jeudi, 19 janvier 2017

Le Couronnement de Trump : Beauf Ier, Président

Trump, USADemain, vendredi, Donald Trump sera investi 45e Président des Etats Unis. Après-demain, samedi, des centaines de milliers de personnes manifesteront, non contre cette investiture, conforme au système baroque d'élection à la présidence d'un candidat ayant obtenu un moindre soutien électoral que sa concurrente, mais contre ce système, et contre le discours tenu par ce candidat élu, et contre une bonne partie de son programme*. La cérémonie d'investure elle-même sera d'ailleurs boycottée par des élus démocrates à la Chambre des Représentants, qui dénoncent les attaques de Trump contre l'un des leur, John Lewis, 76 ans, Représentant de la Géorgie, figure de la lutte pour l'égalité entre "noirs" et "blancs", co-organisateur de la fameuse Marche pour l'Egalité en 1963, accusé de n'avoir que de "belles paroles" à offrir à ses concitoyens. "Je ne veux pas contribuer à légitimer un homme qui ment à profusion, insulte quiconque n'est pas d'accord avec lui" et manque de respect pour les femmes, résume le démocrate Don Beyer (ancien ambassadeur en Suisse). Eh oui, Beauf Ier sera dès demain président des Etats-Unis...

* En Suisse, la "Marche des Femmes pour la Dignité" s'inscrira, au même moment, à Genève, dans le même refus du mépris des femmes et des minorités que la marche de Washington expérimera : Rendez-vous à 11 heures au Jardin Anglais pour une marche close par un rassemblement au Quai Wilson à 12 heures 30


"Il y a peu de chance qu'on détrône le roi des cons" (Georges Brassens)

Pour bloquer les manifestants antiTrump le jour de l'investiture de Beauf Ier, les "Bikers for Trump" ont promis de dresser un "mur de viande" autour de leur idole pour le protéger. On n'aurait pas pu rêver meilleur résumé de ce dont Trump est le nom. Et ce dont Trump est le nom n'est pas "le peuple américain". Pas même l'"Amérique d'en bas". Ni d'ailleurs tout à fait celle d'en haut. Trump est le nom d'une perte de confiance dans la politique (quelle qu'elle soit), dans les institutions, dans la démocratie, dans la société même, dès lors qu'elle ne ressemble pas à une communauté rassurante, cohérente, totalisante.
Pourquoi Trump ? Parce que 90 % de la population américaine n'a pas connu de hausse réelle de son revenu depuis 30 ans. Parce qu'un électorat populaire voulait du changement. N'importe quel changement, mais du changement. Et que Hillary Clinton, ce n'était pas le changement. Et que la classe d'Obama, ni son Prix Nobel, ne peuvent politiquement rien contre une augmentation de 20 % du nombre de pauvres, une baisse de 5 % du salaire median, une augmentation de 50 % du pourcentage d'emplois précaires... sous sa présidence.
Il est vrai qu'Obama n'a jamais voulu, et encore moins tenté, de changer le système, mais juste d'en restaurer la séduction.

Trump a fait campagne contre les "élites" -mais qu'est-ce que l'"élite" pour Trump et ses partisans ? Qui la compose ? Toutes celles et tous ceux capables d'utiliser et de comprendre plus de 300 mots et d'écrire un texte plus long que 140 signes ? Plus sommairement, toutes celles et tous ceux pour qui Trump n'est que Trump -ni le Messie, ni l'incarnation du rêve américain, ni celui qui va dompter la Chine : un milliardaire inculte mais retors, capable de réussir cet exploit de rafler suffisamment de votes populaires pour obtenir une majorité de "grandes électeurs" le portant à la présidence, sans arriver à obtenir une majorité de suffrages puisque Hillary Clinton le devance de trois millions de suffrages exprimés au plan national (au bout du compte, moins du quart des électrices et des électeurs ont voté pour que Trump soit président). Selon un sondage, quatre Américains sur dix soutiennent Trump. C'est à peine moins que son score national à l'élection de ses "grands électeurs", mais c'est le niveau de popularité le plus bas jamais atteint, depuis qu'on le mesure, par un président élu avant son investiture. Encore un effort, et Trump finira son mandat -s'il le finit- au même niveau que Hollande achève le sien (et achève son parti avec).

Ce ne sont pas les "élites" mais les "puissants" qui sont nos adversaires. Ce sont eux qui détiennent le pouvoir réel, économique, politique, social. Et de ces puissants, Trump et ses boys sont, sans conteste. Le cabinet Trump est une collection d'oligarques, dont Trump lui-même est d'ailleurs le plus beau fleuron. Patrons, héritiers, financiers, certains sont de pures caricatures de ce que Trump a réussi à faire croire qu'il allait combattre : le capitalisme cosmopolite, comme disait l'extrême-droite des années trente. Et quand ils ne sortent pas de ce moule-là, les Trump Boys sont souvent de vieux traîneurs de sabre. Ou issus des cercles d'extrême-droite homophobes, intégristes religieux, voire ouvertement racistes.

Donc, la diplomatie américaine sera dirigée par le PDG de la multinationale pétro-gazière Exxon, Rex Tillerson, un bon copain de Poutine. Au ministère du Travail, on va trouver Andry Puzder, le patron d'une chaîne de restauration rapide, CKE, violant les règles sur les heures supplémentaires. Aux Finances, Steven Mnuchin, un gérant de Hedge Funds (fonds pourris) ayant travaillé pour la banque Goldman Sachs, qui a largement contribué à la crise mondiale de 2007. Au Commerce, Wilbur Ross, un milliardaire dont la fortune vient de la revente d'entreprises en difficulté. Ajoutez-y au ministère de l'Energie un homme du lobby pétrolier qui voulait abolir le ministère dont il hérite, Rick Perry, et à l'Environnement Scott Pruit, un promoteur des énergies fossiles qui veut que l'Agence de l'Environnement cesse de réglementer. A la Santé, un chirurgien qui veut en revenir à l'interdiction de l'avortement et abolir la loi sur l'assurance-maladie, à l'Education une millionnaire qui veut subventionner les écoles privées, à la Justice un ami du Ku Klux Klan, et vous aurez un début du tableau de l'administration Trump.

C'est cela, l'Amérique de Trump ? Pas que cela, mais cela aussi. Mais c'est aussi une partie de la France de Le Pen, de l'Angleterre de Farrage, de l'Italie de Grillo...
et de la Suisse de l'UDC, et du Tessin de la Lega, et de la Genève du MCG...

15:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : trump, usa | |  Facebook | | | |

Commentaires

Y a de quoi rire, merci. Au fait c'est quand la dernière fois que vous avez été aux états-unis ?

Écrit par : Eastwood | jeudi, 19 janvier 2017

Répondre à ce commentaire

Mon dieu que de haine. Ce nouveau président ne correspond effectivement pas aux critères du politiquement correct, mais il a été élu démocratiquement selon la constitution américaine. Franchement à tout prendre je préfère Trump que l'oligarchie Clinton et Cie.

Les critères des personnes qui vont défiler demain sont la bienséance, la morale et le politiquement correct. Des critères bien petits bourgeois « comme il faut ».

Ne vous déplaise, ce nouveau président a un programme de rénovation des infrastructures du pays et de stimulation de l'économie domestique par le protectionnisme. Ce n'est peut-être pas le programme d'une oligarchie ploutocratique correcte, mais c'est le choix des électeurs de Trump.

Pour votre information, ces électeurs ont droit au même respect que les adversaires de M. Trump et n'ont pas à être traités "de vieux traîneurs de sabre. Ou issus des cercles d'extrême-droite homophobes, intégristes religieux, voire ouvertement racistes." Selon vos propos.

Pour mémoire, dans une démocratie chacun est libre de choisir son parti (UDC, MCG, PS etc...). Chaque électeur est libre de s'exprimer comme il le souhaite, sans être insulté, culpabilisé ou dénigré par des propos déplacés.

Si M. Trump échoue lors de son mandat, les américains auront la possibilité d'élire un autre président dans 4 ans, C'est le jeu de la démocratie.

Tous ces commentaires sur cette élection me font penser à un sale gamin qui fait sa crise car il n’accepte pas de perdre et qui veut absolument rejouer jusqu’à ce qu’il gagne.

Pour exprimer vos critiques concernant M. Trump et son gouvernement vous aurez quatre ans, donc attendez que Trump se mette en place avant de faire des remarques déplacées et pour le moment sans fondement.

Écrit par : Boccard | jeudi, 19 janvier 2017

Répondre à ce commentaire

J'y suis. Comme vous, d'ailleurs.

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 19 janvier 2017

Répondre à ce commentaire

Bobo 1er aurait donc préféré l'élection de Clinton et une guerre contre l'Iran. Clinton qui avait auparavant voté la guerre (illégale) contre l'Irak. Félicitations pour votre choix, Bobo 1er, vous préférez la guerre.

Écrit par : Justice | jeudi, 19 janvier 2017

Répondre à ce commentaire

Je ne sais pas ce qu'aurait préféré Bobo Ier, mais moi j'aurais préféré une élection de Bernie Sanders. Une autre question aussi intelligente à laquelle répondre ?

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 19 janvier 2017

Répondre à ce commentaire

... et si possible signée un peu plus courageusement que d'un pseudo ? Oui, je sais, je demande l'impossible -mais le possible est sans grand intérêt...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 19 janvier 2017

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.