mercredi, 16 mars 2016

Vers l'égalité des droits entre homos et hétéros ?

 
mariage pour tous.jpgA petits pas comptés...

Le 28 février dernier, les votantes et tants ont repoussé, à une très faible majorité, une initiative démocrate-chrétienne à l'intitulé alléchant (il s'agissait d'équité fiscale), mais au contenu plombé par une référence explicite et normative au mariage dans sa conception traditionnelle, et donc forcément hétérosexuel, ce qui aurait, si l'initiative avait été acceptée, inscrit cette référence dans la constitution fédérale et fermé la porte à toute modification de la loi accordant également aux homosexuel-les le droit de se marier. Cette casserole sociétale traînée par l'initiative démo-chrétienne n'a sans doute pas été le premier motif de son refus (elle était également coûteuse pour les finances publiques, et socialement injuste puisqu'elle favorisait les couples mariés à hauts revenus. Mais si le PDC n'avait pas commis la maladresse (et cédé à ses réflexes conservateurs) en produisant un texte mélangeant réforme fiscale et blocage sociétal, ce texte aurait sans doute obtenu la double majorité nécessaire à son adoption. Son refus rend désormais possible une évolution de la conception même du mariage, vers le "mariage pour tous". Du moins pour tous ceux et toutes celles qui tiennent à se marier... et le parlement fédéral commence, à petit pas comptés, par réalisme, à prendre ce chemin, au grand désespoir des conservateurs.


"Jesus aussi avait deux papas !"

A petit pas, à coup de réformes spécifiques, on avance en Suisse, "à la suisse", vers le "mariage pour tous". Le Conseiller national PDC (valaisan) Yannick Buttet a beau rabâcher dans "Le Temps" que "la famille -sous toutes ses formes- constitue la cellule de base de la société", le "sous toutes ses formes" a une furieuse tendance à s'évaporer lorsque le PDC est mis au pied du mur du "mariage pour tous" : le texte de son initiative fiscale réduisait le droit au mariage au droit à un mariage entre un homme et une femme. Outre cela, la conception même de la famille comme "cellule de base de la société" est sociologiquement douteuse : la famille en effet ne peut être une cellule "de base de la société" puisqu'elle est désormais elle-même une société, dont les individus qui la composent sont les cellules de base... des individus qui n'avaient guère le choix du type de famille en laquelle ils devaient (car ils le devaient) vivre, et l'ont, désormais, avant même que la loi l'ait formalisé. Nul n'est obligé de se marier, nul ne devrait en être empêché pour des raisons ne relevant que de prescriptions sans raisons objectives.

Le mariage traditionnel, hétérosexuel et procréateur, n'a jamais empêché ni l'adultère, ni le divorce (ou la répudiation faute de divorce), ni les crimes passionnels, ni les familles monoparentales, ni les ménages à trois (et plus si entente), ni l'inceste, ni les couples sans enfant... Il n'est ni une condition de la famille, ni le soubassement de la société, mais une construction sociale, arbitraire et contingente comme toutes les constructions sociales. Il peut changer et être changé. Le mariage peut être ouvert aux couples homosexuels, le partenariat enregistré aux couples hétérosexuels, et le parlement fédéral s'apprête peut-être, sur proposition gouvernementale, à accorder aux couples homosexuels, qui ne peuvent encore être mariés, comme à tous les couples en union libre, le droit à l'adoption, alors que la loi sur le partenariat enregistré le leur dénie.  "Le principe selon lequel seules des personnes mariées peuvent adopter un enfant, ne correspond plus aux exigences de notre temps" dit, réaliste, le Conseil fédéral...

Le débat, qui annonce celui sur le "mariage pour tous", va être passionnel, alors qu'il devrait être rationnel : les conservateurs (et les réactionnaires) sont vent debout contre ce projet réformiste (et non révolutionnaire) :  "je préférerais mourir que de laisser passer cette réforme" assure l'udéciste genevois Yves Nydegger. On ne lui en demande pas tant, mais qu'il fasse à sa guise : la réforme passera si elle trouve une majorité parlementaire (une majorité de PLR et une minorité de PDC la soutiennent) et populaire (le référendum est garanti). Et l'udéciste genevois n'en mourra pas. Ni personne, pas même au sein des milieux religieux les plus hermétiquement fermés à ce genre d'évolution vers le "mariage pour tous", et à qui on s'autorisera à répondre par cette pancarte vue dans les manifs parisiennes en faveur du "mariage pour tous" : "Jésus aussi avait deux papas"...

15:37 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : mariage, mariage pour tous | |  Facebook | | | |

Commentaires

L'amour à Chaud: PACS sur la terre: Pacsé très récemment , le Couple Decaillet - Orsini vient de nous faire la démonstration que malgré des rapports textuels problématiques ,l'Homme a su gardé un grand sourire face à l’incommensurable vacuité des propos de la femme qui a fait la démonstration de sa quasi totale incompétence sur la position du Dossier de La Caisse de Retraite du Personnel de l’État.
Hélas quelques soupirs sur la difficulté de servir La République Laïque n'ont pas suffit pour masquer son absence au débats ..
Merde , exclue , on va vers des érections anticipées.

Écrit par : briand | mercredi, 16 mars 2016

En plus la famille "traditionnelle" est un barrage important a l'avènement de l'homme nouveau socialiste, le risque de perpétuation d'idéologies petit bourgeois en son sein est grand car l'état manque de mainmise sur la cellule familiale.

La plupart des gens on même la fâcheuse tendance a prioriser le bien de leur famille sur le bien commun, c'est dire s'il est urgent de la vider de sa substance, quitte a ignorer des fondamentaux comme le fait qu'un enfant est obligatoirement le fruit de la copulation d'un homme et d'une femme.

Écrit par : Eastwood | mercredi, 16 mars 2016

Outre qu'on n'en est plus à la copulation obligatoire d'un homme et d'une femme pour produire un gniard et qu'on se contente désormais de faire se rencontrer un spermato et une ovule dans une éprouvette, je vous rappelle qu'on parle surtout de mariage, et pas de famille et que le premier n'est pas la condition nécessaire de la seconde...

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 16 mars 2016

Ne vaudrait-il pas mieux une fois pour toutes ou en attendant encore autre
chose parler pour tous hétéros comme homos avec les dispositions juridiques appelées pacs: COMPAGNONNAGE?

Dédramatiser, relativiser.
Priorité: le bien-être des enfants.

Nul ne peut savoir s'il n'aimera qu'une fois ou toujours la même personne.

Préparer le mariage à l'état-civil y compris les dispositions en cas de divorce puis passer à l'Eglise se jurer fidélité dans le meilleur comme dans le pire n'est-ce pas incohérent?

Voire... se moquer du monde!?

Écrit par : Myriam Belakovsky | jeudi, 17 mars 2016

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