vendredi, 02 décembre 2016

Tarifs des transports publics genevois : on va voter ("non")

tram2.jpgLe 23 septembre dernier, le Grand Conseil genevois avait voté une hausse des tarifs des transports publics genevois, faisant assumer par les usagers huit millions supplémentaires par an pour développer une offre que la même majorité, la direction des TPG et le Conseil d'Etat avaient préalablement réduite par refus d'augmenter la subvention cantonale à la régie publique.  Bref, le "développement de l'offre" qui est supposé justifier la hausse est en grande partie un simple rattrapage de sa réduction punitive passée. Le PS et Ensemble à Gauche avaient présenté au parlement cantonal une proposition de compromis, consistant à alléger la charge pour les usagers (sans la supprimer, mais en la faisant passer de huit à trois millions de francs par an), en échange d'une augmentation de cinq millions de francs de la subvention cantonale. Même le MCG avait soutenu cette proposition... mais pas les Verts... Et dans quelques années, une nouvelle hausse des tarifs sera proposée, justifiée par la mise en service du CEVA, mais consistant toujours à faire payer par les usagers la mise de l'offre au niveau de besoins croissants. Pendant quoi, les partisans de ces hausses continueront sans doute à se gargariser de beaux discours sur le développement des transports publics et de la mobilité douce. En attendant, un référendum a été lancé contre la dernière hausse décidée par le parlement, il a abouti, avec plus de 10'000 signatures. On votera donc, sans doute en mai 2017, pour dire ce qu'on pense d'un refus de donner aux TPG les moyens de leur développement en le finançant par le budget cantonal (voire les budgets municipaux) plutôt qu'en taxant les usagers, tout en invitant celles et ceux qui n'en usent pas encore à user des transports publics pour se déplacer en zone urbaine et péri-urbaine... comme si une augmentation des tarifs des transports publics allait les y inciter...


"Il nous faut passer de la circulation comme supplément du travail à la circulation comme plaisir" (Guy Debord)

Par deux fois, en 2013 puis en 2014, les Genevois et voises ont accepté une initiative de l'AVIVO et donné au parlement cantonal la compétence de voter les tarifs des TPG sous forme d'une loi -et donc donné au peuple la possibilité de contester ces tarifs par voie de référendum. C'est ce qui vient d'être fait, pour maintenir les tarifs des transports publics genevois à leur niveau actuel. Et pour faire financer les améliorations proposées de l'offre et des services par la source la plus simple, la plus équitable et la plus sûre : la subvention publique. Or pour punir les usagers d'avoir voté une initiative qui leur déplaisait fort les majorités politiques (parlementaire et gouvernementale) et administrative (au sein du Conseil d'administration des TPG) ont laissé filer, à la baisse, les moyens dont dispose la régie : 10 millions de moins par an. Ce n'est pour l'essentiel qu'un rattrapage de la dégradation de l'offre et des services qui est aujourd'hui proposé -mais en le faisant payer aux usagers, et en appliquant à une régie publique des critères financiers qui sont ceux d'entreprises privées.

Si la hausse des tarifs est refusée, "c'est une catastrophe qui s'annonce", et on se serait "tiré une balle dans le pied", clame le Conseiller d'Etat Barthassat, qui menace en ce cas de "réduire encore davantage l'offre des TPG". Piètre chantage (que le même Barthassat désarme d'ailleurs en annonçant que plusieurs des améliorations prévues entreront en vigueur ce mois déjà, alors qu'on ne votera sur l'augmentation des tarifs qu'en mai prochain). Et puis, les moyens financiers de l'adaptation de l'offre aux besoins, Genève les a : il y a quelques mois, en votation populaire, les Genevois ont accepté de réduire les déductions fiscales possibles au titre des frais de transports. Beauté de la négation de la négation : cette réduction des déductions amènera 28 millions de plus dans les caisses publiques. De quoi largement compenser le "manque à gagner" soit-disant imposé aux TPG par le peuple (à qui les majorités parlementaires, gouvernementales et administratives veulent faire payer cette impudence) lors des derniers votes sur les tarifs de la régie. Et de quoi aussi financer les améliorations proposées, notamment dans la desserte des sites hospitaliers, du Mandement et des gares. Car si les Genevois ont voté deux fois une baisse des tarifs, ils n'ont jamais voté la baisse des prestations qui leur a été imposée.

Le même Luc Barthassat qui menace de dégrader l'offre et les services des TPG si la hausse des tarifs n'était pas acceptée par le peuple, propose aux automobilistes la "circulation alternée sur une base volontaire" (utiliser, si on veut bien, sa bagnole un jour sur deux en fonction de son numéro de plaque). On a mieux à lui suggérer : une hausse des tarifs "sur une base volontaire". Voire même, de ne payer son bus et son tram que sur une base également volontaire (ce que pour notre part nous faisons d'ailleurs déjà). Le volontariat, c'est l'avenir. Comme d'ailleurs la gratuité des transports publics (nous l'avons proposée au Conseil municipal de la Ville de Genève, pour les "lignes de quartier" intramuros...). La gratuité, en effet, est le mode le plus simple et le plus égalitaire de définir un tarif. Dans le cas des transports publics, on en finit avec les différenciations de billets et d'abonnements, les tarifs réduits, les demi-tarifs, les tarifs pour brefs parcours. On en finit aussi avec les coûts liés aux automates distributeurs de billets, à leur achat ou leur location, à leur entretien, à leur réparation. On en finit enfin avec le coût des contrôles, de la perception des amendes, du recouvrement des amendes impayées. On fait assumer le coût des transports publics par les caisses publiques, c'est-à-dire par l'impôt (en sus de recettes additionnelles, comme la publicité ou la location de services ou de matériel) et on cesse de faire payer deux fois les usagers : une fois en tant que contribuables, une deuxième fois en tant qu'usagers.

"Il nous faut passer de la circulation comme supplément du travail à la circulation comme plaisir", prônait Guy Debord. On en est encore à la circulation comme supplément du travail -un supplément qu'on fait payer, comme s'il était un luxe, et ni un droit, ni une nécessité. C'est de cela aussi, de cette forme de racket,  que la gratuité des transports nous ferait sortir.

20:39 Publié dans Genève, Transports, votations | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : tpg | |  Facebook | | | |

Commentaires

Ce qui me fait marrer c'est que bien souvent ceux qui sont pour la gratuité des transports publiques sont aussi pour la taxe sac poubelle, voir la fin de la levée des ordures par la voirie.

Et bien même combat: Pollueurs payeurs. Vous faite rouler des bus et trams pour vos déplacements, alors il faut raquer !

Écrit par : Eastwood | samedi, 03 décembre 2016

Mais tout le monde raque déjà, par les impôts. La billetterie et les abonnements, cela signifie faire raquer deux fois les usagers des transports publics : une fois en tant que contribuables, une deuxième en tant qu'usagers. Et c'est d'autant plus stupide que pour les faire raquer, on va bientôt dépenser plus que ce que rapporte ce qu'on exige d'eux...
A quoi s'ajoute qu'à Genève, des centaines (au moins, voir des milliers) de personnes ont le privilège de se voir offrir des abonnements TPG gratuits... dont les députés, les conseillers d'Etat, les conseillers municipaux et les conseillers administratifs qui s'opposent à la gratuité... mais pas quand on la leur accorde à eux...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 03 décembre 2016

"dont les députés, les conseillers d'Etat, les conseillers municipaux et les conseillers administratifs qui s'opposent à la gratuité..."
Ils doivent gagner du temps pour donner des leçons de civisme.

Écrit par : Mère-Grand | samedi, 03 décembre 2016

quand on sait que plusieurs dizaines de milliers de personnes ne paient pas d'impôt cela me semble exagéré de dire qu'il suffit de financer les tpg par l'impôt ! Mais c'est clair que la situation des finances genevoises permet de tout financer. De plus ce sont les même qui hurlerons si, la gratuité acquise, on licencie les contrôleurs, le personnel d'entretien des distributeurs et autres techniciens (ce qui ne serait que logique, non?)

Écrit par : uranus2011 | samedi, 03 décembre 2016

Tout le monde paie au moins un impôt (indirect). Quant à l'état des finances genevoises, il permet largement de financer (canton et communes ensemble) des TPG gratuits. Et pas besoin de licencier qui que ce soit : on réaffecte...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 03 décembre 2016

question transport, coûts & crédibilité, quid du bouclage CFF/WEIBEL?


sachant que vous avez voté à l'unanimité pour rejeter le projet Weibel
reste à savoir ici quel est le réel projet/but de votre parti/part?

car là, vous/votre parti, avez perdu votre dernier penny
(en tous cas de mon côté - électeurs suisses)

Écrit par : divergente | samedi, 03 décembre 2016

"on va bientôt dépenser plus que ce que rapporte ce qu'on exige d'eux..."
Le coût, à divers niveaux (notamment le coût en personnel), engendré pour faire fonctionner des institutions qui doivent faire du profit, doit certainement soigneusement mis en balance par rapport à ces profits. Je ne sais pas si c'est toujours fait et toujours souhaitable, en tout cas souhaité: la découverte que le bénéfice est inexistant ou négligeable pourrait bien poser de nombreux problèmes, dont celui de la réaffectation de tous ceux qui font fonctionner l'institution, que vous mentionnez, surtout de ceux qui sont à la tête de la hiérarchie.

Écrit par : Mère-Grand | samedi, 03 décembre 2016

@ Mère-Grand, savez-vous que la dépense engagée par les élus signataires de cette législature s'ajoute à la dette abyssale devant être payée par nos impôts et ceux de nos enfants, suite au refus du projet Weibel, pour dépasser de x milliard de CHF une bulle que ni vous ni nous ne pouvons assumer?

PS. on a remarqué ce plaisir d'échanges enduits de flatuosités avec la finnoise Calendula, prof d'allemand à ses heures, sur les questions généralistes de l'enseignement du français par cette Calendula, qui se situe en tant que mentor de l'enseignement genevois.

Écrit par : divergente | samedi, 03 décembre 2016

@divergente
Le projet Weibel m'a paru très intéressant. Je n'ai pas lu de réfutation détaillée des arguments qu'il a avancés et je reste donc aussi sur un sentiment de malaise, si je peux utiliser cet euphémisme lorsque des sommes si énormes sont en jeu.

Écrit par : Mère-Grand | dimanche, 04 décembre 2016

Votre billet illustre à mon avis assez bien le décalage entre le politique et l'évolution technologique.
Plusieurs éléments devraient déjà être pris en compte pour définir les stratégies de mobilité urbaine :
- Les transports publics sont saturés aux heures de pointe;
- Le réseau n'est pas extensible à volonté, la voirie est contrainte;
- Le prix du train est plus élevé que celui de la voiture, même avec pour seul passager son conducteur;
- Les transports individuels motorisés sont de plus en plus écologiques;
- Les véhicules autonomes devraient permettre la réduction spectaculaire des accidents de la route;
- Le télétravail permet d'effectuer des tâches depuis chez soi ou en mouvement dans un véhicule autonome qui devient un bureau tout confort;
- Le développement des drones permet déjà le transport de personnes;
- L'individualisme et la singularité sont des conditions de la créativité;
- Les transports publics sont des bétaillères;
- Les transports publics ne permettent pas d'aller d'un point A à un point B;
- Les transports publics ne sont pas rentables...

La liste pourrait être encore longue, mais vous aurez compris ma démarche qui consiste à dire que les solutions ne viendront pas du politique qui a toujours un train de retard et qui fonctionne dans la réaction. Les quelques visionnaires font peur et n'ont aucune chance d'être élus par une population qui à besoin d'être rassurée.
Au final, je comprends l'impatience des sociétés disruptives mais je salue la prudence des autorités pour limiter les dégâts qu'elles provoquent par leur attrait du profit spectaculaire et rapide permis par des vides juridiques dans lesquels elles s'engouffrent sans état d'âme.

En fait, pour moi c'est ça la politique. Limiter les dégâts. En tous cas à gauche. Parce que à droite, c'est plutôt l'inverse.

Écrit par : Pierre Jenni | mardi, 06 décembre 2016

Le traitement des projets Weibel est une véritable caricature de notre ploutocratie. Un jour ces scandales viendront au grand jour et tous nos représentants seront égratignés. Même Pascal Hollenweg. Car le silence est toujours complice.

Écrit par : Pierre Jenni | mardi, 06 décembre 2016

Actualisation des travaux sur la mobilité en milieu urbain. us2.co/_m0b1lity

Écrit par : Pierre Jenni | mercredi, 07 décembre 2016

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