vendredi, 28 août 2015

Comme si le temps s'était mis en boucle...

Paysage de rentrée

On aurait bien aimé écrire d'autre chose, à la rentrée, que ce dont écrivait déjà avant les vacances. On aurait bien aimé écrire du temps qui passe, de la fraîcheur d'une ombre ou d'une rivière quand le soleil de la canicule écrase les pierres. Ecrire d'un livre qu'on a aimé lire, d'une musique qui nous a emporté, d'un tableau qui nous a secoué. Ecrire d'un  visage, d'une absence... Mais c'est comme si ces deux mois s'étaient condensés en une semaine, comme si le temps s'était mis en boucle : on croit prendre du champ, on se retrouve dans le même marigot que celui où on barbotait... et on y retrouve les même batraciens...


   
       
Si nos coleos haberemus...

C'est la rentrée, donc. Mais de quoi diable était-on sortis ? bien sûr, ici, des immigrants sans gène ne viennent pas s'échouer sur les plages à bronzette, mais quand ils prétendent sortir des caves où on les stocke, et qu'un mouvement les y aide, le Maudet de service, vexé que personne ne lui ait demandé son avis sur la question) nous en fait tout un caca nerveux...  il y a aussi, pour renouveler un peu le rata quotidien, la Chine qui déprime les bourses (non, c'est pas une contrepèterie), les trépanés du bulbe qui djihadisent, Poutine qui fait condamner à des dizaines d'années de prison ceux qui ont l'audace de ne pas le prendre pour le Cygne Blanc de la Grande Russie, les évêques homophobes qui rêvent d'en revenir au temps joli ou les homosexuels étaient brûlés, écartelés ou noyés, mais malgré ces réjouissantes péripétie de la marche vers le progrès, on a beau nous parler de « rentrée », on n'a pas franchement l'impression d'avoir pu sortir...

D'abord, il y a la Grèce : on avait pris le large alors qu'elle s'apprêtait à voter lors d'un référendum, on retrouve notre mouillage alors qu'elle s'apprête à voter lors d'élections législatives anticipées. Alexis Tsipras en appelle aux électeurs avec l'espoir qu'ils lui donneront, cette fois, une majorité parlementaire absolue, malgré la scission de l'aile gauche de Syriza, après que Tsipras ait fait accepter le memorandum européen par le parlement grec grâce aux voix de l'opposition. La gauche de Syriza a donc formé une coalition de la gauche de la gauche à gauche de la coalition de gauche, L'Unité Populaire, qui additionne treize formations dont certaines se détestent au moins autant qu'elles détestent désormais Tsipras...
Ailleurs, c'est la routine de l'insondable connerie exterminatrice des djihadistes, de la panique européenne face aux immigrants qui ont le mauvais goût d'arriver vivants sur les côtes, dans les gares ou les aéroports européens - comme si un semi-continent d'un demi-milliard d'habitants ne pouvait pas en supporter quelques pour mille supplémentaires... c'est quoi, la liberté de circulation ? c'est un camion hongrois immatriculé en Slovaquie, conduit par un chauffeur roumain, et qu'on retrouve en Autriche contenant les cadavres de dizaines d'immigrants morts étouffés...
En Suisse, on se prépare aux élections fédérales. Dont on nous susurre que l'enjeu, titanesque, sera la réélection ou  non d'Evelyne Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral. Ces élections, on s'y préparait déjà en juin, on a continué en juillet et en août, et là, on entre dans le vif de l'urne. Avec une demie-bonne nouvelle à Genève : la gauche a apparenté ses (nombreuses) listes et sous-listes pour le Conseil national. Une demie-bonne nouvelle seulement, puisque pour l'élection du Conseil des Etats, « Ensemble à Gauche » a trouvé malin de partir toute seule, et qu'il n'y aura donc pas au premier tour de liste unique de la gauche face au « ticket »  de la droite (un candidat des banques et un candidat des cliniques privées). Pour le reste de l'actu politique genevoise, c'est le train-train : la droite trépigne de colère contre la Ville de Genève engagées aux côtés des requérants d'asile, et en Ville, la droite et l'extrême-droite municipale exigent que le Conseil administratif leur accorde un traitement de faveur dans l'examen du budget 2016, et les reçoive, elles (mais pas le reste du Conseil municipal) pour répondre à leur catalogue Haus & Hobby de propositions -les mêmes depuis des lustres. Le Conseil administratif répond qu'il suivra la procédure habituelle, celle imposée par la loi et le règlement mais la droite très élargie, disons : la droite distandue, veut sa procédure de faveur, sinon, elle le votera pas, le budget. Chiche ! qu'elle ne le vote pas, le budget, la droite distandue, et on se retrouvera en 2016 avec le budget de 2015 reconduit mois après mois. Or il n'était pas mauvais, le budget 2015 : c'était celui de la gauche...
De cet exercice budgétaire municipal, on vous reparlera pas plus tard que la semaine prochaine. Des élections fédérales aussi, d'ailleurs. Et de la politique d'asile. On reprend nos marques, quoi. Les rentrées se suivent et se ressemblent au point qu'il ne nous reste guère que la ressource de nous ressembler nous aussi, à nous-mêmes.
Si on y arrive encore.
 

13:43 Publié dans De tout un peu | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

"il ne nous reste guère que la ressource de nous ressembler nous aussi, à nous-mêmes.
Si on y arrive encore."

C'est marrant, mais pour moi, c'est juste l'inverse. Je désespère de me ressembler tant au fil des ans et m'émerveille lorsque j'ai l'impression d'avoir fait un pas.

Alors oui, vous n'êtes visiblement pas sorti nulle part. Faudrait peut-être essayer. A moins que vous ne vous trouviez super...

Écrit par : Pierre Jenni | lundi, 31 août 2015

non, c'est juste que je me suis habitué à moi-même. J'y ai quand même mis 63 ans, alors je ne veux pas avoir perdu tout ce temps à un exercice inutile...

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 31 août 2015

Mais la question est justement là. C'est tellement plus beau quand c'est inutile, ou au moins gratuit.
L'idée n'est pas de vouloir (changer), mais plutôt de faire, sans attendre.
Alors quelque chose émerge de nulle part. C'est comme un sourire sous-jacent.
Et le temps disparait.
Puis la conscience de l'acteur.
Tout ne devient qu'un geste.
Du matin au soir.
De la naissance à la mort.
Aucune habitude ou routine, juste l'émerveillement de l'instant. Et la confiance dans ce qui nous dépasse mais qui justifie le job.

Écrit par : Pierre Jenni | lundi, 31 août 2015

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