne cotisent pas à l'AVS. Et qui cotiseront quand ils seront régularisés.

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 10 mars 2017

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Tres juste, monseur Holenweg. De plus, ceux qui aiment a fliper sur l`opposition national-étranger devraient parfois se rappeler qu`une grande partie de la population genevoise est immigrée de deuxieme ou troisieme génération et que quasiment toute la population est d`origine immigrée si on considere les grands-parents et arriere grands-parents.

Écrit par : jean jarogh | vendredi, 10 mars 2017

Les citoyens UE qui vivent en Grande-Bretagne et les Britanniques qui vivent dans l'UE flippent tous à cause du Brexit. On les comprend, aucune opération Papyrus pour eux.... Car voyez-vous, des Européens qui vivent en Europe ont besoin de permis de séjour et de permis de travail dès lors qu'ils sont hors UE. Ces personnes vivent en UK (bzw UE) depuis des années, travaillent souvent dans des jobs (très) qualifiés, paient leur impôts et l'équivalent de l'AVS et aucune manifestation No Bunkers! n'est organisée pour les soutenir. Personne ne parle de racisme ni de discrimination dans ce cas de figure.

Par ailleurs, les 13.000 sans papiers qui seront régularisés iront grossir les rangs des chômeurs, puisque leurs employeurs vont aller chercher de nouveaux sans papiers, puisqu'ils veulent du personnel bon marché et pas compliqué (les assurances sociales: il faut avoir fait des études supérieures en droit économique si on veut devenir employeur, même 2h/semaine). Je crains aussi que les employeurs des sans papiers vont subir les foudres de la justice pour travail au noir - mais eux seulement, les travailleurs étant forcément de pauvres victimes. La justice frappe durement les mamies dont le chien n'a pas de médaille, mais encourage le deal et le travail au noir.

Bref, le règlement, c'est le règlement, il faut appliquer la loi.... mais pas pareil à tout le monde, au nom de la non-discrimination et du non-racisme.

Écrit par : Arnica | samedi, 11 mars 2017

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Le débat sauf à l'extrême droite n'est pas l'opposition entre suisse d'origine étrangère et suisse.

Des gens de sensibilité de droite comme de gauche n'en peuvent plus de voir leur environnement changer autant, avec cette immigration importante.

Selon les prévision vaudoise, d'ici 2040 Vaud va approcher le million d'habitants contre 770 000 maintenant. La majorité de cette augmentation viendra de l'immigration.
On va me dire que c'est bien pour l'AVS.
On ne bâtit pas un système sur l'augmentation exponentielle de la population, c'est aller dans le mur.

Plus de populations veut dire, plus de pollutions, de trafics, etc...
Et je ne parle même pas du renforcement de l'extrême droite.

Le choix est devant nous. Une grande ville, de Genève à Saint-Gall ou une stabilisation de la population.
La solution est entre deux, mais dans ce mouvement actuel, à la fin de ce siècle, Vaud sera à 2 millions d'habitants.

Mon choix est la qualité de vie, de mon environnement.

Écrit par : motus | samedi, 11 mars 2017

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