lundi, 23 novembre 2015

A propos de Staline, de Lénine, de Trotsky et des autres...

Retour sur une défaite

Et si on parlait d'autre chose que de l'islam et de ses dérives ? Si on parlait de nous -ou de qui fut une part de nous, naguère ? Il y a quelques semaines, la télé (France 2) nous gratifiait d'une soirée entière dédiée à Staline, sa vie, son oeuvre, ses crimes. On était dans la vulgarisation, dans le spectacle, le résumé hasardeux, les raccourcis simpliste et les images colorisées... Mais aussi dans un rappel utile, au travers du Petit Père des Peuples, de la plus lourde défaite historique du mouvement socialiste : l'Union Soviétique. Celle de Staline, bien sûr -mais cet arbre qui cache la forêt est un coupable trop idéal pour être le seul : celle de Lénine aussi, et celle de Trotsky. Celle d'une conception de la révolution, du pouvoir, du socialisme qui fut une défaite de la révolution, une captation du pouvoir, une trahison du socialisme. Une défaite plus considérable encore que celles subies face aux fascismes  -après tout, ceux-ci étaient les ennemis du mouvement révolutionnaire, s’avançant et se disant tels et agissant comme tels. Les bolcheviks, eux, se revendiquaient du mouvement révolutionnaire, jusqu’à s’en prétendre les seuls héritiers légitimes. Comme les djihadistes pour l'islam ? Comparaison n'est pas raison, sans doute -mais n'est-ce pas le sommeil de la raison qui engendre ces monstres ?


stalineclown.jpgNous n'avons pas fini d'apprendre de la défaite du socialisme en Russie, en 1917

Les mots doivent avoir un sens, y compris lorsqu'ils désigne un projet politique : il y a socialisme là où la propriété des moyens de production (la terre, le capital, le travail, l’information) est socialisée, et où le pouvoir social et politique est exercé par les citoyens eux-mêmes -par les travailleurs, si l’on accepte de considérer comme tels tous ceux qui ne tirent pas leur revenu du travail des autres. Il n’y a pas socialisme là où la propriété des moyens de production est privée, ni là où elle est étatisée ; il n’y a pas socialisme là où le pouvoir politique est en mains d’un parti unique se confondant avec l’Etat, ou en mains des détenteurs du capital ; il n’y a pas socialisme là où la propriété étatique des moyens de production et l’exercice du pouvoir politique par un parti-Etat produit cette « nouvelle classe » dénoncée en son temps par Milovan Djilas, et qui fut la classe dominante dans tous les systèmes fondés sur le collectivisme d’Etat et s’inspirant du léninisme -de la Russie à la Chine, de la Yougoslavie au Vietnam. Ce mode de production, le collectivisme d'Etat, est spécifique, et non une forme particulière de capitalisme ou de socialisme, quoiqu’il emprunte au premier quelques traits distinctifs -mais en les poussant à l’extrême, à la totalité, et qu’il vole au second l'expression rhétorique de son espérance. Il est caractérisé par la propriété étatique des moyens de production, par le renforcement jusqu’à l’extrême limite des possibilités de tous les pouvoirs et de tous les appareils d’Etat (appareils répressifs, idéologiques et sociaux) et par la généralisation du salariat comme norme sociale impérative et mode unique et obligatoire de rétribution du travail et du temps de travail : qui n’est pas salarié est parasite ou bagnard, le premier statut conduisant au second. Propriété d’Etat et non propriété sociale ; renforcement de l’Etat et non dépérissement de l’Etat, ou substitution de la Commune à l’Etat ; généralisation du salariat, et non libération du travail : sur ces trois points fondamentaux, le collectivisme d’Etat est non seulement, dans la réalité, le presque exact contraire du socialisme, et plus éloigné de lui que le capitalisme, mais il sanctionne aussi une formidable régression du projet révolutionnaire, confié désormais au parti et à l’Etat, en même temps que le pouvoir est confié au premier et la propriété au second, contre les citoyens et contre les travailleurs.

Le duel apparent, et pour une bonne part théâtral, du capitalisme et du collectivisme d’Etat, permit en tous cas (en l’y contraignant) au premier de se réformer, de s’adapter, de se socialiser, tout en invoquant en réponse à toute tentative, même réformiste, d’aller plus loin dans le changement, le spectre d’un Ennemi aussi commode pour le capitalisme que Satan naguère pour les églises chrétiennes. Ce manichéisme était confortable, il fut formidablement efficace : il suscita la fabrication du capitalisme socialisé, pour que perdure le capitalisme -il n’y avait plus dès lors qu’à brandir la menace d’une régression sociale en comparant les situations respectives des travailleurs « occidentaux » et « soviétiques » : cette comparaison parlait d'elle-même, et cette situation dans les pays "communistes" (cadences de travail, niveau de vie, libertés) renvoyait non à l’espérance socialiste, mais au souvenir du capitalisme sauvage du XIXème siècle. L’avenir radieux avait la forme du passé sombre : rien ne fut plus efficace pour inviter les travailleurs occidentaux à se contenter de ce que leur offrait le compromis social-démocrate, que la vision de ce qui était imposé aux travailleurs de l' « autre monde ».

Le mur est tombé, qui masquait l’horizon : sa chute n’est pas une défaite du projet révolutionnaire, mais au contraire le moment de son dévoilement possible. Encore ce mur n’est-il tombé qu’en Europe, et cet horizon n’a-t-il été dégagé qu’ici. On s’est peu soucié de la formidable expansion de l’étatisme, et sous sa forme la plus absurde, la plus inefficace, la plus corrompue, dans les Etats nés de la décolonisation, et qui, s’étant construits en tant qu’Etats avant que la société n’ait été construite, ou reconstruite, s’étaient orientés vers la bureaucratie généralisée, et une forme de collectivisme d’Etat sans base économique, de bureaucratie sans base de classe -bref, d’Etats sans autre réalité que l’intérêt que les anciens colonisateurs ou leurs concurrents dans le partage du monde prêtaient à leur création, puis à leur survie, et l'intérêt que leurs créatures trouvaient à le peupler. Ce n’est pas en 1989 que le capitalisme a vaincu le « communisme » : c’est en 1917.

Fondamentalement, le mode de production collectiviste d’Etat fut une belle affaire pour le capitalisme, engloutissant l'espérance révolutionnaire dans la monstrueuse escroquerie stalinienne, éliminant ou désarmant les ennemis du capitalisme, ou les transformant (selon qu’ils étaient simples militants ou dirigeants) en instruments ou en complices de cette élimination et de ce désarmement. Le léninisme, le stalinisme, le maoïsme et toutes leurs variantes ont tué, emprisonné, éliminé de toutes les façons, plus de révolutionnaires (et d’entre eux, plus de communistes) que le capitalisme, plus que le fascisme et le nazisme.

S'il est vrai qu'on apprend plus de ses défaites que de ses victoires, nous n'avons pas fini d'apprendre de la défaite du socialisme en Russie, en 1917. Encore faut-il que nous soyons disposés à apprendre de ceux qui, les premiers, le mirent en lumière -les Souvarine, Voline, Orwell...

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Commentaires

Et c'est aussi en 1926 que vient la défaite du fascisme de Mussolini.

D.J

Écrit par : D.J | lundi, 23 novembre 2015

Ce qui ne tient pas dans votre théorie c'est d'oublier que tout les socialistes occidentaux ont vénéré d'une manière ou d'une autre pendant plus de 70 ans le socialisme soviétique. Les marxistes-léninistes pour la pensée de Lénine, les trotskistes pour celle de Trotsky sans oublier la Chine avec les maoïtes. Sans parler de l'hommage fait à Staline par l'Humanité quand il décéda.

http://frettois.canalblog.com/archives/2012/03/05/23175664.html

Bref aduler des décennies le socialisme soviétique pour ensuite venir nous dire qu'il n'a jamais existé en URSS c'est juste de la mauvaise foi la plus crasse pour ne pas admettre que vous avez aduler un mensonge pendant des décennies. mensonge que vous perpétuer dans ce billet.

D.J

Écrit par : D.J | lundi, 23 novembre 2015

évidemment le problème ne vient pas du Grand Soir mais du lendemain matin.
propos retransmis librement à la suite de la rencontre entre Piketty et Besancenot à Paris .
Moi qui suis lève tôt , je suis très inquiet de l’avènement des Aubes Dorées ici et là et pas loin de chez moi..
J'en reste aux commentaires vagues et généraux , il y a suffisamment d'experts en spécialités sur cette Plate-Forme.

Écrit par : briand | lundi, 23 novembre 2015

Détrompez-moi: le programme du parti "socialiste" suisse prévoit bien la socialisation de la propriété des moyens de production que vous citez, oui ou non? C'est bien pour cette raison que vous en êtes membre, non?

Écrit par : Jules | lundi, 23 novembre 2015

Les marxistes-léninistes, trotskystes et maoïstes, pour vous, c'est "tous les socialistes occidentaux" ? je crains qu'il vous faille revoir sérieusement vos catégories politiques.

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 23 novembre 2015

"..je crains qu'il vous faille revoir sérieusement vos catégories politiques."

Il est plus qu'incapable.

Écrit par : Kasperle | lundi, 23 novembre 2015

Remarquable précis sur l'histoire du socialisme en Russie.
Compliments, Monsieur Holenweg !

Écrit par : Chuck Jones | mardi, 24 novembre 2015

"Remarquable précis sur l'histoire du socialisme en Russie."
Remarque qui semblerait indiquer que vous n'y avez rien compris...

Excellente analyse, monsieur Holenweg. Il y manque l'essentiel : comment gérer à l'échelle de nos sociétés actuelles l'appareil de production, la rétribution des gens (travailleurs...) et le fonctionnement général de ces sociétés sans Etat ?
Votre analyse vous permet de vous draper dans votre pureté socialiste mystique et vous n'avez même pas l'air de vous en apercevoir...
A vingt ans, j'ai été mao : les arguments étaient les mêmes. D'où la révolution culturelle, la lutte contre Liou-Shao-Shi...Sauf que derrière, il y avait un leader encore pire que les autres, Mao himself. Le communisme chinois était vu ici comme le communisme de la troisième génération, anti-stalinien et en lutte contre l'impérialisme soviétique. Sur le terrain, en Angola, en Rhodésie. Et dès la fin de la guerre du Vietnam, il ne vous a pas échappé qu'une nouvelle guerre a éclaté avec la Chine...

On se réjouit de lire de votre part comment appliquer le socialisme...

Écrit par : Géo | mardi, 24 novembre 2015

@ D. J.

Vous écrivez ceci :

"Bref aduler des décennies le socialisme soviétique pour ensuite venir nous dire qu'il n'a jamais existé en URSS c'est juste de la mauvaise foi la plus crasse pour ne pas admettre que vous avez aduler un mensonge pendant des décennies."

Comment savoir si Monsieur Holenweg a véritablement adulé le socialisme soviétique pendant des décennies ?!
Il me semble que cela fait des décennies que plus personne ne pense à glorifier le communisme dogmatique des pays ayant souffert de ce régime.
Le " vous" concerne peut-être l'ensemble du Parti Socialiste ?
Au fond, P. Holenweg devrait s'excuser de faire partie d'un parti politique suisse, dont une partie des racines a quelque chose en commun avec les racines du communisme soviétique. Il devrait passer par la case "contrition" pour pouvoir faire une analyse crédible ...
Personnellement, je n'ai pas besoin de ces formules de confession publique, qui ont quelque chose de maoïste ou de chrétien (pardonnez-moi, car j'ai péché ...).
Je ne trouve pas cela nécessaire, car être socialiste en Suisse n'a rien à voir avec être stalinien en URSS.

La question de fond étant : comment tenir un discours critique nuancé sur des faits historiques, sans devoir se mettre en scène en tant qu'individu ? Doit-on endosser les dérives d'un système donné sous prétexte que des prédécesseurs ont pu se tromper de loyauté à un moment donné dans le passé dans ce pays ou ailleurs ?

La série documentaire de France2 "Apocalypse Staline" expose de façon compréhensible les dérives des dirigeants qu'étaient Lénine, Staline, Trotsky par rapport aux théories marxistes, sans pour autant entrer dans des détails. L'aspect biographique est très intéressant.
Il y aurait probablement matière à des débats infinis, mais le résultat sur le terrain ayant été épouvantable, on n'a pas à ergoter : la mise en pratique de la théorie en ex-URSS a été une arnaque. Des méthodes d'un cynisme incroyable ont prévalu pendant des décennies.
Ce documentaire a un côté agaçant, de par le ton dramatique, et je me suis méfiée d'être prise en otage par la côté spectaculaire. La coloration peut donner l'impression qu'il s'agit davantage d'une fiction que d'un collage de films d'époque.
Mais ma mère, qui a vécu une partie des événements en tant que contemporaine dans un petit pays voisin de l'URSS, l'a regardé avec un autre oeil et elle y a retrouvé des faits, tels qu'elle a pu les avoir perçus en tant qu'adolescente et jeune adulte.
Il est entendu, qu'à l'époque les informations ne circulaient pas de façon très ouverte et qu'il n'est pas possible de tout comprendre en temps réel.
Une analyse fine faite en 1960 ne peut être la même qu'en 1990 ou en 2015.

Écrit par : Calendula | mardi, 24 novembre 2015

Encore un effort, Monsieur Holenweg, juste un ...

"Le léninisme, le stalinisme, le maoïsme et toutes leurs variantes ont tué, emprisonné, éliminé de toutes les façons, plus de révolutionnaires (et d’entre eux, plus de communistes) que le capitalisme, plus que le fascisme et le nazisme."

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | mardi, 24 novembre 2015

Pas très bandant comme programme.
Travail, salaire, tout ce à quoi la jeunesse actuelle tente d'échapper.
Si la vision de Jeremy Rifkin se confirme et que nous nous dirigeons vers une société d'abondance, nous deviendrons tous rentiers.
Arbeit macht frei, disait l'autre. Je préfère être libre de choisir de travailler ou non.
Pour le moment, la tendance est encore à l'exploitation des masses travailleuses par une minorité insatiable. Le modèle, le graal, c'est d'inventer une application qui cartonne et encaisser les dividendes. N'allez pas parler de travail à nos universitaires et autres Si cons vallets.
Alors, plutôt que revenir sur l'histoire avec nostalgie, défendez hardiment le revenu de base inconditionnel. Ce sera un pas dans la bonne direction.

Écrit par : PIerre Jenni | mardi, 24 novembre 2015

@Geo, @Pierre Jenni,

Il était question d'histoire.

Écrit par : Chuck Jones | mardi, 24 novembre 2015

"Il était question d'histoire." Certes, mais si vous en parliez, c'est bien pour en tirer des leçons ?
Dans la théorie marxiste-léniniste, le parti est l'avant-garde du prolétariat. Ses rapports avec lui ne sont pas dû à un amour immodéré des travailleurs, l'ouvriérisme étant régulièrement dénoncé, mais simplement au fait que la classe ouvrière est révolutionnaire en soi, ne disposant que de sa force de travail.
Que devient le parti, dans votre optique, sachant que "les masses sont trade-unionistes" ?
Et depuis la Commune, il est devenu évident pour tous les socialistes qu'il fallait se méfier du retour de bâton des Versaillais. D'où la dictature du prolétariat. Appliquée par qui sinon l'Etat ?
Il y a plein de gens sympathiques qui nous disent "anarchie", "autogestion" et tutti quanti. A toute petite échelle, cela fonctionne déjà très mal et il y aura toujours des leaders qui baiseront toutes les femelles du troupeau. Je parierais que vous l'avez vécu...
Alors quoi ?
le capitalisme à but social à la Duttweiler, avec une bonne protection de tous ceux qui composent la société me paraît le système le plus adapté à nos sociétés occidentales. A condition de ne pas verser dans l'internationalisme et de modérer les entrées de personnes de culture différente et inadaptée à nos valeurs. Encore une bonne raison de ne pas être socialiste...

Écrit par : Géo | mercredi, 25 novembre 2015

@Geo

« "Il était question d'histoire." Certes, mais si vous en parliez, c'est bien pour en tirer des leçons ? Dans la théorie marxiste-léniniste, ... »

M Holenweg explique que l'idéologie du socialisme (Dans le texte, "Il y a socialisme là où la propriété des moyens de production ... est socialisée, et où le pouvoir social et politique est exercé par les citoyens eux-mêmes ...") a été abandonnée en Russie en 1917.

Votre référence au marxisme-léninisme paraît dès lors un tout petit, petit peu en avance pour avoir une quelconque capacité d'influence sur l'idéologie socialiste elle-même, avant qu'elle ne fût abandonnée.

Écrit par : Chuck Jones | mercredi, 25 novembre 2015

Ce n'est pas l'idéologie qui a été abandonnée, c'est le projet politique. L'idéologie, elle, est restée, camouflant l'abandon du projet par la proclamation illusoire de sa réalisation : l'URSS se disait "soviétique" et "socialiste" alors qu'elle n'était ni n'avait jamais été ni "soviétique" (conseilliste) ni socialiste. Elle se proclamait comme "Etat des travailleurs", puis "Etat du peuple entier", ce qui permettait de désigner les adversaires du régime comme des ennemis des travailleurs et du peuple (et d'interdire par exemple l'exercice du droit de grève, au prétexte que des travailleurs en grève grève contre eux-mêmes...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 26 novembre 2015

@Géo

"D'où la dictature du prolétariat."

Connaitriez-vous par hasard la définition de Karl Marx, s'il-vous-plaît?

Écrit par : Jules | jeudi, 26 novembre 2015

Monsieur Holenweg,

Quelle différence cela fait-il pour le citoyen, que de vivre sous le Tsar Romanov ou bien sous Staline ?

Quelle différence cela fait-il pour le citoyen, que de vivre sous l'Empereur Céleste ou bien sous Mao ?

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | jeudi, 26 novembre 2015

Il n'y avait pas de citoyens sous le tsar, que des sujets. Il n'y avait pas non plus de citoyens sous le Fils du ciel, que des sujets. Pour le reste, la différence n'est que dans la gradation des douleurs.

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 26 novembre 2015

Là, Monsieur Holenweg, je dois l'avouer, je ne m'y attendais pas.

"Il n'y avait pas de citoyens sous le tsar, que des sujets.
Il n'y avait pas non plus de citoyens sous le Fils du ciel, que des sujets.
Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 26 novembre 2015"

Félicitations.

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | vendredi, 27 novembre 2015

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