jeudi, 12 novembre 2015

Grèves de la fonction publique et de la construction : Belles couleurs genevoises d'automne

grève, fonction publiqueLes couleurs de cet automne sont belles, à Genève  : Le mouvement est considérable, quantitativement, par le nombre des grévistes et des manifestants, et qualitativement, par leur détermination et par la rencontre des travailleurs de la fonction publique et de ceux de la construction. La grève de la fonction publique genevoise, entamée mardi, poursuivie mercredi, reconduite aujourd'hui, est un indéniable succès, qu'on le mesure par le pourcentage de grévistes, le nombre de manifestants (10'000 mardi, autant mercredi)... les commentaires furieux, et souvent insultants, déféqués sur les réseaux sociaux... alors même que cette grève, est moins une grève pour la défense de droits acquis par et pour le personnel des services publics qu'une grève pour le maintien des prestations à la population, de leur qualité et de leur accessibilité -autrement dit : une grève pour les habitantes et les habitants de Genève, y compris celles et ceux qui conchient la grève et les grévistes.


Les attaques sont conjointes ? La résistance doit l'être aussi

Contre les salariés du secteur privé et deux du secteur public, les attaques sont conjointes ? La résistance l'est aussi -et pas seulement celle des salariés : les étudiants s'y mettent, les usagers, les milieux culturels, toutes celles et tous ceux sur qui pèserait forcément une politique d'"austérité" privilégiant les "équilibres" comptables aux équilibres sociaux : l'Usine (avec ou sans majuscule), le chantier, l'hôpital et l'école ensemble sont visées, ensemble se mobilisent, et ça fait chaud au coeur, surtout moins d'un mois après un "virage à droite" électoral...A la grève de la fonction publique s'est ajoutée, mercredi, celle à laquelle les syndicats Unia, SIT et Syna ont appelé les maçons pour contraindre les patrons (la société suisse des entrepreneurs) à ouvrir une négociation d'adaptation de la convention collective (qui échoit le 31 décembre), face au développement de la sous-traitance, du travail intérimaire, temporaire (sur certains chantiers, un travailleur sur deux est un travailleur temporaire) et de la sous-enchère salariale. Les syndicats revendiquent notamment un quota (plafond) de personnel intérimaire, des mesures contre le licenciement des travailleurs âgés et la création d'un "fonds intempéries".

Le grévistes de la fonction publique genevoise demandent au Conseil d'Etat l'ouverture de négociations sans conditions préalables -autrement dit : sans poser comme des commandements des tables de la loi la réduction de 5 % des charges de personnel en cinq ans et ses modalités, soit les suppressions de postes, la facilitation des licenciements, le gel des annuités, l'augmentation de deux heures du temps de travail hebdomadaire, sans augmentation du salaire mensuel (et donc avec une diminution du salaire horaire... à quoi menacent de s'ajouter les réductions de subventions au secteur associatif et au secteur parapublic, pendant quoi les mêmes acteurs politiques et économiques qui clament à toutes bises que ces mesures sont nécessaires pour pallier à la baisse des ressources programmée par la prochaine réforme de la fiscalité des entreprises (s'ajoutant aux cadeaux fiscaux distribués depuis des années) exigent que des milliards puissent être coulés dans le béton d'une traversée routière du lac, et applaudissent aux centaines de millions coulés dans le béton des prisons dont l'Etat genevois parsème son territoire.

Face au mouvement social le plus important de ce dernier quart de siècle à Genève, quelle a été jusqu'à présent l'attitude du Conseil d'Etat (ou à tout le moins de sa majorité politique) ? La feinte d'une "ouverture de dialogue" destinée de toute évidence à contourner l'exigence de véritables négociations. En d'autres termes : le gouvernement tente de noyer le poisson, de lasser le personnel, de laisser doucement s'effilocher, ou se diviser, le mouvement de refus de son catalogue de mesures contre le service public. Pour l'instant, cette tactique ne fonctionne pas -et l'on ne peut que souhaiter qu'elle ne fonctionne définitivement pas,  Parce que le mouvement est plus large, et plus profond aussi, qu'un mouvement de défense des acquis matériel de la fonction publique genevoise -précisément parce qu'il est un mouvement de refus de tout ce qui constitue, aujourd'hui, une véritable politique concertée, volontariste, cohérente, de régression sociale, dont les propositions du gouvernement genevois, de sa majorité et de celle du parlement cantonal, sont comme une espèce de synthèse, qui met brutalement, mais clairement, en évidence de quoi est faite cette politique, par quoi elle va se traduire, et qui, finalement, va en faire les frais : la fonction publique, évidemment, mais au-delà, l'ensemble des services publics, et donc de la population -à l'exception, bien sûr, de la toute petite minorité qui peut s'en passer parce qu'elle est assez riche pour les remplacer tous par des prestations privées.
Le mouvement de la fonction publique genevoise, et la grève par quoi il se traduit, est bien un mouvement social, au sens où il est le mouvement par lequel une société, une Cité, une République (au sens non institutionnel du terme) dit aux "politiques" qui veulent la gouverner qu'elle est plus forte qu'eux, et que ce sont eux qui sont à son service, et pas le contraire.
"Ecoutez raisonner nos politiques. Ils n'ont en vue que la défense et l'avantage des peuples; voyez-les agir, ils ne travaillent qu'à  leur oppression. travaillent qu'à  leur oppression. Qui défendrait, disent-ils, les faibles s'ils n'étaient protégés par le souverain; et c'est contre le souverain seul qu'ils ont besoin de protection. Qui garantirait les peuples de l'invasion des ennemis, et quel ennemi leur a jamais fait tant de mal que leur maître. Ils font, disent-ils, observer la justice et toute leur conduite n'est qu'injustice, violence et cruauté. Ils font semblant de nous défendre de mal faire et nous empêchent réellement de faire le bien." :
Dans sa ville, les mots de Jean-Jacques ont ces jours pris une résonance toute actuelle...

13:33 Publié dans Genève, Politique, syndicats | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : grève, fonction publique | |  Facebook | | | |

Commentaires

Tout en comprenant leur jeu, je pense que les syndicats de la fonction publique nient par trop la réalité, celle d'un monde d'enfants gâtés qui ne se rendent même plus compte de la chance qu'ils ont de vivre avec de tels moyens. L'énormité de la dette (dont seul les taux particulièrement bas masquent l'aspect catastrophique) est la conséquence - qui doit être assumée par tous les politiciens de tout bord - de toutes ces années de gestion sans prévision, sans vision. L'Etat doit se réformer, doit diminuer son train de vie, doit redéfinir les priorités de l'Etat, etc. Or on ne voit toujours rien venir et ce n'est pas un cortège, ni des grèves sans proposition concrète qui changeront cet état de fait. de tout façon il va falloir se mettre à table pourquoi alors ne pas commencer par cela ? Les grèves "préventives" ne sont que poudre aux yeux et discours vides.

Écrit par : uranus2011 | jeudi, 12 novembre 2015

Les fonctionnaires sont des serviteurs de l'Etat et pas le contraire. Rousseau parle des peuples pas des fonctionnaires. Ces derniers sont devenus une caste de privilégiés tellement nombreux qu'ils menacent de faillite l'Etat qui les nourrit. Leur égoïsme va les rendre impopulaires. Et dans impopulaires il y a le mot peuple, comme par hasard.

Écrit par : norbert maendly | jeudi, 12 novembre 2015

Jusqu'à preuve du contraire, les fonctionnaires sont aussi des citoyens, des contribuables et des habitants. Et l'expression "serviteur de l'Etat" est particulièrement détestable.

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 12 novembre 2015

@ Pascal Hollenweg.
Vous avez raison, les fonctionnaires sont aussi des citoyens et des contribuables. Et a ces titres l'Etat les sert comme tout un chacun, mais quand ils fonctionnent c'est eux qui doivent servir l'Etat. Qui y a t-il de détestable dans l'expression "serviteur de l'Etat" ? Je pense au contraire que c'est un honneur malheureusement de plus en plus dénigré par les intéressés alors que plein de gens aimerait être à leur place.

Écrit par : norbert maendly | vendredi, 13 novembre 2015

c'est le mot le mot "serviteur" (de l'Etat, de l'Eglise, du Parti, de l'Entreprise, de quoi que ce soit) qui est, plus que désagréabl : humiliant...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 13 novembre 2015

Nous pouvons tous déplorer la diminution des prestations du service public. On le vérifie tous les jours dans nos rapports à l'administration. Il n'est tout simplement plus possible d'atteindre certains services comme celui des contraventions ou de l'office cantonal des véhicules ou encore l'administration fiscale.
Ce qui me gène dans la démarche c'est qu'on ne semble pas réaliser que c'est tout le monde du travail qui bascule. D'ailleurs les employés de la construction ne sont pas des fonctionnaires.
Dans le taxi, nous n'arrivons juste plus à survivre depuis la venue du mastodonte californien et son modèle disruptif qui lui permet de braver impunément nos lois sans risque d'être inquiété.
Le privé est à l'agonie dans la plupart des secteurs.
Et pourtant, je ne vois pas l'ombre d'une prise de conscience du politique pour limiter les dégâts.
Alors il ne faudra pas vous étonner qu'on ne suive pas le mouvement.

Écrit par : PIerre Jenni | vendredi, 13 novembre 2015

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