lundi, 25 avril 2016

Initiative "Vache à lait" : Meuh non !

La Vache et le Prisonnier.jpgDans le paquet bourratif de textes soumis le 5 juin prochain à la sagacité proverbiale de nos votes, on en trouve un particulièrement pernicieux : une initiative populaire lancée par le lobby routier. ("Auto Suisse", l'association des importateurs de bagnoles. Le nom officiel de l'initiative est "Pour un financement équitable des transports", plus connue sous son petit nom d'initiative "vache à lait". Qu'est-ce que Marguerite vient faire dans cette proposition ? Elle vient y jouer le rôle de victime : les initiants se plaisent en effet à présenter le transport automobile comme la "vache à lait" de la caisse fédérale. Comparaison injurieuse pour Marguerite. Défendons son honneur : non seulement le transport automobile n'est pas la Marguerite de Maman Helvetia, mais il coûte bien plus cher à la collectivité que ce qu'il lui paie en impôts et taxes, si on tient compte de ses effets directs sur l'environnement (naturel ou bâti), l'aménagement, la santé et on en passe... Financement "équitable des transports", disiez-vous ? 


L'heure de la traite : et si la route payait tout ce qu'elle coûte ?

L'initiative "vache à lait", tous les partis la combattent, sauf l'UDC (et ses appendices locaux, Lega et MCG), ainsi que le Conseil fédéral, les cantons et les villes, mais des minorités significatives au sein du PLR (dont sa nouvelle présidente Petra Gössi et son nouveau vice-président, Philippe Nanternod) et du PDC (dont son futur président Gerhard Pfister) la soutiennent. Son échec n'est donc pas assuré. Résumons donc : l'initiative propose d'affecter exclusivement au trafic routier le produit de la taxe de base sur les carburants. Pour répondre (en y cédant un peu) à la pression ainsi exercée par l'initiative bagnolarde, le Conseil fédéral et le parlement ont créé un Fonds routier pour les routes nationales et le trafic d'agglomération (Forta), qui recevrait 670 à 700 millions de francs de recettes fédérales additionnelles, produites par une augmentation de la part revenant à la route de l'impôt sur les carburants, et par le basculement dans le fonds de la totalité de l'impôt sur les véhicules automobiles. Un effort considérable, qui ne satisfait pas le lobby routier, qui clame que les automobilistes paient, ensemble, toutes taxes et tous impôts additionnés*, y compris la TVA, un peu plus de neuf milliards à la Confédération et aux cantons, mais que seul un tiers de cette somme est utilisé pour financer des projets routiers. Comme si seul le financement de projets routiers était lié à l'omniprésence du transport automobile...
De ce que la cohorte des automobilistes verse dans les caisses publiques, un peu plus de 16 % (soit un milliard et demi) va à l'encouragement au transport ferroviaire, conformément à des votes populaires largement majoritaires (nouvelles lignes alpines, transfert modal) et 4 % (337 millions) va au financement de mesures environnementales. Le reste se répartit entre la caisse fédérale (44 %), la route (32 %) et les cantons (5 %). La route reçoit donc trois milliards. Mais le lobby automobile ne s'en satisfait pas. Il veut un milliard et demi de plus (le produit de la taxe de base sur les carburants).  Son initiative ne détournerait pas moins de 700 millions de francs de recettes fiscales en 2016, puis un milliard et demi dès 2017, vers le financement exclusif du transport routier. Ne proposant aucune recette compensatoire de ce hold-up, l'initiative, si elle était acceptée, entraînerait des coupes massives (6 %) dans les budgets les moins protégés légalement, dont ceux de la formation, de la recherche et de la coopération au développement, mais aussi ceux de l'agriculture et de la défense (d'où l'opposition qu'elle suscite à droite), les subventions sportives et culturelles, et même les crêches. Les transports publics seraient privés de 250 millions de francs par an. Et cela pourquoi ? Pour plus de routes, plus de trafic, plus de pollution. Et plus de mobilité ? Même pas : l'offre de route créée du trafic routier supplémentaire (c'est d'ailleurs l'une des raisons de notre opposition à la foutraque "traversée du lac" de Genève...

Attribuer à la route ce que ses usagers automobilisés paient ? c'est aussi pertinent que le serait d'attribuer aux aux fumoirs le produit d'un impôt sur le tabac, ou aux brasseries le produit d'un impôt sur la bibine. Mais il y a plus :   Aujourd'hui déjà, ce que paie le trafic automobile ne couvre pas ce qu'il coûte (il s'en faut de plus de cinq milliards), et c'est la collectivité qui doit assumer une part importante des coûts liés aux atteintes à l'environnement et à la santé, aux accidents, au bétonnage du territoire... Et quand les partisans de l'initiative geignent sur l'affectation aux transports d'une partie du produit des taxes et impôts payés par les transports privés, on leur rappellera que l'année 2005 est la seule et unique où les transports publics ont reçu plus d'argent public que la route "privée", que le prix de la vignette n'a pas bougé depuis vingt ans, que l'impôt sur les carburants n'a pas changé depuis 23 ans, que la surtaxe est immuable depuis 42 ans... mais que les conséquences du primat du transport routier privé sur les autres modes des transport sont de plus en plus lourdes financièrement... et que les tarifs des transports publics, eux, n'ont cessé d'augmenter...

Le lobby routier voudrait que tout ce que "la route paie" retourne à la route ? Inversons le propos : et si la route payait tout ce qu'elle coûte ? Au moins, alors, la "vache à lait" mériterait qu'on l'honore comme telle. A l'heure de la traite. D'ici là, laissons-la meugler...

* impôt sur les carburants et surtaxe, impôt sur l'importation des véhicules, RPLP, vignette et TVA

16:36 Publié dans Suisse, Transports, votations | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : vache à lait | |  Facebook | | | |

Commentaires

Un fantasme UDC, LEGA, MCG : "Je suis un mec (je sais pas trop ce que ça veut dire, mais on n'est pas des tapettes !) je roule en Ferrari (fabriquée à Unterwald) décapotable, sur une autoroute suisse (super-revêtement : goudron de Zoug, et ciment de Porrentruy),et je remercie les travailleurs de Glaris, qui ont si magnifiquement creusé les tunnels que j'emprunte, avec de l'essence suisse (Zurich); mon GPS a été fabriqué à Soleure, les satellites auxquels il est relié ont été fabriqués à Fribourg, ce que j'ai appris en consultant mon ordinateur (fabriqué à Uri.) Chouette, en arrivant, je pourrai regarder game of thrones (qui décrit si fidèlement la vie rurale montagnarde (orienté valaisan j'en conviens)), et sa symbolique, ou regarder un reportage sur l'investiture de Trump (sympa, ce Monsieur, il paraît qu'un ancien de sa famille a voyagé à Neuchâtel.) Et vous savez quoi ? Le pied vraiment total ? Aller voir une pute (étrangère) à Genève, si possible originaire d' Appenzell (Rhodes intérieures évidemment). Rahhhhhhh."

Écrit par : Fera.Rih | lundi, 25 avril 2016

"c'est la collectivité qui doit assumer une part importante des coûts liés aux atteintes à l'environnement et à la santé, aux accidents, au bétonnage du territoire"

- C'est quoi le couts des atteintes a l’environnent ? Et d'ailleurs ça se matérialise comment exactement ces atteintes a l'environnement ? Pour moi l'urbanisation fait pire.
- C'est quoi les "atteintes a la santé" ?
- Les accidents ? Toujours tragique mais je crois que c'est pas pour rien que l'assurance accident coute infiniment moins que la lamal, d'autant que si un automobiliste en est la cause c'est sa RC, entièrement payée de sa poche, qui couvre les dommages.
- Le bétonnage du territoire ? Vous avez déjà vu un territoire couvert de routes mais sans habitations ? La seule cause du bétonnage du territoire est la croissance démographique incontrôlée. Et vous le savez bien.

Mais comme le lobby gauchiste du transport en commun en a fait une religion et de l'automobiliste le nouvel ennemi de classe, autant le taxer a fond, a défaut de pouvoir le tuer.

Écrit par : Eastwood | lundi, 25 avril 2016

Que de mauvaise foi dans ce billet à peine teinté d'humour.
En premier lieu il s'agit de comprendre que les transports publics ne répondent pas, ou plus, à la demande. Non seulement ils ont atteint leur masse critique tant en milieu urbain que dans le réseau ferroviaire, mais ils sont bondés et saturés aux heures critiques sans offrir la flexibilité des transports individuels motorisés.
Ensuite, il s'agit de vérifier plus à fond le véritable impact sur l'environnement des diverses offres de transport. Et là, force est de constater que l'énergie qu'il faut pour déplacer de telles masses de métal que sont les trains, les trams ou les bus, à moitié, voire aux trois quarts vides en dehors des heures de pointe, est sans aucun rapport avec ce que demandent les voitures, toujours moins polluantes et bientôt toutes électriques et légères.
Ce qui nous amène aux considérations économiques et le constat alarmant du déficit permanent des offres publiques qui doivent venir ponctionner les taxes liées à la route pour pouvoir offrir un prix décent. Le rail, s'il devait couvrir ses frais, couterait simplement le double alors qu'il n'est déjà pas compétitif vis-à-vis de la voiture.
L'initiative dite "vache à lait" est une des meilleures manières de mettre en évidence l'incohérence de nos décideurs, dont vous êtes un éminent représentant, et permettra au souverain de mieux comprendre les dessous inavouables d'une politique passéiste et bientôt déjà obsolète d'un nivellement par le bas et de la négation du génie humain qui se traduit, notamment, par sa capacité à réinventer et réenchanter le monde en offrant toujours plus de solutions individuées et ciblées sur les réels besoins des citoyens.

Écrit par : Pierre Jenni | mardi, 26 avril 2016

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