dimanche, 01 janvier 2017

Fin (enfin) d'une année de merde


De Profundis

On ne regrettera pas l'an de disgrâce 2016. Et on ne changera pas non plus de calendrier pour l'extirper de nos mémoires embuées par le champagne et embourbées dans le foie gras des libations de fin d'année. 2016, année de Trump, de Poutine, du Brexit, de la Syrie exsangue... Dies Irae ? Dies, on a comme un doute, mais irae, certainement. De Profundis, en tout cas. Et puis quoi ? Cette année morte n'est ni la première ni la dernièr, que scandent nos défaites. Nous avons survécu aux autres, nous survivrons à celle-là. Nous ne sommes pas résignés, nous sommes patients. Et nous avons de la mémoire.


chut je rêve.jpg"Mais il faut oser, puisque (...)" (Sappho)

On n'a donc pas fait la révolution en 2016. Nulle part. Sauf évidemment à considérer l'hypothèse de révolutions réactionnaires sorties des urnes. Peu importe, d'ailleurs : si depuis la Commune de Paris toutes les révolutions que nous pouvons honorer comme telles ont fini par échouer ou par accoucher de leur contraire, leur répression ou leur trahison n’ont vaincu que pour un temps, la Révolution a survécu aux révolutions triomphantes et les forces révolutionnaires aux révolutionnaires au pouvoir. Partout, et à chaque fois que les révolutions furent défaites sont nées de leur défaite même de nouvelles volontés révolutionnaires, un nouveau désir de révolution. La révolution est moins une vieille taupe qu’un phénix sans âge. Jamais le déroulement de l’histoire n’est conforme aux volontés de ceux qui croient la faire mais sont faits par elle, ne faisant que la suivre, feignant d’être les organisateurs de cette chose qui les dépasse. Les dirigeants sont dirigés, les leaders sont conduits, les chefs suivent, et le divorce est absolu entre le discours sur la réalité et la réalité elle-même : si celle-ci ne semble pas se venger de celui-là, c’est qu’elle est trop occupée à en rire.

La révolution est à faire, ou à refaire, mais elle est surtout, et d’abord, à réinventer, pour la débarrasser du césarisme et du machiavélisme, c’est-à-dire de l’obsession du pouvoir. Il ne s’agit plus, s’il s’est jamais agi, de prendre le pouvoir, mais de le casser. Il y faut un projet ne concernant plus seulement, ou plus du tout, la prise du pouvoir central d’Etat, mais la subversion de tous les aspects du vécu individuel et collectif, le franchissement de toutes les lignes de fracture entre la possibilité offerte à la vie et les limites dans lesquelles les normes sociales la contiennent.

"Mais il faut oser, puisque..." (Sappho) : les causes perdues sont les seules qui vaillent que l’on se battent pour elles. Nous ne devons aucune loyauté aux vainqueurs, aucun respect aux « gagnants », et n’avons à leur obéir qu’avec la ferme intention de les trahir et le constant sentiment de les mépriser. Seuls les perdants peuvent être magnifiques.

C'est promis : en 2017, on fait la révolution. Ou pas.
Bonne année 2017...

19:09 Publié dans De tout un peu, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : révolution, socialisme | |  Facebook | | | |

Commentaires

Excellent billet ! alors souvenons nous qu'une année à 13 lunes noires n'est jamais de bon augure d'autant quand le mois de février a 29 jours
A croire que nous avions été propulsés en Sibérie ou quand tout va bien il est important de prévoir l'ennui qui ne saurait tarder
Rester éternellement sur ses gardes face à une météo vraie semeuse d'embrouilles à elle seule /parole d'un bucheron parti œuvrer dans cette région
La prochaine année bissextile étant en 2026 toujours en compagnie des 13 lunes noires alors sachons anticiper les ennuis surtout s'ils sont d'ordre sanitaire comme les écoulements d'éviers et les conduites de gaz
Imitons nos anciens toujours les oreilles aux aguets pour débusquer le moindre petit bruit qui doit alerter
Bonne année 2017 pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | lundi, 02 janvier 2017

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C'est le pari de Pascal? Pile je perds mais je suis magnifique. Face, je perds et je suis aussi magnifique. Qu'est-ce que la victoire? un moment d'écrasement de la concurrence ou un moment d'espoir pour redonner goût à la vie et couleurs à nos idéaux meurtris? C'est une victoire tous les matins quand j'ai su triomphé du cynisme que la société d'abondance veut m'inculquer pour que j'achète encore mon droit au narcissisme. C'est une victoire tous les matins quand mon intelligence continue le combat pour dénoncer les mensonges et les guerres abjectes que nous nous faisons.

Mais c'est une défaite permanente quand la solitude triomphe et que nos idées ne sont pas appréciées de la majorité pour prendre la route de la révolution populaire et collective... On s'encourage, Pascal. Peut-être qu'effectivement il y aura une révolution des consciences, des idées, ainsi que de nos modes de consommation et que le romantisme reviendra, tel Don Quichotte, prendre toute la place qu'il mérite au sein des coeurs et des peuples humains.

Écrit par : pachakmac | lundi, 02 janvier 2017

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Quelle logorrhée !!! Vous commencez bien l’année M. Holenweg ! Décréter que l’année qui finit fut une année de « … ». Tout dépend. Pour ceux qui ont dû fuir la guerre, les persécutions et la misère, certainement. Mais, pour ceux qui ont rencontré l’Amour, 2016 ne sera pas une année de disgrâce, mais leur Panthéon de bonheur.
« Cette année morte (qui) n'est ni la première ni la dernière… » dévoile peut-être que votre âme morte ou amère, et que vous vous consolez de menus triomphes en rêvant depuis votre canapé d’une révolution à venir, pas réactionnaire (évidemment !!!), mais de LA vraie révolution « à faire, ou à refaire, mais […] d’abord, à réinventer, pour la débarrasser du césarisme et du machiavélisme ». Vous êtes impayables M. Holenweg ! Allez, bonne année !

Écrit par : Michèle Roullet | mardi, 03 janvier 2017

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J'abhorre ceux qui veulent faire mon bien malgré moi ou qui s'appliquent à me convaincre de la validité de leur cause. Qu'ils fassent partie des gagnants (l'establishment) ou des perdants (les éternels révoltés). Car ils ont tous forcément tort, ne serait-ce que par la limitation de leur savoir et des informations dont ils disposent.
Tout ce que je demande, c'est qu'on me foute la paix et qu'on me laisse vivre ma vie d'homme comme je l'entends.
Et pour la question du vivre ensemble, eh bien j'attendrai patiemment que la démocratie liquide s'impose et reflète plus valablement les préoccupations du plus grand nombre.
Je finirai comme mon vieux, à regarder les infos du 19.30 en me marrant avant d'aller me coucher.

Écrit par : Pierre Jenni | mercredi, 04 janvier 2017

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