lundi, 26 septembre 2016

Echec de l'initiative "AVS+" : L'assurance avant les assurés ?

AVS, 2e PilierOn attendait mieux qu'une défaite honorable, mais on s'en contentera -pour l'instant. L'initiative syndicale "AVS+", pour une augmentation des rentes de l'AVS, a été rejetée à 59,4 %. Et donc acceptée par un peu plus de 40 % des votantes et tants. 40 %, c'est plus que ce que la gauche pèse dans ce pays -et l'initiative a tout de même été acceptée à Genève, Neuchâtel, dans le Jura, le canton de Vaud et au Tessin. Et presque acceptée à Bâle. Mais si on votait sur l'initiative syndicale, on exprimait ce vote en pensant non seulement au contenu de l'initiative, mais aussi à tout ce que trimballent les débats en cours sur le système de retraite. On votait sur une hausse de 10 % des rentes AVS en pensant à la réforme "Prévoyance Vieillesse 2020" proposée par Alain Berset, et aux diverses offensives de la droite parlementaire pour réduire l'importance de l'assurance-vieillesse par rapport à la prévoyance professionnelle -autrement dit : réduire l'importance de la solidarité par rapport à la capitalisation individuelle.
Bref : on a voté en se préoccupant plus de la situation de l'assurance que de celle des assurés.


Dans deux ans, on célébrera comme il se doit le centième anniversaire de la revendication de l'AVS par la Grève Générale...

Le 6 juillet 1947, 22 ans après en avoir inscrit le principe dans la Constitution fédérale, près de 30 ans après que la Grève Générale de 1918 en ait affirmé la revendication, le peuple suisse (et les cantons, sauf Obwald) créait l'AVS, avec une majorité de 80 % des votants (les femmes n'avaient pas le droit de vote), jusqu'à 87 % à Genève. Le mandat constitutionnel qu'il s'agit toujours de respecter est celui de permettre à chaque retraité-e "de maintenir de façon appropriée son niveau de vie antérieur" : l'AVS et, désormais, la Prévoyance Professionnelle, sont là pour cela. Or ni l'une, ni l'autre, ni dans la plupart des cas les deux ensemble, n'y arrivent : la rente de vieillesse complète minimale (et on peut descendre en dessous en cas de rente partielle) stagne à 1175 francs par mois, la rente complète maximale à 2350 francs par mois. Impossible de maintenir un niveau de vie suffisant avec cela. La Prévoyance Professionnelle devrait faire l'appoint -mais tous les retraités, et 38 % des retraitées n'en bénéficient pas. Il y a alors les prestations complémentaires -mais elles sont conditionnelles, et sont l'objet d'attaques politiques visant à les réduire.

Bref, on avait avec l'initiative syndicale l'occasion de, sinon faire respecter pleinement le mandat constitutionnel, du moins de ne pas s'en éloigner trop. Occasion manquée. Et les nuages s'amoncellent sur le statu quo laissé par le vote d'hier : la droite et le patronat sont à l'offensive, et le Conseil fédéral tente par un compromis (le "Plan Berset") de sauver les meubles. Un compromis qui pèse de son poids : augmentation de l'âge de la retraite des femmes, diminution du "taux de conversion" du 2e Pilier (c'est-à-dire, en fait, des rentes produites par un capital de prévoyance professionnelle constant), augmentation de la TVA (un impôt très commode, mais très antisocial puisque les plus pauvres le paient au même taux que les plus riches)... Pour renforcer les chances de ce compromis, le Conseil des Etats a proposé d'augmenter les rentes AVS de 70 francs pour une personne seule, de 226 francs pour un couple. C'était un pas en direction de l'initiative. En réponse à quoi la commission du Conseil national a aussi fait un pas -mais en sens inverse, en proposant un mécanisme d'augmentation de l'âge de la retraite en cas de déficit de financement de l'AVS.

En attendant de savoir ce qui sortira du chapeau parlementaire, le refus de l'initiative syndicale fige la situation : les rentes totales des femmes seront toujours inférieures de plus d'un tiers à celle des hommes, leurs rentes de "Deuxième pilier" inférieures de près des deux tiers à celles des hommes (la différence n'est que de 3 % pour les rentes AVS). Près de la moitié des femmes ne disposent d'aucun "Deuxième Pilier", et les retraitées dans ce cas doivent donc se contenter d'une AVS dont la rente entière continuera de se situer en-dessous du seuil de pauvreté, sauf à bénéficier (mais il faut les solliciter, et montrer patte blanche de pauvre...) de prestations complémentaires, elles-mêmes attaquées par la droite et le patronat.
Rien de nouveau sous le soleil, donc. Sauf de gros nuages. Le temps se gâte, mais dans deux ans, on célébrera comme il se doit le centième anniversaire de la revendication de l'AVS par la Grève Générale. Avec quelle revendication mobilisatrice pour que cet anniversaire ne soit pas qu'un grand moment de nostalgie ?

21:47 Publié dans Suisse, votations | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : avs, 2e pilier | |  Facebook | | | |

Commentaires

Triste arnaque de tous les citoyens. Et désolation de voir que même les aînés qui n'ont rien compris à l'enjeu ont voté non par peur de perdre leurs prestations complémentaires suite à Infrarouge, sciant la faible branche sur laquelle ils sont assis... Mais mise au point en témoigne : http://www.rts.ch/play/tv/mise-au-point/video/malades-de-pouvoir--pauvres-et-retraitees--des-fleurs-sur-le-beton?id=8043473 de manière anachronique et après votation, mais cela aidera peut-être le gouvernement à réfléchir à ceux qui ne mangent plus que des pâtes à longueur de mois, ce qui génère des coûts de santé énormes. Encore faudrait-il qu'il ait une vision holistique de l'économie, ce dont je doute fort au vu de tout le reste. Désolant.

Écrit par : Le Tigre | lundi, 26 septembre 2016

Surtout ne pas hésiter à encourager "Ceux qui font avec ce qu'ils ont" de demander les prestations complémentaires. Beaucoup y on droit et cela part sur les impôts de tous.
J'en suis à ma vingtième demande pour mes amis âgés autour de moi et toutes étaient bénéficiaires. (faites le calcul sur le site de prosenectute)

La rupture est faite entre les jeunes et riches et vieux et pauvres. Et pourtant les premiers sont assis sur "un tas d'or" qui a été créé par la sueur et les heures infinies de travail laborieux des seconds.

Il n'y a plus à avoir de complexe pour ceux qui ont tellement travaillé une vie durant pour se retrouver misérablement recalé dans un coin pour cause de manque de respect et d'égards des nantis et nouvelles générations.

Écrit par : Corélande | mardi, 27 septembre 2016

@Corélande.

Qui considérez-vous comme "riche", comme "vieux", comme "pauvre", comme "jeune".

Vous attisez l'antagonisme vieux / jeunes, déjà fort bien décrit. (et hélas scandaleusement récupéré...) Vous l'aggravez, et le rendez confus avec une autre question, qui est celle des riches et des pauvres. Du coup, votre propos est inintelligible.

Quant à votre antienne sur "ceux qui ont tellement travaillé une vie durant", ça commence à fatiguer. (Est-ce les mêmes qui avaient les yeux écarquillés de bonheur lorqu'ils recevaient une mandarine à Noël ?)
Je vous objecte que s'ils travaillaient, c'était parce qu'ils n'étaient pas au chômage !
Et aussi parce qu'ils étaient vivants, épargnés par les guerres. Qu'auraient-ils fait, s'ils n'avaient pas pu travailler ? L'oisiveté est la mère de tous les vices !

Si vous savez écouter les "vieux", vous constatez que leur plus grande fierté, est liée au travail qu'ils ont accompli.
Ils ont fait bien d'autres choses. Mais sans valorisation sociale.

Avec tout le respect requis, mais pas plus, car chaque époque a ses problèmes, je pense qu'ils ont raison d'accorder une telle importance au travail.
Le travail ( infligé comme punition à l'homme suite à l'épisode du péché originel) donne son identité, sa spécificité à l'humain. Peut-être même que c'est ainsi que Dieu le reconnaît comme Homme, ou pour dire les choses plus simplement, "qu'est-ce qu'on se fait chier quand on bosse pas..."

La vraie question est celle de la confiscation des richesses par les super-riches, qui, tels les trous-noirs, attirent toute masse disponible, gâchent, pour eux, et pour une majorité, le bonheur qu'elle pourrait engendrer.

Écrit par : Groudabod | mardi, 27 septembre 2016

Les commentaires sont fermés.