jeudi, 12 mai 2016

Traversée routière du Petit-Lac : Même ânerie, même refus

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Le 5 juin, on votera à Genève sur la traversée routière du Petit-Lac. Ou plutôt, sur son principe. Ce n'est pas la première fois qu'on votera sur la traversée routière de la rade ou du petit-lac. Sur son principe, ou sur un projet. Ni ne sera la dernière fois. On a déjà voté une fois sur le principe de ce machin, et il avait été accepté : ce genre de principe n'engage pas à grand chose tant qu'on n'a pas un projet précis, chiffré, abouti sous les yeux. Et quand on l'a, les prononcements populaires changent. Parce qu'on voit par quoi se traduirait un vote positif. Résultat : après avoir accepté le principe de la traversée, les Genevois et voises ont par trois fois refusé les concrétisations qu'on leur en proposait. Nous avons refusé la traversée en pont, nous avons refusé la traversée en tunnel, nous avons refusé toute traversée de la rade. Alors le principe d'une traversée du Petit-Lac, bien sûr qu'on votera contre. Mais bien sûr, aussi, qu'on ne prendra pas le deuil si elle devait être acceptée. Parce qu'on n'est prêts, optimistes comme nous le sommes, à gauche, par définition autant que par choix, à prendre le pari que cette foutue traversée, on n'en verra pas le commencement des travaux de notre vivant (la statistique nous donnant une espérance de vie d'encore un quart de siècle). Ni même de celui de nos enfants, au cas où, par inadvertance, on en aurait commis. Et qu'en plus de ce pari, on peut prendre un engagement : celui de tout faire pour que cette ânerie récurrente reste là d'où elle n'aurait jamais dû sortir : les archives.


Tout ça pour faire gagner une demie-heure sur le trajet de Stockholm à Naples ?

3 ou 4 milliards balancés dans le (petit) lac, alors que le canton n'arrive même pas à entretenir ses bâtiments scolaires ? Ce n'est pas une plaisanterie : c'est le grand projet de la droite genevoise depuis un quart de siècle -elle n'a fait que le repousser un peu plus au large que la rade : sur ou sous le Petit Lac,de la Pallanterie au Vengeron. On attend avec une impatience que nous ne chercherons même pas à dissimuler que la droite de Piogre fasse un pas de plus (sur l'eau, telle le Messie de la Pêche Miraculeuse) et nous propose une grande traversée (mais en bac) entre Coppet et Douvaine. Ou mieux : entre le Bouveret et Saint-Gingolph. Celle-là, il se pourrait qu'on l'approuve. Mais en attendant, le 5 juin, on votera "non" à la "grande traversée du lac", proposée par une initiative populaire de l'Entente, et avalisée par le parlement cantonal.


On votera "non" à cette "grande traversée", d'abord parce qu'elle ne se paie encore que de mots. On nous propose un principe, pas un projet. De projet, il n'y a pas vraiment. Il y a juste une obsession. Que deux refus successifs (suivant un vote de principe, déjà) n'ont pas réussi à soigner : un premier refus (et même un double refus, d'une "moyenne traversée" de la rade en pont ou en tunnel) sous le règne du gouvernement monocolore de droite, puis le refus en 2014 d'une "petite traversée" de la rade proposée par l'UDC...  Et ce n'est pas d'avoir inclus la traversée du (petit) lac dans la "stratégie mobilité 2030" du gouvernement qui va la rendre plus utile, ni plus facilement finançable. Ni moins nuisible.


On votera "non" parce que ce genre d'infrastructures routières ne concourt pas à "fluidifier le trafic" mais à le gonfler. Pas à le réduire, mais à l'accroître.


On votera "non" parce que la traversée routière du Petit-Lac ne délestera pas le centre-ville du trafic qui l'encombre et l'étouffe. Les emplois, les activités commerciales, la plupart des lieux culturels, sont en ville. Et la plupart des trajets continueront de s'y rendre ou d'en partir : c'est Genève qui attire le trafic automobile, pas Versoix ou Collonge-Bellerive.


On votera "non" parce que le pont ou le tunnel bousillera l'environnement à ses deux extrémités : sur la rive-gauche, le pont s'accrocherait en plein dans une réserve naturelle. Et serait prolongé de douze kilomètres d'autoroute en campagne.


On votera "non" parce que ce truc, sur- ou sous-lacustre,  ne sera pas financé par la Confédération (elle privilégie l'élargissement de l'autoroute de contournement, existante, elle...) et reposera uniquement sur Genève, qui a d'autres investissements à consentir pour des raisons plus pertinentes, et des besoins plus urgents à satisfaire, y compris dans le domaine des transports et de la mobilité (le CEVA, le développement du tram, la construction  de parkings-relais...) que celui de faire gagner une demie-heure sur le trajet de Stockholm à Naples.

On votera "non", enfin, parce que Genève ne s'est pas construite sur l'eau, mais autour : autour du lac, du Rhône, de l'Arve. Sur les deux collines qui sont aujourd'hui celles de Saint-Pierre et de Saint-Gervais, puis sur l'Ile, puis sur les quais.
Elle peut continuer à se construire (et à faire passer les bagnoles) autour de son bout de lac, sans le saloper.

13:52 Publié dans Genève, Transports, votations | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : traversée du lac | |  Facebook | | | |

Commentaires

Et si même Jenni est globalement d'accord, c'est dire si c'est grave !
Je me suis battu pour la traversée de la Rade. C'était même mon slogan de campagne au CE.
Je ne supporte pas la mauvaise foi des initiants. Cette traversée autoroutière est destinée au trafic de transit qui ne passe PAS par le centre, mais par l'autoroute de contournement ouest. C'est la raison pour laquelle la Confédération accepte de financer son élargissement.
Cet ouvrage est un luxe que nous ne pouvons pas nous offrir et qui ne résoudra nullement les problèmes de bouchons en ville.
Merci pour ce billet bourré d'humour. Je suis, et reste un pro-bagnole, mais faut pas me prendre pour un demeuré.

Un seul projet devrait s'imposer à terme. Genève, route et rail de Rodolphe Weibel. http://mobilite.blog.tdg.ch/archive/2014/05/15/geneve-route-rail-14-route-et-rail-qui-s-ignorent-255965.html

Etonnament, personne n'en parle. C'est comme si on était gêné par tant de simplicité et de cohérence. Plus besoin d'agrandir Cornavin, et pas un rond à sortir pour Genf.

Mais surtout, enfin la possibilité de dédier l'hypercentre à la mobilité douce. Et virer ce "U" lacustre qui ridiculise toute tentative dans ce sens.

Ceci dit, vous aurez, je l'espère, compris que c'est NON aux deux premiers objets cantonaux qui visent la priorité aux services publics.
Nous avons pu vérifier ce que donne la politique des Verts en matière de mobilité : Paralysie presque totale !

Je me demande si un jour nous aurons des représentants sensés qui réaliseront l'aberration de la guerre des transports dans notre canton. Des pragmatiques qui savent tenir compte des divers intérêts en jeu sans faire preuve d'idéologie et d'intégrisme.
Le groupe à Zaugg a fait un premier pas dans ce sens. Mais il accouche d'une souris qui ne fait qu'exacerber les fronts.

Je tiens essentiellement les Verts "visionnaires" pour responsable. Et, mine de rien, vous en êtes un des avocats.

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 12 mai 2016

Je vais plus loin et j'assume. http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2016/05/12/traverser-le-lac-de-geneve-a-quel-prix-276106.html

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 12 mai 2016

pour une fois d'accord avec Pascal Holenweg et cette question: c'est quoi cet historique de blocages aux projets Weibel (rail etc)?

depuis le temps que le besoin de vidanger cette vessie qu'est le bout du lac
en a fait une décharge
de cailloux dans les reins du canton & des contribuables

Écrit par : divergente | vendredi, 13 mai 2016

Vous me faites tous chier avec vos pseudos parkings pour autos sous-lac, vos passages pour autos sur ou sous lac ou petit lac. J’arrête pas de mettre des NON dans les urnes. A croire que nos élus sont trop cons pour comprendre ce que veut dire NON ou presque non. Alors je ne peux que vous conseillez d'acheter un bateau ou pas. Et arrêtez de penser qu'une voiture ça flotte ou çà roule sous le lac ... (Humour sous lac).

Écrit par : Steve Roeck | mardi, 17 mai 2016

"Âneries" nous a attirés comme des abrutis, "refus" aussi... Puis ayant lu le billet, nous souffrons maintenant d'un grave trouble d'identité... c'est effectivement une c...erie, ces machins pour faire tutut plus facilement sur toutes les rives à la fin de chaque foutebolcatch ou traverser la rade du Léman de Genève à longueur d'année dans les deux sens nous sommes d'accord... A part si les usagers des tunnels roulent toutes fenêtre ouvertes, et qu'il y ait des bouchons.
Mais ceci ne solutionne en rien notre trouble "Ânneries, aneries, ânnerriies", il va nous falloir choisir entre une de ces trois orthographe, voui!...
Monsieur Hollenweg, les zânnes-abrutis ne vous diesele pas merci...=; :|) x 3 +1

Écrit par : Trio-Octet In inferno sektion Pampers | jeudi, 19 mai 2016

J'aime quand on se lâche. Et c'est pas souvent de la part de Steve Roeck.
Ce que j'aime moins, c'est cette attitude, typique journaliste, de lancer une bombe sans assumer la suite.
Alors tu vois Pascal, quand tu te comportes ainsi, tu fais preuve de suffisance. Je n'ai pas besoin d'en dire plus, tu n'es pas assez con pour ne pas comprendre.
Allez, viens causer une peu ! Assume !

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 19 mai 2016

oui, mais c'est quoi, la bombe que j'ai lancée ?

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 20 mai 2016

Ah! Il y a un Zânne qui s'appelle Pascal chez nous autres Abrutis! Et c'est un spécialiste. Ainsi donc, il se demande si tel Beethoven il est devenu sourd à tripoter son piano, car il n'a rien entendu, aucune explosion, même de joie! (oui les Zânnes sont plus troublés que d'hab')Nous sommes témoins il faisait ses gammes.
Maintenant, dit-il, s'il s'agit de jeter une bombe dans la rade, il déconseille l'utilisation de mèches simples courtes ou longues puisque la rade est remplie d'eau (du moins d'ici au 5 juin,-si- oui!)celle-ci par un processus chimique complexe éteindra icelle (la mèche) le feu ne brûlant plus au contact de l'eau (H2O), à moins qu'une nappe de naphte existe dans la vase de la rade, auquel cas il faudrait forer, vendre le pétrole, et tous les citoyens de Genève (au bord du Léman)se la péterait dans la soie si nous pouvons nous exprimer aussi vulgairement!
A ce propos Il y a dans le commentaire 2 commentaires en-desssus (à l'heure ou nous hennissons, tel des chevaux de PMU) un petit parfum G'n'n'r's -parental advisory explicit content-: "Get in the ring m'th'f*#*r"!
Il est bon de le chanter, sur une scène dans un stade, ou accompagnés d'un guitare, ça fait moins teigneux, macho, etc. Mais loin de nous l'envie d'attiser le feu que nous n'avons pas allumé, avant l'Eurofoute ou la brutalité peut s'exprimer en toute quiétude dans les rues, parce que c'est bon pour le commmerce... Donc un poil rasé de patience, tailleurs qui aiment en découdre...

Écrit par : Trio-Octet In inferno sektion Wote! | vendredi, 20 mai 2016

Bonjour,

Il n'y aura aucun changement VISIBLE de la Rade genevoise, car Gustave Ador avait bien fait comprendre à ses concitoyens que rien ni personne ne devait modifier cette splendide vue qu'ont (et qu'avaient) les premiers Confédérés arrivant à Genève par bateau!

Salutations!

Écrit par : René Derivaz | vendredi, 20 mai 2016

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