mardi, 31 mai 2016

Diagnostic préimplantatoire : mettre fin à une hypocrisie

DPI.jpgEn 2015, le peuple avait accepté (avec 62 % de "oui") l'inscription dans la constitution du principe de l'accès au diagnostic préimplantatoire (DPI, c'est-à-dire de l'analyse génétique et de la sélection, avant leur implantation dans l'utérus de la mère, des embryons provenant d'une fécondation in vitro). Mais ce principe constitutionnel en restait précisément au stade du principe, sans précision sur qui pouvait y avoir accès, et à quelles conditions. Ce sont ces précisions que la loi soumise au vote le 5 juin propose -le principe, lui, est acquis, quel que soit le résultat du vote populaire. Si ce résultat devait être négatif (les sondages prévoient le contraire), le parlement reprendra la main -et les couples qui souhaitent avoir accès à ces tests devront continuer à se rendre à l'étranger, où ils sont, en Europe, presque partout autorisés. Comme les femmes désireuses de mettre fin à leur grossesse devaient, si elles résidaient dans les Etats qui criminalisaient l'avortement, se rendre à l'étranger pour y recourir. Si elles en avaient les moyens.  C'est à ce genre d'hypocrisie qu'il convient de mettre fin, s'agissant du DPI comme il s'était agi de l'IVG.


"Mettre un terme au tourisme de la procréation médicalement assistée"

Les opposants à l'autorisation du diagnostic préimplantatoire telle qu'elle est donnée par la loi soumise au vote  y voient, selon les mots de l'udéciste valaisan Jean-Luc Addor, un "droit de vie ou de mort laissé aux scientifiques" sur l'enfant peut-être à naître. Certains, pourtant, n'étaient pas opposés au premier projet de loi autorisant le DPI -ils le sont à l'élargissement de ce projet, opéré par le parlement contre l'avis du Conseil fédéral. Le projet soumis au vote ouvre la possibilité d'un DPI et d'une sélection opérée sur tous les embryons in vitro pas encore installés in vivo, alors que le projet initial les réservait aux couples risquant de transmettre une maladie génétique grave à leur futur enfant. Pour les opposants à cet élargissement, il va conduire à une "discrimination des handicapés", à une "sélection des êtres". Mais dans la mesure où le DPI ne s'applique qu'à des embryons pas encore implantés dans leur mère, peut-on évoquer leur destruction comme s'il s'agissait de celle de personnes que l'on voudrait éliminer ?
Il y a bien un enjeu social, éthique, dans un débat comme celui que le vote du 5 juin suscite (d'ailleurs assez mollement) autour du DPI. Cet enjeu, c'est celui de l'intégration des handicapés vivants dans la société existante. Mais c'est aussi celui de prévenir le handicap, d'éviter d'y condamner des enfants qui ne sont pas encore nés -et qui ne sont même pas encore dans le ventre de leur mère.

La loi proposée, en tout cas, est stricte -plus que celles de pays voisins, où le DPI serait accessibles aux parents ayant les moyens de se l'offrir. Et il ne s'agit que de pouvoir réaliser au stade de l'implantation d'un embryon ce que l'on peut déjà réaliser sur des fœtus de 12 semaines. Car actuellement, une mère qui apprend par une amniocentèse que le fœtus qu'elle porte souffre d'une anomalie génétique,  peut avoir recours à une interruption de grossesse. La Cour européenne des droits de l'Homme (de l'humain...) a ainsi jugé qu'autoriser le diagnostic post-implantatoire mais interdire le diagnostic pré-implantatoire relevait de l'incohérence : ce que l'on évite par le DPI, c'est une grossesse à risque, des grossesses multiples, une fausse couche ou un avortement consécutif à un diagnostic préanatal -mais postimplantatoire.

Enfin, il y a cet autre enjeu : celui de mettre fin à une hypocrisie qui se satisferait d'une interdiction du DPI en Suisse alors qu'il est autorisé, ou à tout le moins toléré, dans toute l'Europe (pas forcément, cependant, à l'ensemble des coupes stériles ayant choisi une fécondation in vitro). "Mettre un terme au tourisme de la procréation médicalement assistée", comme il fut mis fin, dans les pays qui proscrivaient l'interruption volontaire de grossesse, au "tourisme de l'avortement", est un objectif parfaitement légitime. D'autant que ce "tourisme" est un luxe -ou, pour le dire autrement., que le DPI est parfaitement accessible aux couples suisses qui peuvent se l'offrir à l'étranger -mais pas aux autres. Autoriser le DPI en Suisse, comme il est proposé le 5 juin, c'est ainsi mettre fin à la fois à une incohérence et à une injustice. Ne sont-ce pas des motifs suffisants pour dire "oui" ?

13:46 Publié dans Famille, Femmes, Suisse, votations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dpi, diagnostic préimplantatoire. avortement | |  Facebook | | | |

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