mercredi, 30 mars 2016

Initiative pour un revenu de base inconditionnel : Oui au travail. Mais choisi.

Le 5 juin prochain, pour la première fois au monde, un pays votera par référendum sur l'introduction (ou non) d'un revenu minimum garanti (un "revenu de base inconditionnel"). Et on a de la chance : ce pays, c'est le nôtre (voir sur http://rbi-oui.ch/).  Nous sommes, ici, pour le revenu de base comme nous le sommes pour la gratuité des transports publics, la gratuité de l'éducation, la gratuité des soins. La gratuité en général. Quand l'espace public tend à ne plus être qu'un appendice de l'espace privé colonisé par la marchandise, la gratuité (l'inconditionnalité du revenu de base est en effet une forme de gratuité, puisqu'on ne demandera rien en échange de ce revenu à celles et ceux qui le recevront) y réinstalle de la solidarité et des droits, en y chassant le marché, et en redonnant leur sens aux mots : le revenu de base permet de traduire fort justement "travail salarié" par "temps de travail vendu", de substituer à ce travail vendu un travail choisi et de sortir de l'assistance celles et ceux que le prix payé à leur temps de travail ne permet pas de vivre décemment. Le Revenu de base inconditionnel ? On votera "oui"


Revenu minimum, revenu de base, RBI "Tout travail mérite salaire" ? Non : tout travail mérite mieux.

Le revenu de base inconditionnel est aujourd'hui repoussé avec les mêmes arguments, ou peu s'en faut, que ceux qui furent invoqués contre l'abolition du travail des enfants, les congés payés, la réduction du temps de travail journalier et hebdomadaire, l'AVS... Une "charge insupportable pour le peuple et les entreprises", un texte qui aurait "des conséquences désastreuses pour la prospérité de notre économie" : "hausse des impôts, démotivation au travail, injustice sociale, déséquilibre économique"... de quel cataclysme nous parle (sur le même ton et la même musique que ses copains politiques et patronaux utilisaient pour nous parler de l'initiative Minder sur les rémunérations abusive, de l'initiative syndicale pour un revenu minimum ou des initiatives de la Jeunesse socialiste pour la réduction à 1:12 de l'écart des salaires et contre la spéculation sur les biens alimentaires) la députée PLR Nathalie Fontanet dans le "face à face" de la "Tribune de Genève du 18 mars ? Précisément, de l'initiative populaire pour un revenu de base inconditionnel. Dont nous parle aussi Anne Béatrice Duparc, dans le même quotidien, mais sur une toute autre partition : le Revenu de base inconditionnel "constitue une reconnaissance du travail non rémunéré, majoritairement exercé par les femmes", et "ne constitue pas une charge, mais un investissement". Un investissement parfaitement supportable, et que l'initiative laisse à un long processus politique le soin d'assurer. L'initiative, en effet, ne fixe aucun montant pour le revenu de base (les initiants l'estiment à 2500 francs par mois pour un adulte, plus 625 francs par mois par enfant ou adolescent à charge) et charge le parlement fédéral de concrétiser le principe du RBI s'il était accepté par le peuple (et les cantons).

Il n'est pas du tout invraisemblable (c'est même tout ce qu'il y a de plus probable) que l'évolution technologique entraîne la disparition de centaines de milliers d'emplois, ou la réduction considérable du temps de travail nécessaire à la production des biens et des services -et avec cette réduction, celle de la rémunération de ce temps de travail : le salaire. Or tout le système de protection sociale dont nous bénéficions, avec d'ailleurs tous ses trous et toutes ses insuffisances, est construit sur le primat du travail salarié. Le revenu de base reconstruit cet édifice, bricolé au il du temps : avec le RBI, ce n'est plus sur le travail salarié que se construit la protection sociale, mais sur la seule existence de la personne, et sur les droits liés à cette existence... On ne part plus du décret que l'individu doit à la société de travailler pour elle (ou pour une part d'elle), mais de l'affirmation que c'est la société qui doit à l'individu de lui garantir les moyens de vivre en elle. 2500 francs par mois, ce qui est proposé comme montant du RBI, c'est peu, bien sûr. Mais des femmes et des hommes travaillent aujourd'hui, en Suisse, pour moins que cela -et même, souvent, pour rien, quand d'autres hommes (et quelques femmes) gagnent des fortunes en jouant, en bourse ou en banque, avec de l'argent qui ne correspond à aucun travail...

"Tout travail mérite salaire" ? Non : tout travail mérite mieux. Le revenu inconditionnel brise le tabou du travail pour un salaire (ou toute autre forme de rémunération), mais il ne remet nullement en cause l'importance du travail en lui-même, c'est-à-dire d'une activité qui ne se réduit pas à ce qui est nécessaire à la survie. Le travail domestique, bien évidemment, c'est du travail. La création artistique, l'action militante, l'engagement associatif, sont du travail. Et du  travail qui est sa propre justification, et qu'on ne fait pas parce qu'on y est obligé, mais parce qu'on s'y oblige. Librement. Et sans être pour cela payé d'autre chose que de ce qu'on a soi-même donné. Tout aussi librement.

 

14:35 Publié dans Travail, votations | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : revenu minimum, revenu de base, rbi | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il est important d'insister sur le fait que nous nous prononcerons sur un principe et non sur une loi d'application.
Beaucoup ont tendance à considérer le fait que l'initiative ne traite pas du mode de financement comme une manière d'esquiver les problèmes.
La loi permettra d'affiner le mécanisme entre les montants réalistes pour atteindre le but (Le revenu de base doit permettre à l’ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique) et les moyens de le financer. La mise en oeuvre se fera par tâtonnements, car il est difficile de projeter les effets collatéraux de la mesure et l'impact sur le marché du travail ainsi que les impôts qui vont de pair.
Cet argument est donc malhonnête car le peuple aura toujours la possibilité de rejeter une loi qui ne tiendrait pas la route.

Écrit par : Pierre Jenni | mercredi, 30 mars 2016

Argument POUR, et par l'exemple: Les artistes, ces êtres qui bouffent de la vache enragée tout en vivant d'amour et d'eau fraîche, c'est un fait connu... Comme aussi celui qu'ils "sont en vacances toute l'année"...
Quelque soit la forme d'art qu'ils pratiquent, tant qu'ils n'ontpas reçu la "reconnaissance" d'on sait très bien qui, et pourquoi, la situation actuelle est exactement celle--ci:
-La galère des petits boulots, de l'enseignement à temps partiel, et ça c'est qu'en ils en trouvent, et s'ils n'en trouvent pas, eh bien, le chômage ne reconnait pas la pratique artistique comme un métier! Les services sociaux n'ont plus! Demandez à An-artiste notre membre abruti! Et pourtant cet ânes à des productions, des publications derrière lui, mais...:
- En fait curieusement, l'artiste paie pour exercer son art!! Sii! Croyez-vous que le matériel nécessaire, lui est donné? Nan! Donc! Demandez à An-artiste, il fait grève depuis 1999! (comment vous en avez pas entendu parler, lecteur de comm') Après 30 ans il en a eu marre d'être à l'avant-garde -involontaire- du libéralisme, du libertarianisme et autre barbarisme! "Incroyable! Moi qui me situe contre le travail érigé en dogme, je paie 3 fois pour bosser!" allait-il ânonnant...
Eh bien, avec un tel revenu, les artistes pourraient exercer, et perfectionner leur art, et laisser les petits boulots, etc. à ceux qui en ont soit besoin, pour augmenter leur niveau de vie (dans le sens ou ce revenu existait) soit envie...
Ca peut s'arrêter là, mais puisqu'on y est utopions:
An-artiste notre exemple à nous, à toujours été prêt dans une société gratuite, à mettre ses oeuvres en distribution gratuite! Imaginez dès lors une telle société, débloquée de son système d'échange par propriété! Accès à tout pour tous! La qualité de tout augmenterait, les idées s'épanouiraient et trouverait leurs débouchés concret, au lieu d'être sanctionnée par l'actionnariat, et le rapport de capital!
Combien de projets délaissés, qui pourraient faire progresser l'humanité, le sont parce qu'ils contreviennent au "marché", ou au profit?
Bon suffit, on s'emballe et qui, oui, qui à déjà vu des ânes même Abrutis, s'emballer? A part peut-être Cristo dont la cote de compte Monte? Sur ce mauvais -booouuuh- jeux de mots,la boucle du commentaire est bouclée...

Écrit par : Trio-Octet In inferno | jeudi, 31 mars 2016

Ce que je trouve de plus fabuleux dans cette initiative c'est la somme qui serait versée à des gens qui n'en ont aucun besoin. Au fond c'est la première fois que la gauche ferait l'aumône aux riches. Sans rire, quel gaspillage !
Il y a un manque d'imagination envers un vrai problème qui est que tout est trop cher en Suisse.

Écrit par : Christian Favre | jeudi, 31 mars 2016

Il y a des personnes qui risquent de ne jamais trouver d'emploi ou se rendre indépendantes en travaillant selon leur créativité.

Quid des assurances à commencer par l'assurance maladie, et autres sommes imposées?

Selon la réponse: tout payer, vivre sans travailler avec 2500 par mois?!

2500 une fois pour toutes: augmentation "rituelle" désormais annuelle de l'assurance maladie, loyers, vie, etc.?

Pour voter ne faudrait-il pas être mieux au courant: le moins de textes possible mais très précisément ce qui serait à charge de la personne sans emploi ne recevant que 2500 par mois?

Les personnes stressées, assommées, insécurisées ne lisent pas forcément l'ensemble des textes. Ne pas faire voter d'abord... informer clairement ensuite!

Pour ceux, nombreux, pléthore... qui prétendront qu'ainsi les paresseux seront choyés: pour les psys, tous, la paresse n'existe pas.
L'être humain est naturellement actif.

En revanche, traumatismes, scolarité calvaire pour le jeune, échecs divers, "y compris amoureux", deuils manque de confiance en soi, etc., "bloquent"! l'être humain.

Écrit par : Myriam Belakovsky | jeudi, 31 mars 2016

"les initiants l'estiment à 2500 francs par mois pour un adulte, plus 625 francs par mois par enfant ou adolescent à charge)" quel parent solo pourrait s'en sortir avec de telles sommes? 2 adultes ne travaillant pas toucheraient 5000.- et une maman solo avec 2 enfants ne toucherait que 3750.- Vous voyez le problème?

Écrit par : cijeo | jeudi, 31 mars 2016

Qu'Est-ce qu'elle touche, actuellement, inconditionnellement, la maman solo avec deux enfants ?

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 31 mars 2016

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