mardi, 19 janvier 2016

Jean-Claude Gandur, "Le Courrier", le MAH+...

Confusion des enjeux


Jean-Claude Gandur s'invite dans la campagne contre le projet Nouvel-Jucker d'extension du Musée d'Art et d'Histoire, projet dont il est le principal partenaire financier privé : L'homme d'affaires a déposé deux plaintes contre «Le Courrier», pour calomnie, diffamation et atteinte à l’honneur, à la suite de la parution dans le quotidien d'un dossier lui étant consacré et qui lui a fort déplu. La plainte demande au Tribunal de Première instance de condamner le Courrier à lui verser (ainsi qu'à sa fondation et sa société) 20'000 francs, avec des intérêts à 5 % (Gandur affirmant ensuite qu'il se contenterait d'un franc symbolique), soit condamné aux frais et dépens, et à une participation aux frais d'avocat. L'attaque de Gandur contre "Le Courrier" a été dénoncée par le syndicat des media, Syndicom, et par l'association professionnelle des journalistes, Impressum, comme une "attaque frontale contre la liberté de la presse et l'indépendance du journalisme" (Syndicom). Impressum s'inquiète de la tendance croissante à l'intimidation judiciaire des journalistes, de la part de personnalités publiques, et les deux organisations s'étonnent que Gandur n'ait utilisé ni son droit de réponse, ni son droit de plainte auprès du Conseil suisse de la presse, et se soit adressé directement à la Justice pénale.  Heureusement que, comme le relève Sami Kanaan, "le projet du MAH va bien au-delà du rôle de Jean-Claude Gandur dans le montage" financier, parce qu'il ne manquait plus que l'appel à la justice salvatrice de l'amour-propre pour rendre l'enjeu totalement inintelligible...



Nosferatu.jpgCe n'est qu'un débat, continuons le confus...


 
Jean-Claude Gandur s'y refusait, Sami Kanaan s'y était engagé : la convention liant la Ville de Genève et (ou "à") la Fondation Gandur pour l'Art (FGA) a finalement été révisée -une révision, largement éclipsée par la révélation de la procédure engagée par Jean-Claude Gandur contre "Le Courrier". La révision de la convention a essentiellement porté sur la forme,  par toilettage (bienvenu) et de une clarification (bienvenue), puisque sa finalité reste la même (l'exposition d'une partie des collections de la FGA par le Musée d'Art et d'Histoire rénové et agrandi, en échange d'une participation de 40 millions de francs de la FGA à cette rénovation et cet agrandissement). Que contient la révision de la convention ? En gros (on se reportera pour plus de détails au tableau comparatif que nous proposerons d'ici peu), une meilleure distinction du partenariat scientifique et culturel et du mécénat (puisqu'on continue à considérer, à tort, comme du mécénat un apport financier faisant l'objet d'une contrepartie matérielle, d'ailleurs redimensionnée par la révision de la convention), la précision du périmètre accordé à la FGA dans les locaux du futur musée ou, nouveauté, en d'autres lieux, une clarification des règles de collaboration et de "gouvernance" du musée (à partir d'un principe de non-ingérence réciproque du MAH et de la FGA), une précision des modalités de partage des revenus, une prise en compte des apports en nature du MAH, et une référence aux codes de déontologie de l'ICOM (Conseil international des musées) et du Conseil administratif. La nouvelle convention rend l'ancienne caduque, mais reste valable 99 ans -à dater de sa signature, intervenue plus de cinq ans après celle de la première convention ce qui prolonge de fait d'autant l'éventuelle collaboration conventionnée de la Ville et de la FGA, pour autant que le projet Nouvel-Jucker soit accepté le 28 février et que les travaux aient commencé le 11 mars 2018...

Par la révision de la convention Ville-FGA, "notre but n'est pas de convaincre les opposants" au projet de rénovation-extension (à l'impossible nul, pas même Sami, n'est tenu), mais de convaincre "les indécis", a précisé Sami Kanaan. Et va y avoir du boulot. Parce que l'annonce de la révision de la convention a été quelque peu éclipsée par celle de la procédure pénale engagée par Jean-Claude Gandur contre le quotidien "Le Courrier", pour le portrait fait de lui dans le journal, en mai dernier. Euphémique, Sami Kanaan a regretté "ce conflit contre-productif" du point de vue des partisans du projet -et fort utile aux opposants.
Le résultat du vote du 28 février ne va de toute façon pas clore le débat : quel qu'il soit, ce résultat, il faudra bien que les perdants s'interrogent sur les raisons de leur défaite -et même que les vainqueurs s'interrogent, s'ils le peuvent, sur les conséquences de leur victoire, sur le musée lui-même et sur la politique culturelle genevoise. Parce qu'entre le "non" modèle udéciste (la culture, ça coûte toujours trop cher, vive le sport), le "non" du club des collectionneurs modèle Barbier-Muller qui ne veut pas laisser salir ses tapis par les pieds sales d'un Gandur,  et Gandur lui-même qui veut rétablir la censure préalable (mais seulement pour "Le Courrier", à qui il veut "interdire dans le futur" de porter atteinte à sa personnalité), on va finir par le soutenir, le projet MAH+, rien que par amour des causes perdues, quoi qu'on en pense par ailleurs...

14:38 Publié dans Culture, Genève, votations | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mah, mah+, gandur | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien sûr, bien sûr. Mais...faites pas chier. On va pouvoir avoir accès à des collections d'un mécène. C'est tout bénef pour le pôvre. Si vous voulez en découdre avec le capital, allez mordre ailleurs (c'est-à-dire à peu près n'importe où !) Mais laissez les gens voir ces oeuvres. Pour le reste, savoir si le génie du bâtiment original n'est pas oublié....En ce qui me concerne, il s'agit d'une grosse pâtisserie néo-classique, tendance mussolinienne, prétentieuse et totalement désuette.

Écrit par : Nauh Vail | mardi, 19 janvier 2016

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