vendredi, 03 février 2017

Gens de Dublin

expulsion.jpgAppel contre une politique d'asile "aveugle"

Un appel* a été lancé par des élus, des citoyens sans mandats politiques et des organisations (dont les partis de gauche et le PDC)  pour que la Suisse en général, et Genève en particulier, tiennent mieux compte des aspects humains dans l'application des fameux accords de Dublin qui sont supposés déterminer l'accueil des requérants d'asile, en posant comme principe, souvent inapplicable, celui de l'accueil dans le premier pays signataire où le requérant est arrivé. Les auteurs et signataires de l'appel ne contestent pas l'accord de Dublin, mais la manière dont il est appliqué : au nom de Dublin, la Suisse sépare des familles, renvoie des malades vers des pays  où aucun soin n'est garanti , soustrait des enfants en pleine année scolaire, renvoie des mères d'enfants en bas âge, alors même que l'accord prévoit la possibilité de déroger à ses propres critères "notamment pour des motifs humanitaires et de compassion", et d'examiner une demande d'asile "même si cet examen ne lui incombe pas". Il faut savoir lire un texte en entier, et jusqu'au bout. Et oser utiliser les possibilités qu'il offre, même celles qui font hurler la tribu.

*www.solidaritetattes.ch


Nous sommes d'une Cité, pas d'un camp retranché. D'un pays, pas d'une tribu.

L'Observatoire romand du droit d'asile et des étrangers (ODAE) constate que la Suisse ne respecte pas les droits de l'enfant, dans sa politique d'asile (et d'immigration en général), et que "l'application d'une politique restrictive semble souvent l'emporter sur le bien-être et les droits des enfants issus de l'immigration", et cela jusqu'à l'absurde, comme lorsqu'une aide d'urgence de 9,50 francs par jour est refusée par l'Office vaudois de la population à une Erythréenne (menacée en outre de renvoi vers l'Italie) pour son fils parce cet enfant de six ans n'était pas présent lors de la demande d'aide... jusqu'à l'odieux (ne mère de famille menottée sous les yeux de son enfant de cinq ans puis l'enferment avec lui et son tout petit frère, un bébé) et jusqu'au drame (sept enfants ont tenté de se suicider en 2016 dans un foyer vaudois pour requérants mineurs). La Suisse détient le record du nombre de "renvois Dublin" : en 2015, elle a renvoyé 2500 requérants d'asile vers d'autres pays européens : l'Allemagne, dix fois plus peuplée, n'a effectué que 2000 de ces renvois... Les renvois de familles avec de jeunes enfants se poursuivent sous l'emprise du "règlement Dublin", comme les refoulements d'enfants seuls à la frontière italo-suisse de Chiasso, les situations individuelles ne sont pas prises en compte dans les conditions d'hébergement des réfugiés, des mineurs sans statut légal se voient refuser la régularisation de leur situation alors même qu'ils ont passé toute leur vie en Suisse, des familles sont séparées au détriment des enfants, et la Suisse a d'ailleurs été condamnée par la Cour européenne des droits de l'Homme pour ne pas avoir priorisé l'intérêt et les droits de l'enfant dans un cas de regroupement familial non respecté, alors que la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant demande que l'intérêt supérieur de l'enfant soit considéré comme primordial, et son droit à vivre avec ses parents soit respecté. L'appel contre une politique d'asile "aveugle" ne demande lui aussi qu'une chose, à portée des gouvernements cantonaux : qu'ils renoncent à exécuter des renvois qui ne respectent pas les droits des requérants à être protégés. Et notamment que le gouvernement de Genève accepte de respecter la Convention de Genève sur le droit d'asile.

De son côté, le Conseil d'Etat genevois a, prudemment, demandé à la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga de faire en sorte que le nombre d'expulsions d'enfants soit limité (ce qui suggère qu'on pourrait continuer tout de même à en expulser,), en usant de la possibilité donnée par les accords de Dublin de déroger au principe du "pays de premier accueil", lorsque l'intérêt supérieur de l'enfant l'exige, notamment lorsque les conditions d'existence dans ce pays de "premier accueil" lui sont préjudiciables, ou que s'ils sont intégrés en Suisse. A minima, le gouvernement genevois demande qu'on ne procède plus qu'exceptionnellement à des expulsions pendant les vacances scolaires. On ne peut pas dire d'une telle requête qu'elle soit particulièrement audacieuse : on est plutôt en train de négocier les modalités d'une pratique condamnable, que de la condamner.... On ne s'en satisfera donc pas : nous sommes de ceux qui ouvrent les portes, enjambent les barrières, contournent les murs. Nous sommes de ces empêcheurs d'expulser en rond pour qui une frontière est comme un octroi ou les portes de Genève qui s'étaient fermées devant Jean-Jacques : une survivance. Adultes, nous n'avons plus peur du noir. Nous sommes décidément de ceux qu'abhorrent les Trump, les Orban, les Le Pen, les Farrage. Nous sommes d'une Cité, pas d'un camp retranché. D'un pays, pas d'une tribu.

15:58 Publié dans Immigration, Suisse | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : asile, dublin | |  Facebook | | | |

Commentaires

Les gens de gauche qui se mobilisent pour que les riches des pays pauvres (voir le prix du passage) puissent venir chez nous nuire à nos pauvres. Les socialistes ont bien des problèmes dans leur tête, ma bonne dame.

Écrit par : Géo | vendredi, 03 février 2017

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Ne vous inquiétez pas pou les riches des pays pauvres : eux sont accueillis légalement, et à bras ouverts. Avec tapis rouge le cas échéant : Chez eux, ils sont au pouvoir...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 03 février 2017

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Depuis la fin du de la guerre froide bipolaire a laquelle il était adapté, le droit d'asile a été tellement détourné et abusé par les tiers-mondistes et adeptes du multiculti sans-frontière, que sa fin est simplement inéluctable.
Ce n'est qu'une question de temps, le mieux serait de mettre le sujet en votation tout de suite pour que les choses soient claires.

Écrit par : C. Martel | samedi, 04 février 2017

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On vote déjà quasiment tous les six mois sur le sujet, explicitement (voir les innombrables révisions de la loi ratifiées par le vote populaire) ou non... et on va pas s'arrêter, c'est un thème porteur...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 04 février 2017

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Mais non, on n'a encore jamais voté sur l'abrogation pure et simple du droit d'asile. Mais ça va venir.

De toutes façons le droit d'asile est moralement mort le jour ou on l'a refusé a Julian Assange.

Écrit par : C. Martel | samedi, 04 février 2017

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Mais on ne votera jamais sur "l'abrogation pure et simple du droit d'asile". Pas plus que sur l'abrogation du Droit en général. Lequel droit d'asile est de toute façon, et partout, limité, conditionnel et sélectif.

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 04 février 2017

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Il faut jamais dire jamais. moi je prends le pari que les heures du droit d'asile tel qu'on le connait sont comptées.

Écrit par : C. Martel | dimanche, 05 février 2017

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Dit comme ça, non seulement je suis d'accord, mais j'espère bien que tel sera le cas, et que le "droit d'asile tel qu'on le connaît" laissera place au droit d'asile tel qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être -et qu'il fut parfois...

Écrit par : Pascal Holenweg | dimanche, 05 février 2017

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