jeudi, 25 juin 2015

Après Syriza et Podemos : le Parti démocratique des peuples de Turquie (HDP)

Turquie, Kurdistan, AKP, HDP, Erdogan, Demirtas

Printemps kurde, printemps turc

Après la Grèce et l'Espagne, la Turquie ? selon les résultats officiels des récentes élections législatives en Turquie, le parti islamiste au pouvoir, l'AKP est arrivé en tête du scrutin, mais n'a recueilli que 40,8% des suffrages. Une dégringolade de près de dix points par rapport à son score d'il y a quatre ans (49,9%). Avec 258 des 550 sièges de députés, l'AKP est nettement en dessous de la majorité absolue, et incapable de former un gouvernement sans se coaliser avec un autre parti. En fait, le grand vainqueur du scrutin est le quatrième parti en suffrages : Le HDP (Parti démocratique du peuple), qui a obtenu 13,1% des suffrages et raflé 80 sièges d'un coup pour son entrée au parlement. Les deux autres principaux adversaires  de l'AKP, le parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate et kémaliste), en léger recul,  et le parti de l'action nationaliste (MHP, droite), en légère progression obtiennent respectivement 25% et 16,3% des suffrages et 133 et 80 sièges. Le recul des islamo-conservateurs de l'AKP prive en outre le sultan Erdogan de la possibilité d'instaurer sans passer par un référendum le régime présidentiel dont il rêve.


   

   
« Un programme pour le changement, pas (...) pour que tout reste pareil », comme en Espagne ?

Qu'est-ce qui est, pour le pouvoir en place à Ankara -celui, islamo-conservateur d'Erdogan et de l'AKP, le plus inquiétant ? L'émergence d'une oppsition laïque sans être kémaliste, ou l'élargissement du mouvement politique kurde en une coalition de gauche rassemblant partis, mouvements sociaux, organisations féministes, écologistes de « toute la Turquie » -et, comme son nom même l'indique, de « tous les peuples de Turquie » ? le leader de HDP, Delahattin Demirtas, a réussi à faire de la coalition qu'il co-préside l'héritière du mouvement populaire du printemps 2013, et à l'ouvrir à toutes les minorités et toutes les diversités de la société turque (et kurde) : c'est HDP qui présentait le plus grand nombre de candidates aux législatives, c'est aussi HDP qui a ouvert le débat sur les minorités sexuelles LGBT. Et c'est HDP qui, comme Podemos en Espagne et Syriza en Grèce, a brisé l'hégémonie (tripartite en Turquie, bipartite en Espagne et en Grèce) des partis traditionnels, en présentant « un programme pour le changement, pas comme ceux qui prétendent changer pour que tout reste pareil », comme disait le leader de Podemos, Pablo Iglesias...

Le jeu très trouble de la Turquie d'Erdogan, rhétoriquement opposée au djihadisme mais laissant passer les djihadistes européens ou nord-africains voulant rejoindre Daech, tout en bloquant les renforts kurdes aux combattants antidjihadistes, a lui aussi été sanctionné dans les urnes : le succès de HDP est aussi un refus des choix pervers du pouvoir islamo-conservateur face à la poussée djihadiste aux frontières de la Turquie. Le gouvernement d'Erdogan, qui soutenait l'opposition syrienne, se retrouve avec à ses frontières une opposition djihadiste, renforcée de milliers de combattants étrangers, avec pour seuls adversaires réels, sur le terrain et non dans le ciel, des forces kurdes que le pouvoir d'Ankara craint plus encore que les djihadistes, parce qu'elles sont liées au Parti kurde de Turquie, le PKK, en lutte contre lui. Et que le régime syrien ait de facto cédé « son »  Kurdistan à « ses » Kurdes, alliés aux Kurdes de Turquie et d'Irak ajoute encore à l'inquiétude du gouvernement turc.

Le conflit entre le pouvoir central d'Ankara et les forces armées du Parti démocratique du Kurdistan, le PKK, a fait, depuis trente ans, des dizaines de milliers de morts. Mais il a aussi servi au pouvoir en place à mobiliser le nationalisme turc contre toute velléité de changement social, indépendamment de la question nationale kurde. L'élargissement du mouvement politique kurde à tout ce qui constituait l'équivalent en Turquie du mouvement des «indignés», remet les questions politiques, sociales et économiques au coeur du débat -en permettant l'émergence d'une alternative de gauche rompant avec le vieux face-à-face du kémalisme et de l'islamisme : une sorte de remontée de la société elle-même, contre les fossiles politiques...
Une sorte de printemps démocratique turc et kurde.

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18:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : turquie, kurdistan, akp, hdp, erdogan, demirtas | |  Facebook | | | |

Commentaires

Oubliez la gauche et ouvrez grand les portes à ceux qui parlent d'en bas sans leur filer une étiquette qui leur empêche de s'émanciper véritablement.

Écrit par : Pierre JENNI | jeudi, 25 juin 2015

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