jeudi, 20 octobre 2016

Consommer 7 jours sur 7, pourquoi ?

supermarche.jpegOuverture dominicale des magasins : on vote (contre) à Genève
 
Le 27 novembre, on votera à Genève sur une initiative populaire interdisant toute ouverture dominicale des magasins (sinon celles déjà autorisées dans les gares, les aéroports, les stations-service ou dans les zones dites touristiques), initiative à laquelle est opposé un contre-projet autorisant une ouverture trois dimanches jusqu'à 17 heures, avec l'obligation de respecter une convention collective, étendue à l'ensemble du secteur (si la convention est résiliée, l'autorisation d'ouverture dominicale tombe). Le contre-projet autorise également, et sans autre restriction que celle, minimale, du respect des usages professionnels, l'ouverture des magasins le 31 décembre (jour férié à Genève). Ce compromis, négocié entre le Conseil d'Etat et les syndicats, et amendé par le PS et le MCG, la droite n'en voulait pas : pour elle, il allait trop loin en direction des exigences syndicales (et s'éloigne donc trop des exigences patronales). Ici, on soutient l'initiative et on ne refuse pas un compromis qui forcerait au respect d'une convention collective. Mais surtout, on persiste à se poser la question : à quel besoin, et même à quelle utilité, répondrait une ouverture dominicale plus fréquente des magasins ? A une irrépressible pulsion consumériste ?


 "L'homme qui détruit les marchandises monte sa supériorité humaine sur les marchandises" (Internationale Situationniste)

L'initiative genevoise contre toute ouverture dominicale supplémentaire avait été lancée par les syndicats en réponse à une modification de la loi fédérale, impulsée par la droite pour permettre les ouvertures dominicales, nocturnes et les jours fériés dans les zones touristiques (et il se trouve que Genève pourrait en être une). L’initiative exclut que les magasins situés dans ces zones bénéficient d’une autorisation automatique d’employer des salarié-e-s le dimanche,  sans garantie sur leurs conditions de travail. La loi fédérale actuelle permet d'ailleurs déjà quatre ouvertures dominicales par an, n'importe où en Suisse. Et c'est largement suffisant pour couvrir les besoins de la clientèle, si ce n'est pas suffisant pour rassasier les envies des grands magasins et des grandes chaînes. Ce sont eux et elles, et leurs porte-paroles politiques, qui depuis des années tentent de faire sauter le verrou dominical. Contre la volonté de leurs salariées salariés : 96 % des salariés de la branche, consultés par Unia, se sont prononcés contre une extension des heures d'ouverture des magasins. Les syndicats demandent par ailleurs une convention collective nationale de travail pour le commerce de détail, l'un des secteurs où la protection des travailleurs est la plus faible, et où les horaires et les temps de travail sont déjà suffisamment pénibles (travail tard le soir, travail sur appel) pour ceux qui y sont astreints pour qu'on évite de les rendre plus pénibles encore. C'est cette exigence que remplirait le contre-projet à l'initiative genevoise, si elle était acceptée. Et cela suffit pour que l'on soutienne à la fois l'initiative et le contre-projet.

Quant aux consommateurs, ils n'ont déjà aucun difficulté à trouver des magasins, petits, moyens ou grands, ouverts à des heures et des jours auxquels ils peuvent s'y rendre : dans les grandes villes, et dans de nombreuses autres localités, les produits de première nécessité sont déjà disponibles sept jours sur sept, souvent 24 heures sur 24. Et l'achat de toutes les autres marchandises peut être planifié  sur d'autres jours qu'un dimanche : la loi n'a pas à répondre aux pulsions consuméristes, et à assurer leur satisfaction en permanence, elle a à répondre aux besoins réels, et elle y répond déjà plus que largement. Et puis, il n'est tout de même pas inutile que presque tout le monde ait congé le même jour de la semaine : le "vivre ensemble" n'est pas qu'une formule rhétorique, et l'ouverture quasi permanente des centre commerciaux n'a rien d'un progrès.

L'argument de la motion PDC à l'origine du projet de loi fédérale était simple : il faut ouvrir plus longtemps les magasins en Suisse pour éviter que les clients aillent faire leurs achats à l'étranger, "tourisme consumériste" qui serait accentué par la force du franc comparé à l'euro. Or d'une part, les heures d'ouverture des magasins n'ont aucune influence sur le prix des marchandises vendues en Suisse comparé à leur prix hors des frontières alors que c'est cette différence de prix qui est la principale motivation du tourisme d'achat, d'autre part la tentation d'aller faire ses achats à l'étranger ne concerne guère que les zones frontalières, et enfin un allongement des heures d'ouverture des commerces ne profite  qu'aux grandes surfaces et aux chaînes (la Migros et la Coop en tête), les petits commerçants locaux qui actuellement suppléent aux restrictions d'horaires voyant, eux, leur chiffre d'affaire siphonnés par les grandes surfaces -qui n'ont certainement pas besoin de cela pour "tourner"... C'est d'ailleurs le patron de la Migros, Herbert Bolliger, qui a carrément proposé une libéralisation totale des horaires d'ouverture des magasins, qui devraient être libres de décider de leurs horaires, en fonction de la demande des consommateurs. Et les vendeuses et les vendeurs libres de ne pas avoir à bosser le soir, la nuit, le dimanche et les jours fériés ?  Faut pas déconner, quand même : les travailleurs et les travailleuses, ça doit travailler. Même le dimanche. Et les consommateurs consommer. Même le dimanche. Non mais.
Elle est pas belle, la vie ?

20:11 Publié dans Commerce, Economie, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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