jeudi, 08 octobre 2015

Rendez.vous à midi, sur la Plaine, pour le Théâtre

La Nouvelle Comédie sabordée par la droite genevoise ?

théâtre, Nouvelle Comédie


Après le refus de la Commission des travaux du Grand Conseil de soutenir la proposition du Conseil d'Etat de financer la construction de la Nouvelle Comédie (à raison de 45 millions sur les 98 millions que coûtera le projet, la participation de la Ville de Genève étant acquise en principe, mais avec la condition nécessaire du financement cantonal), ce projet est en grand danger. Au Conseil Municipal, avant-hier, les magistrats responsables du projet, Rémy Pagani et Sami Kanaan l'ont confirmé : si le chantier de la Nouvelle Comédie ne commence pas avant juin 2016, pour être coordonné avec celui de la nouvelle Gare des Eaux-Vives, il sera "extrêmement difficile", et beaucoup plus coûteux, de le reporter après, plus tard, trop tard -la droite cantonale a trouvé comme prétexte de son refus de soutenir le financement proposé celui d'attendre que le dossier de la nouvelle répartition des tâches dans le domaine culturel ait réellement avancé -ce qui va prendre des années. Autant dire que le projet de Nouvelle Comédie serait enterré. Ou reporté aux calendes grecques -celles d'Aristophane plutôt que celles d'Eschyle. Une mobilisation s'impose pour sauver le plus beau projet culturel de ces trente dernières années à Genève... Elle commence tout à l'heure, à midi, (et quart) sur la plaine de Plainpalais. Pour CE théâtre et pour LE théâtre.


LE THEATRE, PARCE QUE...

Le théâtre, parce que Sophocle et Eschyle et Euripide,
parce qu'Aristophane et Plaute et Molière et Labiche et Marivaux, et Jarry,
parce que Marlowe et Shakespeare et Bond,
parce que Brecht et Beckett et Koltès et Genêt,
parce que Sartre et Camus, Camus et Sartre,
et Tchékov et Pirandello et Garcia Lorca,
parce que Jouvet et Vilar et Planchon et Chéreau,
et, puisque c'est ici qu'il nous surprend comme Debray le dit de l'histoire, le théâtre parce que Lillo et Ziegler et Mohr et Loichemol et Bisang et Bideau et Viala et Probst et Apothéloz et Besson et Steiger et Langhoff et tous les autres, les vivants trop vivants pour dormir et les morts qui ne sont pas morts parce la scène est un lieu de vie plus forte que la vie et que Cassandre n'est pas morte puisque Fanny Ardant est Cassandre et que Vladimir Vissotsky fut Pougatchev.

Le théâtre parce qu'il dit le monde tel qu'il est et tel qu'il fut et tel qu'il devrait être, parce qu'il dit la douleur et la solitude et la colère et la joie et l'amour et le rêve.
Le théâtre parce qu'il rit, pleure et gronde.

Le théâtre, parce que, écrit André Bonnard, "la tragédie grecque exige avec force que les dieux soient justes et fassent en ce monde triompher la justice", que "tout spectacle tragique est en effet le spectacle d'un conflit", que "nous y participons, nous spectateurs, suspendus entre la crainte et l'espoir, comme s'il s'agissait de notre propre sort", que "le héros tragique se bat pour que le monde soit meilleur ou, s'il doit rester tel qu'il est, pour que les hommes aient plus de courage et de sérénité pour y vivre" et qu'Eschyle ne dit "Prométhée Enchaîné" que pour dire ensuite "Prométhée délivré".

Le théâtre parce qu'il est étranger même quand il est d'ici.
Le théâtre parce qu'il trouble, qu'il déplace et replace les lignes.
Le théâtre parce qu'il sacre les monstres.

Le théâtre parce qu'il n'est pas moderne, mais contemporain.
Le théâtre parce qu'il n'est pas consommable.
Le théâtre parce que les potentats le brident, le briment, le musèlent, le ferment.

Le théâtre parce que les acteurs n'avaient pas droit aux sacrements.
Le théâtre parce qu'il a une cour et un jardin.

Le théâtre parce que ceux qu'on n'aime pas ne l'aiment pas, parce que plus misérables sont les prétextes qu'on trouve pour n'en pas construire, plus il s'impose qu'on en construise plutôt que des stades,  des parkings, des centres commerciaux et des prisons.

Le théâtre, parce qu'avec L'Usine en grève et la Nouvelle Comédie en rade, le paysage culturel genevois finira bien par faire décor pour "Les Beaux Jours" de Samuel Beckett...
Le théâtre, parce qu'on aime Ubu sur scène, pas au parlement.

Le théâtre, parce que la Nouvelle Comédie ne se fera que si ceux qui la veulent se battent pour qu'elle se fasse. Malgré ceux qui se débattent pour qu'elle se défasse.    

05:11 Publié dans Culture, Genève | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : théâtre, nouvelle comédie | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il ne devait pas y avoir grand monde, parce que les journaux n'en parlent pas ?

Écrit par : Curieux | jeudi, 08 octobre 2015

400 personnes, en gros... ce n'est qu'un début...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 08 octobre 2015

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