jeudi, 31 mars 2016

Pompe à phynance genevoise : Les comptes sont bons, le budget est mort

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Des comptes 2015 légèrement déficitaires (de 21 millions) alors que le Conseil d'Etat les annonçait calamiteux (avec un déficit de plus de 200 millions), une caisse de pension du personnel de l'Etat lourdement re-provisionnée, et pas de budget 2016 : la pompe à phynance genevoise fonctionne comme celle du Père Ubu : pataphysiquement. Certes, ne pas avoir de budget n'empêche pas l'Etat de fonctionner. D'ailleurs, en vingt ans, Genève s'est retrouvée six fois dans cette situation, et n'en est pas morte. Il vaut sans doute mieux se passer de budget que se faire imposer un budget inepte... Genève n'a pas de budget ? Elle s'en passera. Elle a un Conseil d'Etat ? Elle pourrait tout aussi bien s'en passer aussi. D'ailleurs, ne s'en passe-t-elle pas déjà ?


"Maintenir le cap vers la rigueur", mais sans boussole, sans gouvernail et sans rigueur
 
Comme dit le Conseiller d'Etat Dal Busco, ministre dePhynances de la Répubulique, "les chiffres sont une chose, mais c'est leur éclairage et les conclusions qu'on en tire qui importent avant tout". Soit : Eclairons donc, puis concluons.
Le Conseil d'Etat explique laborieusement que si les comptes 2015 ne sont pas mauvais (ils seraient même bons sans la provision de 207 millions accordée à la caisse de pension des employés de l'Etat, la CPEG), c'est "grâce à des revenus non récurrents et imprévisibles" (le décès d'un milliardaire et une amende à une banque, notamment). Ce qui a au moins le mérite de ne pas autoriser le gouvernement à s'attribuer la bonne nouvelle comme un trophée de sa compétence (à Genève, des revenus "non récurrents" ont en effet une étrange tendance à tomber chaque année), mais ne l'empêche pas d'expliquer que si les dépenses globales augmentent, c'est à cause des vieux, des infirmes, des pauvres et des métèques (plus politico-correctement dit : à "l'augmentation continue des aides obligatoires en faveur des personnes âgées ou handicapées, des personnes à faible revenu et des migrants"), et que compte tenu du vieillissement de la population "ces coûts vont continuer à progresser à l'avenir". Contrairement aux rentrées fiscales courantes, frappées d'un"tassement préoccupant" de plus de 125 millions. C'est bien de s'en préoccuper. Mais c'est tardif, et hypocrite, après des lustres de cadeaux fiscaux à répétition, et avant une réforme de l'imposition des entreprises qui va coûter des centaines de millions aux caisses publiques.

Quant à la provision accordée à la Caisse de pension du personnel de l'Etat pour "couvrir le risque de non-respect des contraintes fédérales en matière de taux de couverture", ce n'est pas en tant que telle qu'elle est contestée par la gauche, mais pour son montant, excessif au regard des besoins réels : la caisse a perdu 75 millions de francs en 2015, pas 200 millions. Pour le reste, les investissements sont autofinancés à 100 % alors qu'il était prévu de le faire à 74 % et le gouvernement tout fiérot peut annoncer qu'il a réduit la dette de 700 millions. Et surtout proclamer "sa détermination à maintenir le cap qu'il s'est fixé". On est donc prié de croire que le renoncement du Conseil d'Etat à doter la République d'un budget 2016 (Genève sera le seul canton à n'en pas avoir) est une manière de "maintenir le cap" vers la rigueur. Mais sans boussole, sans gouvernail et sans rigueur. En expliquant que c'est "faute de consensus et de majorité politique" qu'on renonce à présenter un budget (alors que le PLR était le seul parti à plaider pour cette décision), que ce renoncement est un "choix de bon sens" et  "ne nuira pas aux prestations publiques".

A la fin de l'année dernière, le Conseil d'Etat genevois annonçait prévoir un déficit des comptes 2015  et s'appuyait sur cette prévision pour opérer des coupes budgétaires de plusieurs dizaines de millions de francs, et remettre en cause des éléments salariaux et sociaux garantis par le statut du personnel de la fonction publique. Il en était résulté sept jours de grève, des milliers de personnes dans la rue et trois référendums. Et trois mois plus tard, on apprend que le déficit annoncé n'était qu'un épouvantail, que sans la provision à la caisse du personnel, les comptes 2015 seraient bénéficiaires de plus de 150 millions de francs (ou d'une centaine de millions si la provision avait correspondu à la perte de la caisse en 2015) et que le gouvernement renonce à présenter un budget -mais pas à réduire les charges de personnel et les subventions. "On ne peut pas mettre le feu à la République en automne et annoncer ce genre de résultats", tempête le socialiste Roger Deneys. Ben oui, on peut, quand on est le Conseil d'Etat genevois et qu'on cherche un prétexte pour tailler dans les dépenses.
"Comment lui faire confiance (à ce Conseil d'Etat) pour la réforme de l'imposition des entreprise ?", s'interroge le député. On ne peut pas. On ne fait pas. Et on se prépare.

16:08 Publié dans austérité, syndicats, gauche, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : budgets publics | |  Facebook | | | |

Commentaires

Le problème de la caisse CPEG n'est pas à sous-estimer. La loi fédérale impose des paliers impératifs dans le processus de recapitalisation, faute de quoi ce sera à l'employeur -donc l'Etat - de payer à la caisse la différence de couverture (avec intérêts). Rappelons que si le taux de couverture de 60% en 2020 ne devrait pas être trop difficile, le palier de 75% en 2030 est lui tout sauf acquis. (grosso modo 1% de couverture c'est à peu près 190 mios!) Enfin , le processus de recapitalisation impose de ne pas redescendre chaque année (principe de la crémaillère) et là on n'y est pas du tout.

Écrit par : uranus2011 | vendredi, 01 avril 2016

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