mercredi, 18 mai 2016

Initiative des Verts pour des transports publics prioritaires : Roulez, TPG !

TPG embouteillés.jpg  Le 5 juin, on votera à Genève sur une initiative des Verts proposant que priorité soit donnée aux transports publics sur le réseau routier, et que celui-ci, avec la circulation qu'il absorbe (mal), soit aménagé en fonction de cette priorité. Face à cette initiative, on votera aussi sur un contre-projet adopté par le Grand Conseil. Si l'initiative est claire, simple, nette (elle tient un seul article constitutionnel), le contre-projet, lui, prend huit pages de la brochure officielle pour y étaler ses dix articles. Et y coller la traversée routière du lac (qu'il faut apparemment coller partout, surtout là où elle n'a rien à faire). Les recommandations de vote sur les deux textes sont étranges : les Verts soutiennent le contre-projet alors qu'il s'oppose à leur propre initiative sur les transports publics, les socialistes font de même en faisant une croix sur leurs positions en faveur de la mobilité douce sur le pont et sur les quais et sur leur opposition à la traversée routière du lac. Au cas, hypothétique, où notre position vous intéresserait, on vous appelle à voter OUI à l'initiative des Verts et NON au contre-projet. Et en cas d'acceptation des deux, à privilégier évidemment l'initiative. Parce qu'elle est le premier pas nécessaire pour une réelle liberté de déplacement dans une ville congestionnée par la bagnole.


En voyage, le trajet le plus long est le franchissement de la porte pour partir...

De toutes les villes et de tous les cantons suisses, Genève est celle et celui qui se retrouvent les plus engorgés par le trafic automobile privé. Et celle et celui dont les transports publics sont les plus lents (15,2 km/h de vitesse moyenne, contre 24 à Bâle et 20 à Berne, par exemple), faute de priorité et faute de sites propres (seuls un quart du réseau des TPG en bénéficie). Avec pour résultat inévitable que les embouteillages de bagnoles bloquent bus et trams. Et qu'une personne seule dans une voiture en travers des voies en bloque jusqu'à 300 dans un tram.  Cette situation est un héritage, dont Genève, contrairement aux autres villes et cantons du pays, n'a pas réussi à se défaire : En 1950, Genève était la ville la plus motorisée d'Helvétie, avec plus d'une voiture pour dix habitants (presque deux fois plus qu'à Zurich... Pour guérir de cette apoplexie, les Verts proposent une solution simple, immédiatement applicable : donner, comme dans la plupart des centres urbains de Suisse, la priorité aux transports publics sur toutes les voies de trafic du canton. En augmentant la vitesse et la cadence des transports publics, on peut en effet faire d'une mesure trois coups gagnants : accroître la fréquentation des transports publics, leur transférer des utilisateurs de la bagnole en ville et accroître du même coup leurs recettes d'exploitation, sans coûts supplémentaires. Et même avec des économies (intelligentes, celles-là) à la clef : à elle seule, la réalisation d'une voie de bus sur le pont du Mont-Blanc a fait économiser un million de francs par an à l'Etat en faisant gagner un quart d'heure de temps aux véhicules des TPG aux heures de pointe... Or selon le fumeux "compromis sur la mobilité" présenté au Grand Conseil genevois par des représentants de (presque) tous les partis, le Pont du Mont-Blanc et les quais de la rade doivent rester affectés au trafic automobile "dans l'attente d'un bouclement autoroutier par une traversée du lac" en pont ou en tunnel, mais pour les bagnoles. Ladite traversée du lac n'étant pas réalisable (et encore, si elle est réalisée...) avant 2030 au plus tôt.

Plus de passagers dans des transports publics plus rapide, cela signifie moins d'automobiles privées sur les voies de circulation urbaines, de meilleures conditions de circulation pour les usagers professionnels (taxis, livraisons, services, urgences), moins de bruit, moins de pollution. Une meilleure qualité de vie, à tous points de vue. Certes, l'initiative des Verts n'apporte, comme l'écrit le Conseil d'Etat dans la brochure officielle des votations "qu'une réponse partielle aux problèmes" de mobilité à Genève -.mais elle ne prétend pas à plus. Simplement, cette réponse "partielle" est immédiatement concrétisable, et immédiatement efficace. Et financièrement indolore. "Les transports publics ne peuvent pas à eux seuls répondre à l'accroissement des besoins de la population" (c'est toujours le Conseil d'Etat qui cause) ? Evidemment que non. Mais l'initiative ne prétend pas leur accorder une exclusivité du mode de transport à Genève -elle n'entend que les privilégier, parce qu'ils sont plus économes, plus efficaces du point de vue de la quantité de personnes transportées (un tram plein = 300 voitures ne transportant que leur conducteur), moins gourmands en énergie et en espace, moins polluants et moins dangereux que les autres.

On sait qu'en voyage, le trajet le plus long est le franchissement de la porte pour partir. Il en va de même pour changer de politique des transports : la porte pour ce changement, c'est la priorité, immédiatement réalisable, aux transports publics. Pas l'attente interminable d'un désengorgement de la ville de la circulation automobile qui l'étouffe -et s'y étouffe elle-même.

16:20 Publié dans Genève, Transports, votations | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tpg, transports publics, circulation | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bon. Là tu vas en prendre pour ton grade. Et le tutoiement s'impose Pascal.
Ce sera dorénavant comme ça pour moi. Lorsque tu planes au dessus des débats, je te donnerai du vous pour répondre à ton nous que tu nous balances parfois.
Mais là, tu descends dans mon estime. Tu deviens dogmatique et surtout tu ne réfléchis pas.

- Depuis bientôt deux décennies, nous subissons la politique "éclairée" des Verts à la tête de la mobilité dans notre canton. On devrait plutôt parler de politique illuminée tant cette vision ne correspond nullement à notre réalité contemporaine ni à une évolution envisageable ou souhaitable.
Avec des concepts, qui s'appuient sur des études d'experts, on a réussi le miracle de paralyser toute la ville et donc en première ligne les TPG qui sont les premières victimes de ces engorgements artificiellement provoqués par des barrière destinées à décourager les citoyens à utiliser un moyen plutôt qu'un autre.

- Une observation objective des politiques similaires dans d'autres villes de Suisse et de France permettent d'observer que nos autorités prennent ces exemples sans réaliser à quel point ils sont différents.
Ainsi, à Zurich, il n'y a pour ainsi dire pas de site propre des trams. Presque partout, sauf aux environs des arrêts, il y a des lignes discontinues qui permettent aux transports individuels motorisés (TIM) de bifurquer pour joindre une petite transversale ou même tourner sur route en toute légalité.
Juste l'inverse de ce qui se passe ici, à Genf, où nous avons dû condamner ces accès comme la rue Masbou et Dizerens dans l'axe de la rue de Carouge.
Ainsi, des véhicules doivent faire des détours par des axes dédiés et forcément saturés pour parvenir à destination.
A relever aussi que la ville de Zurich s'est développée au nord en direction de l'aéroport et le long de l'axe autoroutier qui mène à St Gall, libérant la zone du lac qui n'appelle pas vraiment à une traversée qui existe pourtant avec un bac vers le milieu du lac.
A Marseille, leur traversée du vieux port a été réalisée il y plus de 60 ans. C'est notre rade que vous avez définitivement enterrée, réduisant à néant les possibilités de créer un véritable hyper-centre dédié à la mobilité douce et donc la priorité que vous appelez ici pour les TPG.

- Ce qui nous amène directement à l'aberration sur laquelle nous devrons nous prononcer ce 5 juin pour une traversée autoroutière du lac dont j'ai déjà assez parlé pour m'étaler ici. Sauf que, tout le programme de mutation et de zones dédiées repose sur la capacité à traverser le lac pour supprimer le U-lacustre qui vient directement au coeur de la cité et doit forcément rester prioritaire pour les TIM si nous voulons éviter la sclérose programmée à l'horizon 2030.

- Plus de passagers et hères dans les transports publics ?!!! Ben voyons. Sauf que, aux heures de pointe ils débordent, et le reste du temps ils sont vides. Faisant ainsi exploser la facture ce qui contraint les services publics à exiger 50 % de leur financement au travers de subventions, via l'impôt, pour équilibrer les comptes et faisant ainsi du service public de transports un luxe de nantis. Et je m'abstiens de relever ici que nous votons sur l'affectation des bénéfices des CFF dans un autre objet.

Vous n'aurez pas fini de regretter d'avoir refusé la traversée de la Rade. Mais vous pouvez tout de même vous racheter en exigeant des décideurs qu'ils se penchent sur le projet Weibel. Et là vous, les socialistes, ferez vraiment d'une pierre trois coups en permettant enfin de valider la politique des Verts, à nettement moindres coûts, en montrant de l'ouverture plutôt que l'intégrisme malsain qui alimente indéfiniment la guerre des transports à Genève.

Écrit par : Pierre Jenni | mercredi, 18 mai 2016

Quand je parle de bombe, c'est une façon de causer. Vos billets ne me laissent jamais indifférent.
Pourra-t-on compter sur vous et votre formation pour dénoncer la convention cadre entre la Ville et les CFF ?

Écrit par : Pierre Jenni | vendredi, 20 mai 2016

Sur la Gare de Cornavin ?

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 20 mai 2016

Oui, car le projet Weibel permet d'éviter son agrandissement.
http://mobilite.blog.tdg.ch/archive/2015/12/10/geneve-route-et-rail-34-il-convient-d-enterrer-l-enterrement-272452.html

Écrit par : Pierre Jenni | lundi, 30 mai 2016

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