mardi, 23 février 2016

Initiative UDC de "mise en oeuvre" de l'initiative UDC (ad libitum) : Un grand coup de latte s'impose (pédagogiquement)

Parlons d'un enjeu sérieux du vote de dimanche -et donc d'autre chose que du MAH (dont on parle cependant ailleurs) : parlons de l'initiative de l'UDC pour la mise en œuvre de l'initiative de l'UDC pour l'expulsion automatique des "criminels étrangers". Parlons surtout de la nécessité de convaincre les derniers hésitants et les dernières hésitantes à balancer un grand coup de latte dans le fondement de ce texte. L'UDC a, depuis quelques années, pris l'habitude des succès sur des initiatives qui ne mériteraient que la poubelle. Les défaites en votation, elle a oublié le goût que cela avait -contrairement à nous, qui nous en repaissons avec la constance des héros romantiques. Repousser cette initiative absurde et vindicative aura ainsi une vertu pédagogique : réapprendre à ses auteurs le goût, doux-amer, de la défaite.


... la certitude méprisante que le peuple est assez stupide pour voter n'importe quoi...

L'initiative udéciste de "mise en œuvre" de l'initiative udéciste précédente a été lancée sans attendre la mise en œuvre proposée par le parlement, précisément en application de l'initiative victorieuse le 28 novembre 2010.  L'UDC ne cherchait pas à "mettre en œuvre" son initiative, elle cherchait seulement à faire un "coup" politique, en profitant du vent de xénophobie qui souffle sur la Suisse comme sur toute l'Europe. Elle n'a d'ailleurs même pas lancé de référendum contre la loi de mise en œuvre proposée par le parlement, et dont elle fait mine de croire qu'elle trahit son initiative, alors même qu'elle la concrétise de manière plus fidèle que sa soi-disant initiative de "mise en œuvre" : à titre d'exemple, on rappellera que la première initiative, celle acceptée, celle que l'UDC prétend "mettre en œuvre", laissait cinq ans au parlement pour être traduite en loi, délai respecté par le parlement, et qu'elle ne s'asseyait pas comme celle qui nous est soumise aujourd'hui sur les principes du droit et le primat du droit international. Bref, le parlement a fait son travail et a produit l'adaptation du Code pénal à la première initiative udéciste. L'acceptation de la seconde initiative rendrait cette adaptation impossible, alors même qu'elle contient un durcissement des dispositions répressives actuelles, au point d'être sur plusieurs points plus sévère que l'initiative de "mise en œuvre"...

Que l'initiative propose un renvoi des criminels étrangers ayant commis l'un des crimes les plus graves (meurtre ou assassinat, viol, brigandage, traite humaine, trafic de drogue, génocide) n'amène rien de nouveau à la pratique actuelle : ces criminels-là sont déjà expulsables, et le resteront dans la version du parlement. Mais l'initiative ajoute à ces crimes entraînant déjà une expulsion une liste de 14 délits parfois relativement mineurs (faux témoignage, lésions corporelles simples) qui actuellement ne l'entraînent pas automatiquement (quoique cela soit possible), et l'entraîneraient désormais en cas de récidive. Elle institue même, dans la constitution et non dans le code pénal, une nouvelle infraction d'"abus" en matière d'aide ou d'assurance sociales -une disposition qui frappe "quiconque", et pas seulement les étrangers, et qui n'implique même pas qu'on  ait réellement et volontairement tenté de tricher pour obtenir une prestation à laquelle on n'avait pas droit -comme l'illustrait Thierry Tanquerel la semaine dernière, la retraitée suisse de chez Suisse de souche qui avait omis de déclarer un revenu quand elle demandait à bénéficier de l'aide complémentaire serait concernée comme l'escroc rastaquouère à l'assurance -à se demander si les auteurs des initiatives udécistes lisent les textes qu'ils proposent avant de les balancer dans le processus politique... En revanche, l'initiative de "mise en oeuvre" "oublie" (volontairement ? Et pourquoi ?) de prévoir l'expulsion automatique, à la première condamnation, d'auteurs de crimes comme l'agression ou la contrainte sexuelle sur des enfants, alors que la loi concoctée par le parlement, et que l'UDC dénonce comme étant trop laxiste, la prévoit, elle, cette expulsion. Comme elle prévoit la possibilité d'une expulsion à vie, que l'initiative udéciste ne prévoit pas.

Disons en tout cas qu'il vaut infiniment mieux pour tout le monde que la dernière production udéciste finisse là où elle mérite de finir, ne serait-ce que pour nous éviter de devoir lancer une initiative de démise en œuvre, ou de mise en désœuvre, d'une initiative de "mise en œuvre" qui ne met en œuvre que la certitude méprisante de ses auteurs que le peuple auquel ils s'adressent est assez stupide pour voter n'importe quoi...

Fassent les urnes qu'ils soient démentis.

14:02 Publié dans Suisse, votations | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : udc, mise en oeuvre | |  Facebook | | | |

Commentaires

Tout atteinte au troisième pouvoir doit être rejetée. C'est le dernier rempart face à l'incurie des deux premiers.
Seulement voilà, les seuls qui méritent une bonne baffe ici, ce n'est pas l'UDC qui réussit régulièrement l'exploit de ratisser bien au delà de son électorat en se battant seule contre tous, mais les parlementaires qui se foutent de leur souverain et qui jouent aux roitelets vexés en mauvais perdants.
C'est ainsi que, fort de leur majorité représentative en Commission, ils ont déclaré qu'ils ne légiféreraient pas sur l'initiative validée en 2010 et ont donc eux-même provoqué par leur impair le lancement en 2012 de l'initiative de mise en oeuvre qui, elle, à son tour, a forcé les députés à se mettre au travail pour pondre une loi qui reprend presque mot à mot le contre-projet du CF qui, lui, avait été rejeté à plus de 75 %.
Je déplore la gourmandise de l'UDC qui pousse un peu loin le bouchon, mais je valide la forme.
Au final, quel que soit le résultat, l'UDC aura gagné et elle saura capitaliser sur le résultat pour consolider son électorat.
Voir ses membres goûter à l'amertume de la défaite n'est qu'une projection de ceux qui, jour après jour, doivent boire cette coupe et rêvent de voir les gagnants descendre à leur niveau. C'est petit, et un peu pathétique. Mais ça dénote surtout l'absence de programme, d'enthousiasme et de capacité à enchanter.

Écrit par : Pierre Jenni | mardi, 23 février 2016

Pierre Jenni : Mais comment peut-on tout confondre à ce point là ?

L'initiative pour le renvoi des criminels étrangers a déjà été acceptée par le peuple.

Là, il s'agit uniquement d'un énième coup politique de l'UDC qui entend bien surfer sur la xénophobie ambiante.

Ne pas le comprendre c'est encourager ce parti à continuer à prendre la population en otage avec des initiatives plus irresponsables et démagos les unes que les autres.

Mais peut-être trouvez vous cette attitude constructive ??

Écrit par : Vincent | mercredi, 24 février 2016

"Tout atteinte au troisième pouvoir doit être rejetée. C'est le dernier rempart face à l'incurie des deux premiers."
Il y a tout de même un sérieux problème avec la légitimité de ce 3ème pouvoir. C'est en arrivé à un point caricatural chez les Français - pensez au mur des cons...- et chez les Américains. Voyez l'importance de la nomination d'un juge à la Cour suprême : le sort des USA en dépend...
Voici ce qu'écrivait E.Zemmour en 2014 (Figaro, 4 septembre) : "Les juges relâchent à tout va des multirécidivistes et les immigrés clandestins; le Conseil constitutionnel censure la loi trop répressive; la Cour européenne interdit une protection des frontières et Frontex (la police européenne) ne fonctionne pas. la machine immobilisante est bien huilée. Autrefois, l'état de droit assurait la protection du citoyen contre un État trop puissant et tenté d'abuser de son pouvoir; désormais, l'état de droit interdit à L’État de tenir son rôle de protection des citoyens."

Écrit par : Géo | mercredi, 24 février 2016

Le respect de la démocratie, vous ne connaissez pas. Qu’une initiative vous plaise ou non et que ça vous dérange, franchement on s’en fout. Une initiative c’est un droit que tout le monde doit respecter y compris vous-mêmes. Je ne suis par pour cette initiative car elle va beaucoup trop loin. Mais les personnes qui ont signé cette initiative et qui la défendent ont le droit au même respect que les opposants. Ca fait partie du jeu et du respect de la démocratie. Vous faites partie de ces gens "bien intentionnés" qui crient à l'interdiction des initiatives quand le texte ne leur plait pas. Vos propos ne vous honorent pas car indirectement vous attaquez la base de la démocratie. Alors SVP un peu de respect et arrêtez de traiter de crétins les gens qui ne pensent pas comme vous.

Écrit par : Boccard | mercredi, 24 février 2016

Sympa votre conception de la liberté d'expression et du débat....

C'est vrai qu'avec vos textes qui sont d'un tel niveau, il ne doit pas vous être facile de les mêler avec les piètres élucubrations de la plèbe. Vous êtes tellement au dessus de ça !

Écrit par : Vincent | mercredi, 24 février 2016

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