mercredi, 26 octobre 2016

Production nucléaire d'électricité : C'est quand qu'on sort ?

Goesgen.JPGSelon deux sondages, l'un effectué par l'institut Gfs l'autre par Tamedia, l'initiative des Verts "pour la sortie programmée de l'énergie nucléaire" s'attire actuellement la sympathie d'une majorité d'électrices et d'électeurs (respectivement 57 et 55 % de "oui"), surtout en Romandie et à gauche (mais également chez les Verts libéraux, au PBD et au PDC, dont le groupe parlementaire l'avait pourtant rejetée à l'unanimité, et dont la Conseillère fédérale Doris Leuthard fait campagne pour le "non". Rien toutefois n'est acquis un mois avant le vote : en septembre, une initiative pour une "économie verte", qui avait recueilli jusqu'à 61 % d'avis favorable dans les premiers sondages, était écrasée par 63,6 % des suffrages, et Genève était le seul canton à l'accepter. Sans surprise, c'est l'électorat du PLR et de l'UDC qui est le plus opposé à l'initiative antinucléaire -et ce sont d'ailleurs le PLR et l'UDC, avec les milieux patronaux et, évidemment, les exploitants des centrales existantes et le lobby nucléaire, qui mènent la campagne la plus ardente contre la fermeture programmée des centrales nucléaires suisses. Dont la plus vieille encore en service dans le monde : le réacteur 1 de la centrale nucléaire argovienne de Beznau a été raccordé au réseau il y a plus de 46 ans, et la Suisse est le seul pays où une centrale en activité ait atteint un âge aussi avancé.... Dis Tonton, c'est quand qu'on en sort, de la production nucléaire d'électricité... ben, le plus vite sera le mieux...



 "L'utopie, c'est la seule réalité" (Elisée Reclus)

L'initiative pour une "sortie programmée de l'énergie nucléaire" demande l'arrêt des centrales nucléaires suisses dès 2017 pour celles de Mühleberg et Beznau, d'ici 2024 pour celle de Gösgen et d'ici 2029 pour celle de Leibstadt. Une sortie "programmée" et échelonnée du nucléaire, donc, et pas cette "chute immédiate de la production d'électricité" que prédit (sans, espérons-le pour sa capacité de discernement, y croire) et dont fait mine de s'alarmer dans "Le Temps" la Conseillère d'Etat PLR vaudoise Jacqueline de Quattro. La Conseillère fédérale Doris Leuthard, plus raisonnable dans son argumentation d'opposante (comme le Conseil fédéral lui-même, et comme la majorité du parlement), à l'initiative, a même la main un contre-projet indirect, adopté par les Chambres : la "Stratégie énergétique 2050", qui programme le passage du nucléaire aux énergies renouvelables d'ici 2050 -vingt ans après que la dernière centrale aurait été fermée si l'initiative verte était acceptée. Mais même cette sortie plus prudente, et plus éloignée, est combattue par la droite de la droite : ainsi, l'UDC n'est-elle pas seulement opposée à la sortie programmée du nucléaire, elle l'est même à toute nouvelle politique énergétique autre que celle héritée des années soixante du siècle dernier. Annonçant que son parti lançait un référendum contre la "stratégie énergétique 2050" proposée par le Conseil fédéral et la majorité du parlement, le président de l'UDC, Albert Rösti, a prédit que ce projet "nous entraînerait dans une économie planifiée qui nous rappelle le communisme". Rien que ça. Pour Lénine, le communisme, c'était "les Soviets plus l'électricité". Pour Rösti, le communisme, c'est "le Conseil fédéral plus le solaire". On progresse, on progresse...

Sortir du nucléaire le plus rapidement possible relèverait de l'utopie, nous serinent les adversaires de l'initiative ? "L'utopie, c'est la seule réalité"  répond Elisée Reclus : chaque année supplémentaire de fonctionnement des centrales nucléaires coûte à la collectivité (et donc aux habitants du pays), et le coût d'un démantèlement rapide, comme proposé par l'initiative des Verts, n'est rien comparé au coût d'un fonctionnement pérennisé, et du coût du traitement des déchets (et là, la mesure du temps passé à payer ne se fait pas en années, mais en siècles...). Il y a longtemps que la production nucléaire d'électricité n'est plus rentable -et on ne vous parle même pas du coût qu'aurait un possible accident nucléaire (jusqu'à l'équivalent de dix ans de produit intérieur brut...). Possible, un accident nucléaire, en Suisse ? Meuh non, voyons, pas chez nous, chez les autres, oui, mais pas chez nous, nos centrales nucléaires sont parfaites, leur sécurité absolue... pas comme les centrales soviétiques, genre Tchernobyl... comme les centrales japonaises, genre Fukushima, alors ?

14:42 Publié dans Développement durable, Environnement, Suisse, votations | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écologie, énergie, centrales nucléaires | |  Facebook | | | |

Commentaires

Ce qui m'énerve prodigieusement dans cette discussion c'est cette menace de la répercussion des coûts faramineux du démantèlement sur les citoyens puisque les grands groupes d'électricité sont détenus majoritairement par des organes d'Etat.
Comment est il seulement concevable de n'avoir pas budgétisé dès leur entrée en fonction, lorsqu'elles généraient des profits conséquents, les coûts connus du démantèlement.
Et on ne parle même pas des déchets, car là c'est tellement grave qu'on n'ose même plus en débattre. Nous sommes mis devant le fait accompli de l'impossibilité de s'en débarrasser en laissant aux prochaines générations ce fardeau.

Écrit par : Pierre Jenni | mercredi, 26 octobre 2016

Beeen oui M. Jenni, l'anticipation n'est pas le fort de tous les gouvernement en général, mais la Suisse fait fort dans le domaine.

Écrit par : Le Tigre | lundi, 31 octobre 2016

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