mardi, 06 octobre 2015

Scoop : Le Portugal n'est pas la Grèce. Ni la Suisse...

   
Saudade...

Une droite gouvernementale à moins de 40 % des suffrages, en recul de plus de dix points depuis les précédentes législatives) , un PS à 32 %, une gauche alternative à 10 %, des communistes et des Verts ensemble à 8 %, et au final une gauche majoritaire dans les urnes et au parlement : on signe tout de suite. Sauf que c'est le résultat des élections législatives de dimanche au Portugal,  pas celui des élections fédérales de dans deux semaines en Suisse (où la gauche pèse autour du tiers des suffrages et des sièges, et l'extrême-droite autant), et qu'on aurait préféré non seulement un PS plus à gauche (mais ça, on le préfère partout) et plus fort que la droite gouvernementale, mais surtout une gauche capable d'un peu plus d'unité que celle dont le défaut va permettre à la droite de rester au pouvoir en étant minoritaire, mais unie, contre des adversaires majoritaires s'ils étaient ensemble, mais tous minoritaires puisqu'ils sont divisés. Saudade...


Choisir la tête avec laquelle on veut penser...

Les manifestations de masse contre l'austérité, il y a trois ans, n'ont pas au Portugal accouché d'une force politique capable, comme Syriza, de prendre la place du PS, puis de prendre le gouvernement -quoi qu'il en soit de ce que Syriza ait pu faire de cette victoire... L'exemple grec a d'ailleurs été abondamment brandi par la droite comme on brandit un épouvantail. L'économiste, et co-fondateur du "Bloc de gauche", Francisco Louça résume, dans un entretien au "Courrier" de vendredi : "L'austérité a échoué mais a gagné politiquement" entendez : elle a échoué économiquement et socialement, mais les Portugais s'y sont majoritairement résignés, lors même qu'elle a conduit près d'un actif sur dix (et surtout les jeunes) à quitter le pays pour trouver du travail, que les salaires et les retraites ont baissé, que la moitié des retraités doivent se contenter de moins de 500 euros par mois de rentes et que les privatisations se sont succédées.

La gauche portugaise est donc majoritaire, dans les urnes comme en  sièges parlementaires, mais ne sait que faire de cette majorité, parce qu'elle est trop divisée pour la constituer réellement comme une force politique. A la division historique entre le PS, le PC et la gauche révolutionnaire, qui remonte au lendemain de la "Révolution des Œillets" de 1974, s'est ajoutée la contradiction des positions face à l'Union Européenne : le PS reste fermement attaché, quoi qu'il en coûte, à l'intégration du Portugal dans l'Europe et dans la zone euro, alors que la "gauche de la gauche", contrairement à Syriza, accompagne sa revendication d'une restructuration de la dette d'une acceptation de la sortie de la zone euro.

Il est vrai que le PS portugais n'est pas, pour user d'un euphémisme, le PS européen le plus à gauche -ce qui ne l'empêche pas d'être soutenu par le tiers de l'électorat, plus à lui seul que les deux autres listes de gauche réunies (celle de la gauche alternative et celle, commune, du PC et des Verts) : contrairement au Pasok grec, liquéfié, le PSP occupe toujours l'espace "normal" d'un parti social-démocrate dans un pays européen (le parti portugais qui porte le nom de parti social-démocrate, et qui est actuellement au pouvoir, est en revanche un vrai parti de droite, créé au lendemain de la Révolution pour brouiller les cartes). Ce même espace que, paradoxalement, le nouveau président des Travaillistes britanniques, Jeremy Corbin, veut faire réoccuper par son parti. On écrit ici "paradoxalement", puisque Corbyn a été abondamment portraituré par les media (et la nomenklatura post-blairiste du Labour) comme une sorte de vieux gauchiste attardé, dans le même temps où l'on continuait à étiqueter le Parti Travailliste comme un parti social-démocrate alors que son virage à droite l'avait rendu aussi étranger à la social-démocratie que... le parti social-démocrate portugais (vous suivez, au fond, près du radiateur ?)... Car tout ce que propose Corbyn, toutes les causes qu'il défend et veut tenter de faire défendre par un parti qui avait commencé par s'oublier pour finir par se perdre, tient du catéchisme social-démocrate classique -celui de Kautsky, de Jaurès, de Turati ou d'Iglesias : nationalisations (renationalisations, en l'occurrence), démilitarisation, contrôle politique du secteur financier, relance économique par l'investissement, réponse à la crise non par l'austérité mais par la formation et l'emploi, lien fort avec les syndicats... "Quand je regarde le programme de Jeremy Corbyn, je ne vois pas de discordance profonde avec le nôtre", observe le président du PS suisse, Christian Levrat. Qui forcément ne peut pas voir de "discordance profonde" entre le programme de Corbyn et celui du PSS, puisqu'il n'y en a pas, et que tous deux sont de la même source social-démocrate -celle à laquelle le Labour avait cessé de s'abreuver.
Et comme on n'en est pas à un paradoxe près, on relèvera que dans le paysage de la social-démocratie européenne, le Parti socialiste suisse n'est pas loin d'être l'un des partis... les plus à gauche -et qu'on voit mal, en effet, le PS portugais, le PS français, le Parti démocratique italien, le PSOE ou le SPD -sans même évoquer le PASOK,  soutenir un proposition comme l'initiative 1:12, ou inscrire l'abolition de l'armée dans son programme...

Un pied dans l'opposition et un pied au gouvernement, ayant explicitement refusé le tournant "social-libéral" qui lui proposait sa tendance droitière, il est vrai que -comme la Suisse elle-même, d'ailleurs- le PS suisse tient en Europe d'une sorte de créature exotique. De chimère. D'animal à deux têtes. Et forcément, des deux, il y en a une à gauche. Il s'agit juste de choisir celle avec laquelle on veut penser. Et de réserver l'autre à quelque usage décoratif. Le Labour semble avoir fait le bon choix, pas le PS portugais.


14:00 Publié dans élections, Europe, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : portugal, ps, gauche | |  Facebook | | | |

Commentaires

Plus la gauche tire à gauche, plus elle s'éloigne du peuple.
Plus les partis, gauche comme droite, s'approchent des extrêmes plus ils tombent dans le piège des " y'a qu'à ", de la posture idéologique.

Les postures idéologiques vendent du rêve. Mais lorsque, alors au pouvoir, la réalité les rattrapent, au mieux elles s'adaptent, au pire elles se lancent dans une fuite en avant en cherchant les responsables de leurs échec. A cette recherche de responsabilité suit souvent des violences dans la société.

Les militants du Labour ont fait une erreur. Par manque de crédibilité, le Labour va perdre de l'influences, pour les malheurs des plus faibles.

Si la France reste un des rares pays à avoir une "extrême" gauche, pour autant, elle en fini pas de crever. Elle a un manque de crédibilité et souffre d'un décrochage avec une société beaucoup plus pragmatique qu'idéologique.

Écrit par : Glob | mardi, 06 octobre 2015

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