jeudi, 08 décembre 2016

Week-end prolongé du Conseil Municipal de Genève

droite-gauche.jpgAffres budgétaires rituelles

Samedi, dès 8 heures du matin et peut-être jusqu'à minuit, et si on y a pris goût (quand on aime on ne compte pas), encore lundi soir et jusqu'à mardi matin, le Conseil municipal de la Ville de Genève va s'attaquer à son exercice rituel favori : l'examen du projet de budget présenté par le Conseil administratif (et que la majorité de droite dilatée -MCG, UDC, PLR, PDC) a fait refuser (à une voix de majorité) par la Commission des Finances. On ne préjugera pas du résultat de cette nuit des petit couteaux suisses (avec tire-bouchon), et on ne sait pas si on en sortira avec un budget 2017 ou avec la reproduction du budget 2016 (il était bon, c'était le nôtre) découpé en tranches mensuelles. Ce qu'on sait déjà, c'est qu'incapable de proposer un budget alternatif à celui proposé par le Conseil administratif, la droite dilatée va essayer, en coupant n'importe quoi n'importe où dans le budget, de se donner au moins l'apparence d'exister, face à un Conseil administratif à 80 % de gauche, où elle ne réussit pas à faire élire un ou une deuxième représentant-e de ses partis, et où le seul représentant (PDC) de droite ne doit peut-être d'y être qu'au renoncement de la gauche à présenter cinq candidatures.


On va passer un bon week-end : il nous sera payé

Un préalable s'impose (parce que la réalité l'impose) si l'on discourt du budget de la Ville de Genève : si ce n'est que d'un budget municipal dont on parle, sur le 1,1 milliard de ce budget, il y a 660 millions de charges avec "débordement", c'est-à-dire ayant effet au moins partiellement hors des limites de la commune. Et ce sont 291 millions de charges que la Ville assume pour la population d'autres communes. Le territoire est, là, plus fort que le budget, et c'est la géographie humaine qui impose sa loi : quoi que décident les parlements municipaux et cantonaux, la Ville de Genève est le centre de la région genevoise, et si elle n'héberge "que" 200'000 des 500'000 habitants du canton, c'est le million d'habitants de la région qui, pour quelque raison que ce soit, a affaire avec elle, et bénéficie de ses prestations : elle assure la plus grande partie de l'offre culturelle, et une grande partie de l'offre sportive, de toute cette région -une région dont on ne cessera de rappeler que les municipalités sont les seules entités communes à la Suisse et à la France, à Genève, Vaud, la Haute-Savoie et l'Ain, et dont les villes regroupent la majeure partie de la population...  à commencer par celle de Genève, mais s'en s'y arrêter : ainsi Annemasse est-elle la "troisième ville genevoise", avec près de 35'000 habitants, juste après Vernier.

La gauche municipale va défendre contre la droite le projet de budget du Conseil administratif, tel qu'il l'a lui-même amendé pour, notamment, renforcer les moyens de l'action et des aides sociales, et ceux de la solidarité internationale. Tous engagements sociaux et solidaires qui n'ont évidemment rien pour enthousiasmer la droite et l'extrême-droite -on est d'ailleurs curieux de voir et d'entendre comment le PDC va se dépatouiller de la contradiction entre ses discours humanistes et son intégration dans la droite dilatée. L'exercice de rabotage indistinct auquel cette droite s'était livrée sur le budget 2016 de la Ville, avec comme sanction une baffe en vote populaire, elle l'avait posé comme un prélude : elle veut couper au moins 50 millions de francs dans les dépenses de la Ville. Or elle ne peut y arriver qu'en éliminant des services entiers, en supprimant des prestations à la population et en s'attaquant au statut du personnel. Le projet de budget présenté par le Conseil administratif est légèrement bénéficiaire, mais surtout, il veut maintenir le service public, les prestations, les droits du personnel, les moyens de la politique sociale, culturelle, environnementale et sécuritaire de la Ville. Insupportable prétention, à laquelle la droite coagulée entend répondre comme elle peut. En coupant ici et là. Et en discourant sur la grande catastrophe qui guette, à l'entendre, les finances de la Ville. Et qu'elle annonce (et prépare d'ailleurs elle-même) depuis des années. Mais qui s'obstine à ne faire que guetter.

Le projet de budget présenté par le Conseil administratif n'est certes pas parfait (qui demande à un projet de budget de l'être ?), mais on peut s'en satisfaire et le soutenir, comme on s'est satisfait et comme on a soutenu (et fait soutenir par le peuple) le projet de budget 2016, dans la mesure nécessaire et suffisante où il remplit des conditions essentielles : le maintien des prestations (prestations sociales et culturelles, institutions, activités culturelles, lieux de créations et lieux de représentations) et le maintien des droits du personnel.

Dans le domaine de la culture, le projet maintient une ligne politique de pluralisme des lieux, des domaines et des expressions. Le choix de la Ville de Genève de passer d’une politique culturelle (celle qui avait cours jusqu'à la fin des années soixante) où la Ville défendait une culture officielle, à une politique culturelle de pluralisme (des lieux, des expressions, des contenus culturels, et des fonctionnements des lieux que l’on soutient) est assumé depuis les années 1970’ aussi bien par les exécutifs et délibératifs de droite que ceux de gauche (c'est d'ailleurs sous un magistrat PDC, René Emmenegger, que ce virage avait été pris). On rappellera au passage que le champ culturel et le champ de la solidarité sociale, ce sont des milliers d'emplois à Genève...

S'agissant des subventions relevant de la politique sociale, puisqu'elles pourraient bien se retrouver dans le colimateur de la droite dilatée, il n'est hélas pas inutile de rappeler que le secteur associatif est le dernier rempart de la solidarité sociale : c'est lui qui "bouche les trous" de la politique sociale, qui comble les manques et les lacunes des engagements de la Confédération, des cantons et des communes. Et lorsque ces collectivités publiques réduisent leurs engagements en réduisant les budgets qui les financent, c'est le secteur associatif qui tend le dernier filet protecteur. Si ce secteur est lui-même victime de ces coupes, il n'y a en dessous de lui plus rien pour garantir un minimum de respect d'un minimum de droits sociaux pour les plus précarisés. Plus rien que la charité. Or c'est de solidarité dont il doit s'agir, pas de charité. Quand une structure associative doit, parce que son budget a été réduit, réduire sa disponibilité horaire, réduire ses moyens humains, réduire les aides qu'elle peu apporter, ce n'est pas cette structure qui est la victime des coupes : ce sont celles et ceux qu'elle aide, et qui sont de plus en plus nombreux à en avoir besoin alors même que les moyens nécessaires à cette aide sont réduits par des coupes budgétaires en cascade : fédérales, cantonales, municipales.

Voilà le menu de notre samedi, et peut-être de notre nuit du lundi au mardi. Souhaitez-nous au moins de passer un bon week-end, surtout s'il se prolonge. De toute façon, même si on n'arrive à rien, ou à un budget foireux, le temps qu'on y aura passé nous sera payé : on touchera chacun-e au moins 1000 balles de jetons de présence physique (les absences intellectuelles ne sont pas déduites). Et on les touchera en bon argent, pas en bons.
Faut pas mélanger les torchons des pauvres avec les serviettes des élus.

15:49 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : budget, ville de genève | |  Facebook | | | |

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