mercredi, 11 novembre 2015

Démolition du cinéma "Le Plaza" ? On ne lâche rien !

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Nous avions appris par la presse que le Conseil administratif de la Ville de Genève avait renoncé à faire recours contre la décision du canton d'autoriser la démolition du cinéma Le Plaza, alors même qu'il avait émis un préavis négatif -sur lequel le canton s'était assis- à la demande d'autorisation de la démolition, eu égard aux qualités de cette salle, à sa valeur architecturale, patrimoniale et culturelle. Or une motion et une pétition demandant précisément à la Ville de s'opposer à cette démolition, sont à l'examen à la commission des pétitions et à la Carts. N'aurait-il pas été, de la part du Conseil administratif  politiquement élégant, plutôt que préjuger cet examen par les commissions municipales, de faire recours contre l'autorisation de démolir, dans l'attente d'un vote du plénum, quitte à retirer ce recours si le plénum ne suivait pas les demandes de la pétition et de la motion ? Poser la question,  c'est (un peu) déjà y répondre. Et pour mieux y répondre encore, cinq recours ont été déposés lundi contre l'autorisation de démolir le Plaza. Parce que quand les zautorités baissent les bras, les citoyens lèvent le poing. Et que les seuls combats perdus d'avance sont ceux qu'on refuse de mener. Non mais.


 
 
"S'il n'y avait pas le cinéma, je ne saurais pas que j'ai une histoire" (Jean-Luc Godard)

Les raisons de sauver la salle de cinéma "Le Plaza", qui fut la plus grande et l'une des plus belles (sinon la plus belle) des salles genevoises ne manquent pas. Elles sont patrimoniales, sociales, culturelles. Objectives et affectives ("S'il n'y avait pas le cinéma, je ne saurais pas que j'ai une histoire", nous dit Jean-Luc Godard ). Spécifiques à cette salle et cohérentes avec d'autres combats, pour la défense d'autres lieux emblématiques. Et puisque la Ville renonce à défendre une position qui était pourtant la sienne, alors même qu'une motion et une pétition sont à l'étude dans les commissions municipales, et demandent toutes deux, précisément, que la Ville tienne sa position, il a bien fallu que des individus (un architecte, un cinéaste, un conseiller municipal, un député, un homme de théâtre...) le fassent, non pour la Ville en tant qu'institution politique, mais pour la ville en tant que corps vivant, que Civitas, qu'espace pour lequel nous n'acceptons pas de payer d'un cinéma de moins, un centre commercial de plus. La société propriétaire de la salle, en effet, veut en faire un centre commercial. Et pour échapper au principe des plans d'utilisation des sols, selon lequel on ne peut pas changer au gré de ses désirs de profits l'affectation d'un lieu, la société s'appuie sur un rapport supposé prouver qu'il n'est plus possible de rentabiliser la salle de cinéma comme telle -et qui a pondu ce rapport ? l'ancien exploitant, qui a foiré son exploitation et tient à ce qu'on croie que ce n'est pas de sa faute. Cette autojustification a fort opportunément servi au propriétaire de la salle d'argument pour demander, et obtenir, l'autorisation de la démolir. Et tant pis si cette salle est un véritable joyau d'aménagement et d'architecture. Et tant pis si le nombre de salles de cinéma indépendantes du pachyderme Pathé se réduit comme glaciers sous le réchauffement climatique. Et tant pis si le quartier ne manque pas de centres commerciaux : un de plus, c'est peut être parfaitement inutile, mais sans doute plus rentable qu'un lieu culturel.

Sauver un cinéma, c'est pourtant possible : il y a, à Carouge, l'exemple du "Bio". Et en Ville, celui, tout récent, de l'"Empire". Et celui, plus ancien, du "Paris", devenu "Manhattan" : le cinéma "Le Paris" avait ouvert ses portes le 3 octobre 1957, le jour du lancement du premier satellite artificiel de la Terre, le premier "Spoutnik" soviétique. "Le Paris", c'était une salle splendide de 700 places, sur trois niveaux desservis par des rampes d'accès. L'oeuvre de l'architecte genevois Marc-Joseph Saugey (et de l'ingénieur Pierre Froidevaux). Le même architecte qui conçut le cinéma "Le Plaza", aujourd'hui menacé. Rebaptisé en 1985 "Ciné-Manhattan", le cinéma de la place du Cirque fermait en 1988 : ses propriétaires voulaient utiliser ce volume pour agrandir le supermarché voisin (comme ceux du Plaza veulent le détruire pour le remplacer par des commerces). La lutte commence pour le sauver : l'Association pour la sauvegarde du cinéma Manhattan obtient en 1993 le classement de la salle comme monument historique. Une année plus tard, la Fondation Arditi la rachète, puis la cède à l'Etat. La salle est restaurée et modernisée avec l'appui de la Fondation Wilsdorf. Gérée par l'Etat et utilisée à nouveau comme cinéma (notamment pour la programmation du "cinéma des aînés"), mais aussi pour des manifestations culturelles et universitaires, la salle, devenue "Auditorium Fondation Arditi" est sauvée, non seulement dans sa matérialité achitecturale, mais aussi dans son affectation. Comme quoi, rien n'est impossible. Ni pour le "Bio", ni pour l'"Empire", ni pour le "Manhattan"... ni pour le "Plaza"...
La Ville nous lâche dans ce combat ? Le Conseil administratif renonce à défendre la position qui était la sienne, à combattre la démolition du Plaza ? Nous, on ne lâche rien : Le Plaza vaut qu'on le défende, comme on défend un lieu culturel rare contre le projet d'en faire un souk de plus.

13:40 Publié dans Culture, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : cinéma, le plaza | |  Facebook | | | |

Commentaires

Evidemment, sauf que...
Pour que de tels espaces puissent être préservés il faut des mécènes comme Arditi et des fondations dont nous ne connaissons jamais vraiment les buts sauf ceux qui consistent à diminuer les impôts d'autres sociétés très lucratives.

Écrit par : PIerre Jenni | jeudi, 12 novembre 2015

... ou des fonds publics...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 12 novembre 2015

C'est un gag ?

Écrit par : PIerre Jenni | jeudi, 12 novembre 2015

... euh...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 12 novembre 2015

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