lundi, 18 janvier 2016

Initiative de "mise en oeuvre" : De l'enfumage comme art politique

initiative de mise en oeuvre, UDCPour tenter de convaincre une majorité de votants dans une majorité de cantons de soutenir son initiative de "mise en oeuvre" de l'expulsion automatique des "criminels" étrangers (pour son propre électorat, aucune argumentation n'est nécessaire, il suffit de dire d'un texte qu'il est "contre les étrangers" pour que cet électorat l'approuve...), l'UDC va constamment brouiller les repères légaux, bidouiller les chiffres, dissimuler des faits et en inventer d'autres -bref, mentir comme une arracheuse de dents. Une arracheuse indigène, évidemment, et de dents importées, forcément. Son "tous ménages" de campagne est, dans ce domaine, exemplaire d'une démarche d'enfumage du bon peuple. Une démarche dont l'UDC est d'ailleurs coutumière, dont elle a fait un véritable art politique, et dont on ne peut que constater l'efficacité. Qui, déjà, disait (à raison, semble-t-il) qu'un mensonge répété devient une vérité ?


En attendant une initiative de clarification de l'initiative de mise en oeuvre de l'initiative...

Le 28 février, on va voter sur un texte qu'on devrait enseigner dans tous les instituts de science politique et toutes les écoles de marketing et de communication, pour ce qu'il vaut réellement : un exemple jusqu'à présent inégalé dans ce pays, d'hypocrisie, de mauvaise foi, de traficotage des chiffres, d'ignorance délibérée des principes de l'Etat de droit (l'individualisation et la proportionnalité des peines, le pouvoir d'appréciation des juges, l'égalité devant la loi) et des impératifs légaux (le respect des conventions internationales et des accords internationaux). L'initiative de "mise en oeuvre" atteint quelque part au sublime d'une sorte de monument érigé à la certitude que "le peuple" est au fond majoritairement formés d'imbéciles définitifs et d'analphabètes irrécupérables, à qui on peut tout dire, tout faire croire, pour peu qu'on le dise avec force -et surtout, qu'on le dise des (beuark) étrangers...

Le titre même de l'initiative est mensonger : cela s'appelle initiative "pour le renvoi effectif des étrangers criminels (initiative de mise en œuvre)" ?  : le renvoi ne sera effectif que si le pays dont l'étranger est ressortissant accepte de le reprendre (ce qui n'est généralement pas le cas)... des étrangers "criminels" ? l'initiative propose le renvoi de simples délinquants... initiative "de mise en œuvre" de l'initiative précédente ? On me met pas en œuvre une initiative précédente, on pose un nouveau texte, avec de nouvelles dispositions, une nouvelle liste de délits susceptibles de conduire à une expulsion... une liste que le président de l'UDC, Toni Brunner, dans le journal de campagne de l'UDC, se garde bien de donner in extenso, en se contentant, après quelques exemples de crimes particulièrement graves (et dont les auteurs peuvent déjà être expulsés selon les lois actuelles), d'un "etc..." porteur de menaces indistinctes, mais recouvrant des délits mineurs... On pourrait ainsi expulser une personne née en Suisse, n'ayant jamais vécu ailleurs et n'ayant aucune attache avec le pays dont elle est ressortissante, et l'expulser parce qu'elle aura été condamnée (même une première fois avec sursis) pour deux délits mineurs, même de nature différente, et  relevant plus de l'incivilité que de la délinquance (du genre affichage sauvage et participation à une manif interdite, bagarre dans un bistrot et alcool au volant, fraude à l'assurance et injures...).

"Il devrait aller de soi qu'un étranger respecte les lois de son pays d'accueil", pontifie le "tous ménages" de campagne de l'UDC (Il serait bon aussi que ceux qui prétendent vouloir les changer les lisent et les connaissent). Parce qu'il ne va pas de soi qu'un indigène les respecte, les lois de son pays ? C'est bon à savoir, au cas où nous viendrait, sait-on jamais, quelque pulsion illégaliste... De toute évidence, c'est la seule qualité (ou plutôt le seul défaut, pour ne pas écrire le seul crime) d'être "étranger" qui vaut aux "criminels" (et aux délinquants) étrangers la double peine automatique que propose l'UDC. Tout le reste, tout le solde de l'argumentaire udéciste, constitue précisément la fumée de l'enfumage auquel se livre l'UDC. Les statistiques de "criminalité" produite par le parti à l'appui de son initiative ? Quand on n'y confond pas criminels et délinquants, on y confond, tout aussi volontairement, inculpés et condamnés. Les statistiques pénitentiaires ? On essaie de faire croire qu'on videra les prisons en expulsant les "criminels" étrangers, alors qu'on ne pourra les expulser -si encore on y arrive- qu'après qu'ils aient purgé leur peine en prison -où l'on devra sans doute les réincarcérer pour un retour illégal en Suisse.

Si le 28 février la navrante initiative udéciste devait être acceptée, "le PS devra peut-être lancer une troisième initiative de correction et de clarification de l'initiative de mise en oeuvre de l'initiative sur le renvoi", ironise le chef du groupe parlementaire socialiste, Roger Nordmann. Peut-être, en effet. On aurait ainsi inventé une sorte de mouvement politique perpétuel... un moulin législatif et constitutionnel meulant pour meuler, mais après avoir soigneusement trié le bon grain de l'ivraie, pour ne moudre que l'ivraie.

17:29 Publié dans Immigration, Justice, Politique, Suisse, votations | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : initiative de mise en oeuvre, udc | |  Facebook | | | |

Commentaires

Mon dieu quel texte, Pourquoi tant de colère dans ce texte. Etes vous en colère contre l'UDC ou les autres partis politiques ?
Effectivement cette initiative va trop loin, mais réfléchissons un peu, qui sont les coupables d'une telle situation. L'initiative de 2010 n'est pas appliquée.
"En novembre 2014, la commission du Conseil des Etats revient sur le compromis trouvé par le Conseil national en ajoutant une clause de ri­gueur autorisant le juge à renoncer à une expulsion. Cette disposition, qui donne une marge d'appréciation supplémentaire aux juges, avait été explicitement rejetée par le peuple lors du contreprojet à l'initiative du Conseil des Etats."
Si nos chers parlementaires et politiciens de tout bord avait un peu plus de respect pour une votation populaire nous n'en serions pas à ce point. La base de la démocratie consiste (après discussion et débat, ce qui a été fait) à respecter une décision des votants même si nous ne sommes pas d'accord. les citoyens ne demandent certainement pas aux parlementaires de magouiller des textes d'initiative avec des entourloupes juridiques.
Maintenant de hurler ou de se réfugier dans une pseudo dignité c'est un peu tard. Quand le vin est tiré il faut le boire. Le coupable ce n'est pas l'UDC mais c'est le manque de respect des votants par les autres partis politiques. Le plus navrant et le plus triste, c'est que nous faisons exactement la même erreur avec une initiative nommée RASA.

Écrit par : Boccard | lundi, 18 janvier 2016

La pseudo initiative de "mise en œuvre" de la navrante initiative précédente n'est pas une réponse à l'adoption par les Chambres fédérales d'une loi d'application qui déplaît à l'UDC : l'initiative de "mise en œuvre" a été lancée AVANT que la loi d'application ait été votée... c'est une pure (et efficace)opération politicienne pré-électorale pour se faire mousser.

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 18 janvier 2016

Le Mouton Noir dans un troupeau de moutons noirs se pose la question du renvoi comme une peine additionnelle comparée au délinquant de nationalité suisse.
Le renvoi en tant que tel est-il une peine ou une mesure administrative qui dans certains n'est que l’aboutissement du constat de l'absence de possibilité d’intégration dans une société dont les codes s'articulent autour des concepts de "famille et de travail."
En l'absence de ces deux critères d’intégration , nous nous satisfaisons de mesures d'accompagnements s'articulant autour de l'aide l'aide sociale et de la répression, l'une se conjuguant souvent avec l'autre.
Nulle autre perspective que de végéter dans un Disney land social qui fait semblant d’ignorer la débrouille , les petits boulots , une délinquance de basse intensité.
Alors Hypocrisie , traficotage, ne sont pas l’apanage de nos adversaire les grands cerfs qui brament .

Écrit par : briand | lundi, 18 janvier 2016

Les grands chefs de l'UDC mentent comme ils respirent et ils propagent des valeurs moyenâgeux et nationalistes qui sont indignes d'un pays ouvert et moderne tel que la Suisse. Même sur cette initiative ils essayent de brouiller les conséquences quand M Vogt (qui est à l'origine de cette initiative!) dit que les Secondos ne seraient pas concernés et les autres chefs de l'UDC disent le contraire (Freysinger, Amoudruz etc.). Tout est dit dans l'article ci-dessus et j'espère que cette fois les gens vont voter en parfaite connaissance des causes. L'arrogance de l'UDC a dépassé toutes les bornes. Finissons-en, une fois pour tout.

Écrit par : Willy Gruen | lundi, 18 janvier 2016

"le renvoi ne sera effectif que si le pays dont l'étranger est ressortissant accepte de le reprendre (ce qui n'est généralement pas le cas)... des étrangers "criminels"

Ben voyons ! Il nous faudra donc nous résigner à construire une prison chaque année car notre pays reste un des plus attractif pour cette fange de population. Et augmenter le budget en conséquence pour la prise en charge des détenus dont la résidence surveillée coûte chaque jour l'équivalent d'une chambre dans un cinq étoile.

A moins qu'on revienne sur la proposition gag de Yves Nidegger en créant une enclave suisse au Maroc qui libérera les places dans nos prisons tout en créant de l'emploi pour les autochtones. Voilà qui devrait faire réfléchir les délinquants qui ne craignent pas de passer quelque temps dans les clubs meds bourrés de gentils organisateurs que sont nos régimes carcéraux.

Écrit par : Pierre Jenni | mardi, 19 janvier 2016

Les commentaires sont fermés.